470 000

470 000, c’est le nombre de signes que comporte Brume, mon roman de fantasy en cours d’écriture, au moment où j’écris ce billet.

Ça me paraît à la fois beaucoup et peu. Beaucoup parce que je rame à mort sur cette écriture, et peu parce que je rame à mort sur cette écriture. C’est la même histoire depuis un an : en y consacrant seulement une heure par jour, j’ai l’impression d’avancer à la vitesse d’un escargot sous THC. J’avance, pourtant. Je viens de jeter un œil au dernier billet où je parle du roman et j’y dis avoir dépassé les 266 000 signes. C’était mi-juillet. La situation n’est pas désespérée.

En fait, c’est surtout que ma motivation fluctue, comme d’habitude, au rythme de ma plaquette de pilule. 

Vous voyez la dernière semaine, avec toutes ces couleurs différentes ? C’est la semaine de la mort (tendance dépressive), suivie de la deuxième semaine de la mort (tendance anxieuse et irritable), celle que j’ai entamé ce lundi et qui comporte d’autres couleurs. Chaque couleur a un dosage différent et je vis donc au rythme de cette palette aux teintes « vanille-fraise » que je ne peux plus voir en peinture, parce que je sais d’avance quand je vais en chier et sous quelles modalités.

Et donc, je dois écrire ET sortir une nouvelle collection de bijoux ET gérer une entreprise ET fonctionner dans le vrai monde tout en gérant mes humeurs au gré de mes p’tits comprimés, ce qui n’est pas très bon pour la productivité.

J’ai quand même compris quelque chose, ces dernières semaines : je n’ai pas l’énergie pour être au four, au moulin et au comptoir, alors il faut prioriser. D’ordinaire, j’aurais tout mené de front sans comprendre pourquoi j’ai l’impression de manquer de temps, pourquoi je suis si fatiguée, pourquoi je n’arrive à rien ; aujourd’hui, je fais les choses une par une. Même si ça m’oblige à mettre l’écriture de côté. Je ne peux plus morceler ma créativité comme je le faisais avant, pas avec des humeurs changeantes et une surcouche de dépression qui vient allégrement mettre des coups de pied dans mes projets.

Récemment, j’ai pris la décision de revoir entièrement ma boutique de bijoux : j’ai supprimé de la vente tout ce qui était disponible en boutique, j’ai démonté mes anciens bijoux et repensé mes prochaines collections pour mieux coller à ce que j’avais envie de faire (plutôt que d’essayer de satisfaire tout le monde avec des techniques de fabrication qui ne me plaisaient pas plus que ça). Ça m’a motivée de ouf. Mais genre vraiment. Je savais déjà vers quoi je voulais aller, j’avais hâte de lancer tout ça, alors je me suis attelée à la fabrication de ces nouveaux modèles en mode « usine », au point où il m’arrivait d’en rêver. Sans rire, j’en ai même cauchemardé.

En parallèle, je n’ai pas écrit. J’avais le sentiment, au départ, que cette heure d’écriture chaque jour me mettrait en retard pour la sortie de ma prochaine collection, alors j’ai mis de côté mon manuscrit, d’abord avec un peu de culpabilité, puis en me rendant compte que c’était pour le mieux. Je n’ai pas rien fait en attendant, pour autant : j’ai pris le temps de taper sur ordinateur les quatre derniers chapitres (puisque j’ai fini par les écrire à la main).

J’ai pu, ainsi, dérouter toute ma créativité vers ce que je considérais comme le plus urgent, à savoir ma boutique (à savoir ma source de revenus principale)… et ça m’a bien plu. Aujourd’hui, alors que j’ai terminé de préparer les prototypes et le stock de mes futurs bijoux, je peux réaborder l’écriture plus sereinement.

Oui, il ne fallait pas sortir de Saint-Cyr pour comprendre qu’il était temps que je me ménage, mais bon, on n’a pas été livré avec toutes les pièces, ici.

