J’ai arrêté d’écrire

Depuis 2025 ce n’est qu’une succession d’arrêts, de renoncements, de « je pose tout sur la table et je fais le tri », de « je repars de zéro ». Je suis désespérément à la recherche de stabilité et je n’y arrive pas, comme en témoigne le dernier billet de ce blog qui explique un peu le cycle infernal dans lequel je suis prise en ce moment. How surprising, je suis dans la semaine de la mort sur ma plaquette de pilule.

Il se trouve qu’il y a deux semaines, j’ai décidé d’arrêter d’écrire.

D’écrire, point à la ligne.

Le vide est trop vaste. C’est comme si plus rien n’avait de saveur. Je n’ai plus envie d’écrire, et je ne crois plus en ma boutique. Les bons jours, je continue parce que jouer avec de la résine et créer des bijoux me fait du bien ; les mauvais jours, je réfléchis à m’inscrire à France Travail pour trouver une formation ou un boulot, avec le besoin irrépressible de fermer boutique, sites et réseaux sociaux et disparaître pour toujours des internets. Gommer ma créativité, la laisser crever comme une plante qu’on n’arrose plus, et basta. Ces jours-là, tous mes échecs me reviennent dans la figure, et je me demande à quoi bon continuer à faire des choses qui, de toute façon, n’intéressent que moi.

Depuis deux semaines, donc, j’ai non seulement arrêté l’écriture de Brume, mais je ne travaille plus sur aucun texte, aucun projet. Aucun plan, aucune relecture, aucune page de wiki, aucune prise de notes. L’écriture a complétement disparu de mon quotidien et de ma tête, ce qui n’était pas arrivé depuis 2015, je pense, année où je l’ai réellement abordée comme quelque chose de sérieux avec la volonté de terminer un premier roman. Alors bien sûr, je n’écris pas tous les jours depuis 2015, mais tous les jours je restais plongée dans mes projets, d’une façon ou d’une autre.

Je suis un peu effrayée par la rapidité avec laquelle mon cerveau a mis tout ça de côté. Si je culpabilisais un peu les deux ou trois jours suivant ma décision, cette culpabilité s’est très vite envolée. J’ai tendance à rester immergée dans mes histoires pendant que je les écris : je pense à mon plan, je joue mes scènes, je vois mes personnages évoluer et j’essaie de résoudre des problèmes divers. La plupart du temps, c’est chouette puisque ça tient à distance les angoisses et les ruminations ; parfois, c’est moins bien, pour le côté obsessionnel du truc qui peut m’empêcher de dormir si je suis trop à fond dedans.

Et là… Eh bien, tout a disparu.

Mon cerveau ne se préoccupe plus que de la prochaine collection de ma boutique, si bien que je passe mon temps à penser au stock de bijoux qu’il me reste à faire, aux dernières photos à prendre, aux fiches produit à écrire, etc. Ça n’a rien d’exaltant, rien de stimulant. Je n’ai pas trouvé ça désagréable au début, mais maintenant j’ai du mal à reconnaître mes pensées, qui résonnent dans le vide.

Et ensuite ?

J’ai commencé un traitement antidépresseur pour gommer cette petite couche de dépression qui s’est installée ces derniers mois. Ce n’est que le début donc les effets principaux ne sont pas encore là (les secondaires, eux, si, vive les tremblements et la somnolence), mais j’ai bon espoir que la machine se remette en route d’ici quelques jours ou quelques semaines. Reste à savoir sur quoi se lancer.

Je ne suis pas sûre de reprendre Brume tout de suite, ni même de le reprendre tout court. Voilà un casse-tête qui m’ennuie : Brume est un très vieux projet qui s’insère depuis longtemps dans le Grand Projet, pour la simple et bonne raison qu’il introduit les personnages et le lieu de la toute fin du GP. J’avais hâte d’explorer cette histoire, de rencontrer mes personnages et de creuser cet univers, et en même temps, c’est de la fantasy… et je n’aime pas la fantasy. Résultat, j’ai toutes les peines du monde à rester motivée à l’écrire.

Avec du recul, j’ai peut-être un peu trop « politisé » ce roman, ce qui a eu pour conséquence de l’éloigner de ce que j’aime vraiment dans l’imaginaire, à savoir la magie bête et méchante. Je n’écris pas pour faire passer des messages en utilisant l’imaginaire comme vecteur, non : j’écris parce que j’aime les histoires de fantômes, de vampires, de magie donc, et ça en manque cruellement dans Brume. Je suis souvent déçue de la fantasy quand on y parle de dieux, et que ces dieux n’existent pas, par exemple (ou qu’on ne les voie pas). J’aime quand ça pétarade de magie, quand il y a des dieux qui viennent donner un coup de main ou au contraire mettre des bâtons dans les roues, j’aime quand le surnaturel est en première place.

