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L’attrape-rêves

Océan

En savoir plus : Les bijoux de l’Onirographe

 

Je ne sais plus quel jour on est. Mais je ne crois pas qu’une quelconque date revête la moindre importance dans mes rêves. Où je me situe sur la ligne du temps, si ce n’est sur une ligne trop droite ?
La seule ligne que je veux voir, c’est celle de l’horizon. Là où le bleu du ciel se confond avec celui de l’océan. Le bleu dans les yeux de Fañch, qui rit près de moi à une vanne que je ne me souviens pas avoir faite. Tant pis.

Nous sommes tous les deux assis face aux vagues, les pieds nus plongés dans le sable chaud, et le goût du sel piquant la langue. Fañch garde le sourire, le regard perdu dans le lointain. Chaque fois que je le vois dans mes rêves, il est habillé comme lorsque nous nous sommes croisés dans cet immeuble désert juste après le début de la fin du monde : son treillis kaki, son t-shirt avec le logo d’Archive, ses vieilles baskets délavées. Mais ici, il me paraît infiniment plus heureux, bien plus que dans le vrai monde.
Nous sommes comme deux naufragés de l’Apocalypse, réfugiés dans nos songes. Le ciel est si bleu, l’air est si doux, la musique des vagues est si apaisante… pourtant, nous restons fidèles à nous-mêmes, amaigris et sales, les ongles noircis par la cendre.
La tête pleine de cauchemars. Le tic tac de l’horloge, qui résonne sans fin dans nos esprits.
Non, Lili. Le temps n’a pas cours dans tes rêves.
Seuls comptent le sable, et la quiétude de l’océan, et la présence de Fañch.

 

[5] Reanimation

En savoir plus : Les égrégores de Victoria St. John Lire le 1er épisode

 

[TW : suicide]

Saul a la particularité de voir plusieurs futurs probables au présent qu’il est en train de vivre.

Mais en rêve, seulement en rêve.

Réveillé, il lui est impossible d’entrevoir ce qui pourrait bien se passer – là, par exemple, dans combien d’avenirs se planterait-il en voiture, alors qu’il roule à près de 150 km/h, de nuit, sur cette autoroute déserte ? C’est le genre de question qu’il se pose quand son esprit hyperactif n’est pas occupé. À cet instant, il aurait donné n’importe quoi pour se trouver ailleurs. Pas dans cette bagnole, pas sur cette route, pas ce jour, ni cette année, ni même ce monde.

Ailleurs. Dans un monde parallèle, dans lequel Olivia aurait répondu à son coup de fil au lieu de ne pas décrocher et de laisser son téléphone sonner dans le vide à n’en plus finir.

Dans son rêve cette nuit, c’était elle qui l’appelait. Voix lointaine et hachée qui ne parvient plus à articuler les mots. Les syllabes qui s’érodent, s’essoufflent et se perdent.

Saul, j’ai fait une connerie.

En se réveillant, il a attendu en vain le coup de téléphone. Et comme elle-même ne répondait pas lorsqu’il a tenté de la joindre, il a compris que le futur en cours était peut-être celui qu’il redoutait le plus. Il a alors sauté dans sa voiture et a roulé sans regarder le compteur, craignant à chaque instant d’arriver trop tard.

Il existe des dizaines de futurs possibles pour Olivia, et pour lui-même, et chaque personne présente sur cette Terre. En général, Saul ne se risque pas à y jeter un coup d’œil ; il refuse de se laisser porter par le courant de ses rêves, parce que ce sont toujours les vagues menant à la mort des autres – ou à la sienne – qui s’avèrent les plus faciles à emprunter.

Tu as fait quoi ? a-t-il demandé à Olivia.

Elle n’a pas répondu, mais il a deviné qu’elle avait, encore une fois, avalé trop de médicaments.

Appelle le SAMU, a ordonné Saul. Raccroche et appelle-les.

Elle a raccroché, mais il ignore si elle lui a obéi. Ce qui n’a pas d’importance, puisqu’il s’agissait d’un rêve, d’un futur qui ne se produira pas.

Et si elle était partie bosser et avait oublié son téléphone ? songe Saul.

Dans le pire des cas, il se serait planté et elle pourra se foutre de lui. Saul l’espère, d’ailleurs. Il espère se faire du souci pour rien, et qu’elle n’essaiera pas de mettre fin à ses jours comme il l’a vue si souvent dans ses rêves – mais aussi dans le vrai monde. Elle l’a déjà fait plusieurs fois, elle l’a déjà tenté. Malheureusement, Saul connaît trop bien la portée de ses songes pour imaginer se tromper…

Il ne parviendra pas à arriver avant qu’elle ne prenne ces médicaments, il vit bien trop loin.