C'est reparti comme en 40

En plus, quelle coïncidence, c’est également aujourd’hui que je termine de recopier les chapitres du roman. On pourrait croire que c’était fait exprès (ça ne l’est pas).

Oui, j’ai repris l’écriture à la main, comme à l’époque du tome 3 de Marcheurs de rêves. Je ne voulais pas, au début : la phase de recopiage sur traitement de texte est tellement longue et chiante que ça m’avait coupé l’envie de recommencer. Alors que j’avais tellement aimé ça… Il y a quelque chose de magique avec l’écriture à la main. Déjà parce qu’on obtient à la fin un manuscrit, un vrai de vrai, et c’est plutôt classe, et ensuite parce qu’il n’y a rien de mieux pour dérouiller sa créativité. Je me suis vue sortir les rames chaque jour pendant des semaines devant mon ordinateur pour pondre mon quota quotidien, alors que lorsque je me pose dans mon canapé avec mon carnet et mon stylo, ça se déroule tout seul.

J’ai donc cédé, j’ai acheté de nouveaux carnets pour Brume, et je me suis dit que je n’étais pas obligée de l’écrire d’une traite si c’était trop difficile. Si j’ai un autre projet important sur le feu qui concerne la boutique, si mon cerveau est un peu à sec, si ça fait déjà deux mois que je galère à avancer sur ce texte… J’ai le droit de m’accorder des pauses de temps en temps. Pour recopier, pour relire, corriger, revoir mon plan. Avant, je mettais un mois à écrire un roman ; maintenant, je mets six mois. Il n’y a pas (plus) le feu au lac.

Cette petite pause recopiage de ces dernières semaines m’a fait du bien, et je repars demain du bon pied, pour retrouver Brume et ses acolytes là où je les ai laissés (en très mauvaise posture). J’aime bien ce que j’ai écrit jusqu’ici : une partie du roman s’écrit presque toute seule, sans plan, ce qui est un comble pour l’architecte hardcore que je suis. C’est si bizarre, mais j’aime bien.

Bon, après, je sais que le travail de révision du fond sera énorme, et c’est un travail que je déteste, voire celui que je déteste le plus. Il faudra tout réharmoniser, tout remettre d’équerre, rendre cohérent, avec de la réécriture, et brrr non je n’aime pas ça. Mais tant pis, c’est le jeu et je suis obligée de jouer, sans quoi je ferais du mauvais boulot.

À la recherche de la source

Brume est un personnage facile à écrire : j’aime vraiment mon héroïne, que je vois évoluer dans ma tête depuis des années et qui se dévoile encore plus maintenant que c’est son heure. C’est un plaisir de raconter son histoire.

En revanche, Zih et Tih, les gamines qui l’accompagnent, c’est une autre paire de manches. Mes jumelles magiques m’accompagnent aussi depuis des années, mais à l’âge adulte. Or, dans le roman, elles ont dix ans. Et je n’aime pas écrire les enfants. Ou plutôt, j’ai du mal. Je ne trouve jamais le bon ton, la bonne façon de parler, de penser… Ajoutez à cela que les deux poupettes sont des sorcières accomplies qui voient et savent bien plus de choses que les adultes, et vous vous rendez compte de la difficulté. Mais là aussi, ce n’est pas trop grave pour le moment puisque l’objectif est de terminer d’écrire le premier jet, et ensuite de s’arracher la tête pour améliorer tout ça.

Actuellement, elles se trouvent loin de chez elles, à la recherche de vérités qu’elles redoutent de plus en plus, alors que leur monde vient de tomber en ruine. Et elles doivent continuer si elles espèrent que ces ruines ne tombent pas en poussière.

Bref, je m’amuse bien à écrire ce livre. La fantasy n’est pas trop mon truc, mais j’aime bien ce changement de décor. Un décor que je dois peaufiner, puisqu’il s’agira du théâtre de la fin du Grand Projet. Et ça, j’ai vraiment hâte de le raconter !

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