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La genèse d’Onirophrénie

Comme souvent quand un nouveau bouquin va paraître, je me fends d’un billet pour vous en parler, et vous raconter les origines de cette histoire, de son personnage principal, Lili, ainsi que quelques anecdotes. Et ici, il y a beaucoup à dire sur Onirophrénie… Accrochez-vous, c’est une tartine.

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Aux origines… le Prunellier

Impossible de vous parler de Lili sans évoquer l’origine des marcheurs de rêves… que certain·es d’entre vous connaissent déjà, puisque la toute première marcheuse de rêves de mes histoires s’appelle Layelis. Elle apparaît dans le recueil Le Rêve du Prunellier, dans la nouvelle D’hiver et d’ombres plus exactement. Ma magicienne des glaces, qui a beaucoup évolué ces dernières années, passe de son monde au nôtre par le biais de ses rêves, pour demander de l’aide afin de sauver son monde en ruines. Plus tard, j’ai imaginé d’autres marcheurs de rêves, comme Filius ou Goran, pour le beau livre Les Chroniques de l’Épine Noire (reprenant mes illustrations et les textes du Rêve du Prunellier + des nouvelles bonus), formant ainsi une sorte de confrérie de Voyageurs qui visitent d’autres mondes dans leurs rêves. Les marcheurs de rêves étaient nés.

Ce que je voulais, c’était faire en sorte que ces marcheurs de rêves soient présents dans tous les mondes possibles, dont le nôtre. Et la première, c’était Lili.

L’attrape-rêves cassé

Petit interlude : j’ai toujours voulu utiliser le format ‘blog‘ pour raconter des histoires, poster des articles qui paraissent écrits de la main d’une vraie personne pour relater un truc, un événement surnaturel ou je ne sais quoi. J’ai eu trois projets de ce genre, jamais menés à bien parce que trop bancals. Et l’un de ces projets, c’était le blog d’une jeune femme possédant le pouvoir des rêves, voyageant de monde en monde, dans les esprits des gens, découvrant le passé et l’avenir. Bref, la première marcheuse de rêves de notre monde, tout du moins la première que j’ai créée. Je l’ai appelée Lili car j’écoutais beaucoup U-Turn d’AaRON à l’époque, et ce prénom entrait dans une suite de prénoms particuliers, basés sur la même étymologie (Lilith, Layelis, Lili, Layla, Leïla, qui sont des personnages de mon Grand Projet). Finalement, si le blog a été installé, il n’a jamais vraiment été utilisé, et le projet est tombé aux oubliettes. Mais pas Lili : j’ai écrit une nouvelle en reprenant des bouts de textes çà et là, ce qui a donné L’attrape-rêves. Puis Lili est apparue dans L’Épine Noire, ce fameux roman dont je vous bassine depuis longtemps et qui reprend l’histoire du Rêve du Prunellier, ce qui a suffi pour que je décide d’en faire un de mes personnages récurrents. À partir de là, d’autres nouvelles ont été écrites : Pluie & Rouille (qui est la réécriture d’un très vieux texte, paru dans sa 1ere version dans Le Rêve du Prunellier), La Boussole, et enfin La balade des marcheurs de rêves.

La Boussole, en particulier, est un texte très personnel, parce qu’il prend place dans un lieu que j’ai bien connu (le lycée Lapérouse à Nouméa) et raconte de façon romancée une journée particulière de mon adolescence : une bête heure de libre durant laquelle toute ma classe s’est réunie pour faire des exercices de je ne sais plus quoi. Ça s’est passé pendant ma dernière semaine en Nouvelle Calédonie, juste avant que nous déménagions pour retourner en métropole, ma famille et moi. J’ai voulu raconter ce moment particulier, entre joie de se retrouver ensemble et peine de partir, et j’ai esquissé le passé de Lili en me calquant sur mes propres souvenirs. C’est pour cette raison que j’ai tendance à dire que Lili est mon souffre-douleur : si tous mes personnages représentent un bout de moi, elle, elle est carrément mon alter ego, et le biais par lequel je raconte certaines choses qui m’ont blessée. Je ne sais pas si je fais bien de procéder ainsi, mais en fin de compte, je n’ai pas écrit mes autres histoires différemment ; il y a juste que, pour celle de Lili, j’ai puisé dans des événements que j’ai vécu, les racontant au premier degré.

Pour la petite histoire, c’est aussi ce jour que l’on m’a offert mon collier en forme de pentacle, que l’on retrouve sur mes photos et dans mes autres histoires.