Personne n’est jamais là quand je réalise que je me suis loupée, lui a-t-elle confié un jour. Personne n’est là quand je me réveille.

Si quelqu’un est présent pour une fois, cessera-t-elle de croire qu’elle n’a aucune place dans ce monde ?

Au moment où Saul formule cette pensée, P5hng Me A*wy démarre dans sa playlist aléatoire, son titre favori de Reanimation. Foutu coup du hasard. Qui sait que son chanteur se suicidera dans quelques années ? C’est l’une de ses nombreuses prédictions, un futur possible qui se répète à l’infini, de ceux qu’il aimerait effacer de son esprit. Certaines personnes n’ont pas d’autre destin, semblerait-il, que de s’ôter la vie. Et beaucoup d’entre eux en ont parfaitement conscience, ce qui les conduit toujours à cette extrémité, comme une prophétie auto-réalisatrice.

Et Olivia en fait partie.

Les avenirs dans lesquels elle s’en sort s’avèrent bien trop rares ; dans tous les autres, elle disparaît. Saul espère que ce futur qui s’annonce ne sera pas de ceux-là.

Il se raccroche à un autre avenir possible, celui dans lequel il patiente dans la sinistre et froide salle de réanimation, attendant qu’Olivia ouvre les yeux pour lui montrer que quelqu’un est là, présent pour elle lorsqu’elle émergera de ce coma provoqué par les médocs. Un monde dans lequel elle s’en tirera, l’esprit encore endormi, la mémoire en lambeaux, mais pas seule, pas cette fois.

Changement de piste.

Une étrange image passe par la tête de Saul, qui ne peut s’empêcher de sourire malgré son angoisse. La vision de Victoria déposant le CD sur l’une des innombrables étagères de sa tour, disque argenté brillant de mille couleurs dont la jeune femme ne peut comprendre l’usage.

La tour. Le visage pâle de son aïeule. Les centaines d’égrégores poussiéreux, oubliés depuis des années.

La tour dans son rêve.

Ce rêve.

Saul ouvre les yeux. Dehors, l’orage gronde – voilà quelque chose qu’il n’avait pas vu dans le songe dont il vient de se réveiller. Mais tant pis ; cette fois, il n’attendra pas le coup de téléphone d’Olivia.

À peine une demi-heure plus tard, il démarre sa voiture et s’élance sur la route pour tenter d’arriver à temps.

 

 

(bannière : photo par Brittany Gaiser, modifiée par l’autrice)

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(par contre, je suis désolée mais pour une fois, je n’ai pas pensé aux marque-pages !)

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La genèse d’Onirophrénie

Comme souvent quand un nouveau bouquin va paraître, je me fends d’un billet pour vous en parler, et vous raconter les origines de cette histoire, de son personnage principal, Lili, ainsi que quelques anecdotes. Et ici, il y a beaucoup à dire sur Onirophrénie… Accrochez-vous, c’est une tartine.

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Aux origines… le Prunellier

Impossible de vous parler de Lili sans évoquer l’origine des marcheurs de rêves… que certain·es d’entre vous connaissent déjà, puisque la toute première marcheuse de rêves de mes histoires s’appelle Layelis. Elle apparaît dans le recueil Le Rêve du Prunellier, dans la nouvelle D’hiver et d’ombres plus exactement. Ma magicienne des glaces, qui a beaucoup évolué ces dernières années, passe de son monde au nôtre par le biais de ses rêves, pour demander de l’aide afin de sauver son monde en ruines. Plus tard, j’ai imaginé d’autres marcheurs de rêves, comme Filius ou Goran, pour le beau livre Les Chroniques de l’Épine Noire (reprenant mes illustrations et les textes du Rêve du Prunellier + des nouvelles bonus), formant ainsi une sorte de confrérie de Voyageurs qui visitent d’autres mondes dans leurs rêves. Les marcheurs de rêves étaient nés.

Ce que je voulais, c’était faire en sorte que ces marcheurs de rêves soient présents dans tous les mondes possibles, dont le nôtre. Et la première, c’était Lili.