Et je crois que j’ai fait exactement l’inverse avec mon roman.

Il y a de la magie, des dieux à sauver, le monde qui disparaît, mais ce n’est pas assez présent, pas assez spectaculaire, parce qu’il y a aussi tout un pan politique et social qui prend bien trop de place à mon goût, et par conséquent, qui a tendance à m’ennuyer. Ce qui fait que je n’ai plus envie de raconter cette histoire.

En fait, je suis tombée dans un piège que je connais pourtant très bien : celui de vouloir coller à tout prix à l’image que je me faisais de ce roman. De vouloir reprendre toutes les notes d’origine, ne pas s’éloigner de ce que j’avais prévu il y a 15 ans, ce qui m’oblige à suivre des idées aujourd’hui obsolètes parce que je ne veux pas les abandonner. J’ai eu ce souci avec Le Temps des cendres et avec Marcheurs de rêves et à chaque fois, j’ai dû arrêter plusieurs fois la rédaction de ces romans pour reprendre mon intrigue et mon plan de zéro.

C’est ce que je vais devoir faire avec Brume : reprendre le plan de zéro, mais aussi l’intrigue, les personnages, l’univers. Réexplorer cet univers avec un oeil neuf et non pas en relisant d’anciennes notes qui dépeignaient une histoire complètement différente (Atlacoaya, la ville du roman, n’existait même pas à l’époque, alors qu’elle est d’une très grande importance dans le Grand Projet. À la place, c’était une sorte de ville-marché appelée Cinabre, et elle n’avait rien à voir avec ça ! La preuve qu’il est grand temps de tout remettre à plat).

Le souci, c’est que je ne suis pas sûre d’avoir envie de faire ça maintenant. Laisser tomber l’écriture d’un roman en cours de route, alors qu’on est plus ou moins au milieu du plan, c’est un crève-coeur que je ne voulais plus avoir à subir, mais alors si on rajoute à ça l’obligation de refaire le travail de construction et de plan du roman… Argh, non, je n’en ai pas le courage. Quitte à repartir de zéro, je préfère repartir sur un nouveau projet, et revenir plus tard à Brume.

Retour à la Maison

Du coup, je me suis dit, une fois que mes petits soucis de déprime se seront envolés, que je reprendrais bien ce projet que j’ai failli commencer avant de décider d’écrire Brume : celui que j’appelle L’Étrange Vie de M. Loiseau, Loiseau pour les intimes, et qui changera sûrement de titre lorsque j’en aurai trouvé un qui me conviendra mieux.

Pour être parfaitement sincère, je n’avais pas l’intention de l’écrire. C’est une histoire que j’aime beaucoup, qui me permettra de retrouver des personnages et des lieux que j’aime beaucoup, mais ça reste optionnel dans le Grand Projet, dans le sens où on n’a pas vraiment besoin de cet arc narratif pour arriver à la fin. J’avais donc fini par me résoudre à l’abandonner puisque j’ai surtout envie de m’engager vers la fin du GP. Chaque roman me prend un an de travail, au moins, et la fin nécessitera entre deux et quatre romans, alors tout ça nous emmène trèèèès loin dans le futur, je n’avais pas spécialement envie d’en rajouter…

Mais finalement, pourquoi pas ?

Je vais partir sur ça, alors. Rayer mes anciennes notes, repartir de zéro là aussi, et faire de nouveau connaissance avec ces personnages que je ne connais pas encore, Léanne et River, mais aussi retrouver un autre personnage qui m’a manqué et qui méritait mieux que ça, ainsi qu’une certaine maison qui hante les pages de mes romans depuis quelques années.

On en reparle dans de prochains billets 🙂

 

2 commentaires

  • J’espère que les antidépresseurs arriveront à stabiliser ton humeur et à retrouver un peu de créativité.

    Et oui, autant partir sur un projet qui te plaît un peu plus. Et tant pis, si la route est un peu plus longue que prévue pour arriver à la fin. Au moins, le voyage aura été agréable. Et qui sait, cela te donnera peut-être des idées pour reprendre « Brume ».

    En attendant, soutien .

    • Pour le moment ça marche bien ! Je suis d’ailleurs surprise parce qu’on n’a pas arrêté de me dire qu’il fallait attendre jusqu’à un mois pour avoir les premiers effets, et en fin de compte ça a fonctionné dès le premier jour. Du coup, depuis une semaine je revis !

      Il faut, de toute façon, décider parfois de changer la route qu’on avait décidé. Surtout qu’à la base, je ne devais pas travailler sur Brume tout de suite ; comme souvent, c’est la 1ere idée qui est la bonne ! Tant qu’on arrive à la fin, c’est le principal, peu importe par quelle route.

      Merci !

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