Jusqu’au roman

Il était certain que j’écrirais un roman avec Lili comme personnage principal. C’était une évidence, surtout quand j’ai effectué ce gros travail qui a consisté à relier toutes mes histoires entre elles pour former ce que j’appelle mon Grand Projet. Il y a eu trois conséquences à ce travail : l’Apocalypse angélique de Tueurs d’anges se liait aux événements du Rêve du Prunellier, Le Rêve du Prunellier allait devoir opérer quelques changements majeurs (oubliez donc ce que vous avez lu dans ce livre), et Lili devenait, par la même occasion, l’un des deux personnages les plus importants de mon Projet, le second étant Oxyde. À ce propos, si vous vous demandez en quoi, ne cherchez pas : je n’ai pas encore raconté cette partie de ma Grande Histoire.

Il me fallait donc raconter une histoire parallèle à celle de Tueurs d’anges, un post-apo qui se déroulerait exactement au même moment (les 600 jours de l’Apocalypse), du point de vue de Lili cette fois, dont les enjeux et les motivations sont différentes d’Ana, ou d’Élias, ou d’Oxyde. J’ai mis de longs mois à réfléchir à cette histoire parce que je n’avais pas le temps de m’y mettre vraiment, ce qui a fait que j’ai écrit La balade des marcheurs de rêves pour patienter, et vous présenter mes marcheurs de rêves : Lili, mais aussi Phil, et Kakyō, et Lyra… Dès le départ, j’avais en projet d’utiliser les dernières pages de La balade pour en faire les premières de ce roman en gestation.

 

Et le titre ?

J’ai galéré pour le titre. Au départ, je voulais intituler ce roman L’attrape-rêves, mais ça aurait fait doublon avec la nouvelle du même nom… Puis il y a eu Les errances des attrape-rêves. Bof (mais un autre roman s’intitulera Errances d’un marcheur de rêves, alors ce n’est pas perdu) (non, je n’en ai jamais parlé, non, je n’en parlerai pas maintenant). En manque d’inspiration, j’ai alors cherché sur le net tous les mots en rapport avec le rêve et suis tombée sur onirophrénie, qui se définit de la façon suivante : « Syndrome caractérisé par la présence d’un état confusionnel avec cauchemars, impression d’irréalité, désorientation, associé à des troubles sensoriels et à des troubles métaboliques (Méd. Biol. t.3 1972) ».

 

Le pitch d’Onirophrénie, et la phrase par laquelle tout a commencé

Tout commence à partir d’une phrase écrite sur un bout de papier : ‘Peut-être que ce n’est que ça, la fin du monde. Chercher quelqu’un avant d’accepter de mourir‘. Je voulais parler de Rennes, de fuite en avant, de don déréglé, d’amitié étouffée et perdue. Je voulais que Lili soit une jeune femme dépressive et paumée qui s’interroge constamment : pourquoi s’acharner à survivre alors que la date de la fin du monde est déjà planifiée ? Les mêmes questionnements qu’Ana, en somme, inspirés par le film australien These final hours (qui m’a foutu une sacrée claque). J’avais déjà posé les bases de cette histoire avec les nouvelles qui la mettaient en scène, il me fallait à présent creuser, raconter, développer ce qui a mené Lili à perdre le contrôle de ses rêves. Dans le même temps, je devais ajouter un autre personnage qui contrebalancerait la grisaille et la déprime, et c’est là que j’ai imaginé un adolescent qui vit à la rue depuis peu, un apprenti teuffeur foutu à la porte par ses parents parce qu’il est homosexuel. Je l’ai nommé Fañch parce qu’à l’époque, un couple de Quimpérois se voyaient refuser d’appeler leur bébé ainsi, à cause d’une sombre histoire de n tildé qui ne serait pas présent dans la langue française (ce qui serait faux) (d’ailleurs, à l’heure où j’écris ces mots, l’affaire n’est toujours pas terminée). Et je suis totalement tombée amoureuse de ce magnifique prénom breton (si vous voulez savoir, ça se prononce ‘fanch‘).

 

 

J’ai reporté ce texte pendant longtemps sans trop savoir pourquoi. Ce n’était pas le bon moment, j’avais peur de me lancer, je n’avais pas de plan défini… Puis l’univers a parlé. L’été 2017, j’allais en chier.