L’attrape-rêves cassé

Petit interlude : j’ai toujours voulu utiliser le format ‘blog‘ pour raconter des histoires, poster des articles qui paraissent écrits de la main d’une vraie personne pour relater un truc, un événement surnaturel ou je ne sais quoi. J’ai eu trois projets de ce genre, jamais menés à bien parce que trop bancals. Et l’un de ces projets, c’était le blog d’une jeune femme possédant le pouvoir des rêves, voyageant de monde en monde, dans les esprits des gens, découvrant le passé et l’avenir. Bref, la première marcheuse de rêves de notre monde, tout du moins la première que j’ai créée. Je l’ai appelée Lili car j’écoutais beaucoup U-Turn d’AaRON à l’époque, et ce prénom entrait dans une suite de prénoms particuliers, basés sur la même étymologie (Lilith, Layelis, Lili, Layla, Leïla, qui sont des personnages de mon Grand Projet). Finalement, si le blog a été installé, il n’a jamais vraiment été utilisé, et le projet est tombé aux oubliettes. Mais pas Lili : j’ai écrit une nouvelle en reprenant des bouts de textes çà et là, ce qui a donné L’attrape-rêves. Puis Lili est apparue dans L’Épine Noire, ce fameux roman dont je vous bassine depuis longtemps et qui reprend l’histoire du Rêve du Prunellier, ce qui a suffi pour que je décide d’en faire un de mes personnages récurrents. À partir de là, d’autres nouvelles ont été écrites : Pluie & Rouille (qui est la réécriture d’un très vieux texte, paru dans sa 1ere version dans Le Rêve du Prunellier), La Boussole, et enfin La balade des marcheurs de rêves.

La Boussole, en particulier, est un texte très personnel, parce qu’il prend place dans un lieu que j’ai bien connu (le lycée Lapérouse à Nouméa) et raconte de façon romancée une journée particulière de mon adolescence : une bête heure de libre durant laquelle toute ma classe s’est réunie pour faire des exercices de je ne sais plus quoi. Ça s’est passé pendant ma dernière semaine en Nouvelle Calédonie, juste avant que nous déménagions pour retourner en métropole, ma famille et moi. J’ai voulu raconter ce moment particulier, entre joie de se retrouver ensemble et peine de partir, et j’ai esquissé le passé de Lili en me calquant sur mes propres souvenirs. C’est pour cette raison que j’ai tendance à dire que Lili est mon souffre-douleur : si tous mes personnages représentent un bout de moi, elle, elle est carrément mon alter ego, et le biais par lequel je raconte certaines choses qui m’ont blessée. Je ne sais pas si je fais bien de procéder ainsi, mais en fin de compte, je n’ai pas écrit mes autres histoires différemment ; il y a juste que, pour celle de Lili, j’ai puisé dans des événements que j’ai vécu, les racontant au premier degré.

Pour la petite histoire, c’est aussi ce jour que l’on m’a offert mon collier en forme de pentacle, que l’on retrouve sur mes photos et dans mes autres histoires.

(suite…)

Onirophrénie

  • Non classé
  • Déc 16, 2017

ROMAN
Date : 2018
Edition : OniroProds
Genre : fantastique / post-apo
Pages : 352
ISBN : 978-2-490040-03-2
Prix : 20 €
  Univers : L’attrape-rêves

Résumé

Un jour de janvier, une tempête cataclysmique s’abat sur le monde. La lumière descendue du ciel ravage la Terre et lance un funeste compte à rebours, à la fin duquel il ne restera plus rien. Par chance, les marcheurs de rêves l’avaient prédit grâce à leur pouvoir si particulier, et la plupart d’entre eux ont pu se mettre à l’abri.

Comme eux, Lili survit à la catastrophe. Mais pour un temps seulement : son don ne lui obéit plus depuis longtemps. Démunie et tourmentée, elle rencontre alors Fañch, un adolescent jeté à la rue en raison de son homosexualité. Ensemble, ils errent au hasard, à la recherche d’une destination peut-être, d’un but, au gré de leurs failles et de leurs blessures ; des douleurs qui, tour à tour, font avancer ou reculer, paralysent, donnent de l’espoir ou découragent. Qu’espérer, en réalité, quand il n’y a que la fin au bout de la route ?

Onirophrénie est un spin-off de la série TOWN.

Infos

  • Ce roman est un spin-off de la série TOWN. Le livre peut se lire indépendamment, mais certains éléments (comme le contexte) ne seront pas explicites. L’on pourra compléter sa lecture avec Tueurs d’anges (à lire avant ou après Onirophrénie).
  • L’illustration de couverture  a été réalisée par Xavier Collette
  • Découvrez les premiers chapitres sur Wattpad

Bonus