Été de merde

Remise en contexte : chaque été, je fais le compte des années passées depuis mon déménagement de Nouméa à Rennes (j’en ai déjà parlé, , et ). Et en été 2017, ça ferait 15 ans. C’est pas bien, 15 ans, c’est un trop gros chiffre. Pas loin de la moitié de ma vie, alors déjà que je refuse de vieillir… Je voyais quand même l’été arriver et ça me minait un peu. Puis, en avril, quelque part à la fin du mois, j’ai réalisé que je n’étais plus qu’un souvenir pour certaines personnes importantes dans ma vie. C’est vrai, Rozenn, après 15 ans, tu aurais dû te décrocher d’eux. J’aurais dû, mais j’ai jamais pu, et j’ai réalisé que je n’étais sans doute plus rien pour mon meilleur ami de l’époque. Je me suis pris une trempe. Deux jours plus tard, ma grand-mère est morte d’une crise cardiaque.

J’ai commencé à me sentir fatiguée lorsque nous sommes rentrés de l’enterrement, mais je n’y ai pas vraiment fait attention. Le plus important, c’était que le moment d’écrire Onirophrénie était venu, comme un exorcisme, une bouteille à la mer. Une urgence, quoi.

Après quelques jours à écrire comme si ma vie en dépendait, j’ai eu l’idée somme toute banale de faire en sorte que Lili tomberait malade. La fin du monde est en marche, elle a fui avec Fañch, elle a déjà vu tant d’horreurs… Logique. Sauf que le jour même, je suis moi-même tombée malade, ce que j’ai traduit comme du mimétisme. Ma Lili, c’était en quelque sorte mon avatar, je racontais son histoire avec mes tripes, et voilà que je tombe malade en même temps qu’elle… à moins que j’aie eu l’idée de faire en sorte qu’elle le soit, parce que ça s’installait tout doucement chez moi ? Aucune idée. Ce qui est sûr, c’est que je me tapais de la fièvre non stop, modérée mais omniprésente, sans aucun autre symptôme. Ça ne m’a pas empêché de terminer mon roman : j’ai écrit ses 430 000 signes en 11 jours, dans le vertige de Artificial Animals Riding On Neverland d’Aaron. Ensuite, j’ai commencé à m’inquiéter parce que ma fièvre ne passait pas.

Short story : après deux mois et demi de fièvre, des milliers de consultations chez le généraliste, de radios, de prises de sang, de consultations à l’hôpital, d’opération sous anesthésie générale, de fibroscopie bronchique, d’hospitalisation à l’isolement, je découvre que je suis atteinte d’une tuberculose ganglionnaire médiastinale (chopée sans doute quand j’avais 13 ans, via quelqu’un de ma famille). Pour couronner le tout, j’apprends que mon chanteur préféré a décidé de se suicider juste après avoir reçu le diagnostic (et je passe sur le reste parce que c’est privé, et ai juste envie de dire merci à mon chéri qui a tout subi, mais qui était là d’un bout à l’autre).

Bref. Tout ça fait partie d‘Onirophrénie, parce qu’au-delà du roman, c’est une période particulière que je suis heureuse d’avoir laissé derrière moi. Aujourd’hui, je ne suis plus sous traitement, je ne peux plus écouter Linkin Park, je ne suis pas certaine qu’avoir écrit ce bouquin m’ait guérie, mais en tout cas, il va bientôt paraître, en encre et en papier et avec son incroyable couverture, et c’est ce qui compte.

Et après

Toute l’histoire à venir des marcheurs de rêves reste à écrire (une partie de l’histoire du passé a été racontée avec Il neige sur Érèbe), avec L’Épine Noire d’abord, puis Straif, qui fera le lien entre TOWN, Onirophrénie et L’Épine Noire. Là, on entrera vraiment dans le vif du sujet, mais il vous faudra vous montrer patient·es.

En attendant, j’ai encore d’autres petites choses à raconter avec Lili, quelques nouvelles, son histoire passée, et l’origine de son pouvoir cassé. D’ailleurs, elle apparaît dans la nouvelle La Boîte Noire, aussi. Bref, je n’en ai pas fini avec elle, loin de là. Et dans l’intervalle, vous pouvez faire connaissance avec elle si ce n’est pas déjà fait, en lisant les nouvelles citées dans ce billet, et Onirophrénie dont la sortie est imminente. J’ai hâte que vous la rencontriez 🙂

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Les nouvelles citées :
L’attrape-rêves
Pluie & rouille
La Boussole
La balade des marcheurs de rêves
La Boîte Noire

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