Je m’y attendais un peu en me lançant, les billets de blog hebdomadaires en forme de petit journal n’ont pas fait long feu. La raison : je n’ai pas grand chose à dire, finalement. Je voulais écrire sur la créativité, mais je n’ai pas de souci à invoquer cette créativité puisque je baigne dedans depuis près de 15 ans, je me contente de faire et n’ai aucun besoin d’en parler.
Comme souvent lorsque je veux mettre en place une habitude du genre, je n’y arrive pas pour des raisons de sens donné à cette habitude, pas parce que je ne parviens pas à m’y tenir.
Voilà presque 4 ans que je tiens ma routine « présence en ligne » sans faillir ; elle consiste à programmer le lundi les posts Instagram de la semaine suivante et à rédiger mes newsletters le dimanche, une fois toutes les deux semaines, pour le mardi d’après. Mine de rien, je suis plutôt fière de tenir le cap car vous imaginez bien qu’à ce rythme, on épuise vite les sujets à aborder. Alors oui, il y a le recyclage de publications, essentiel, mais si les abonnés ne se rendent pas spécifiquement compte que l’on a reposté un truc une deuxième fois, voire une troisième ou une quatrième, de ce côté du clavier, l’impression de tourner en rond est tenace.
C’est le jeu. Un jeu que j’accepte de jouer et que j’apprécie parfois, quand les résultats (maigres) sont là. J’ai choisi de travailler chez moi, de vendre des trucs en ligne et de ne pas faire de marchés, je suis donc obligée d’en passer par les réseaux sociaux pour exister, et ça ne me dérange pas dans l’absolu (encore une fois, quand les résultats sont là). Si j’étais si gênée par toute cette com obligatoire à tenir sur les réseaux sociaux, j’aurais sans doute changé de métier ou de manière de vendre.
Il m’arrive bien sûr de rêver de ne plus avoir de présence sur les réseaux sociaux. Quel soulagement ce serait ! Ne plus avoir à se forcer à dire quelque chose quand on n’en a pas envie, ne plus chercher à se vendre dans un marché énorme où tout le monde galère à se faire entendre. Il existe, oui, d’autres canaux pour vendre des bijoux, mais je n’ai pas les compétences pour cela, et ce serait remplacer des emmerdes par d’autres emmerdes — or, je préfère choisir MES emmerdes plutôt que de les subir.
C’est mon travail, donc. Quand on se lance dans l’artisanat à vendre en ligne, on découvre vite qu’on passe peu de temps à effectivement créer, et là encore, ça fait partie du jeu.
D’un point de vue personnel, j’ai laissé tomber toute idée de poster « juste pour le fun », en tant que personne et non pas en tant qu’autrice ou artisane. J’ai tenté plusieurs fois : Mastodon, Bluesky, blog. Très vite, je découvre que je me mets de la pression juste pour avoir un truc à dire. Je ne poste plus rien de militant ou de politique depuis des années car ça fait monter ma tension, et j’ai assez peu d’intérêt à partager plus en détail les trucs que je lis ou regarde. Ajoutez à cela le fait de bosser chez soi et de ne pas faire beaucoup de sorties, vous vous rendez compte très vite qu’il n’y a RIEN à raconter. À quoi ça sert, alors, à part se stresser pour quelque chose de futile ? J’ai mis le temps à l’accepter, mais oui, je ne suis présente sur les internets que parce que mon boulot l’exige.
Vient enfin la question de mon activité d’autrice. Et ça, c’est une autre paire de manches.
Depuis que je n’écris plus à plein temps, je me suis désintéressée de cette activité. J’écris un seul bouquin par an maintenant, et sans enjeu financier puisque je le publie pour le plaisir — limite je pourrais publier mes romans sur Wattpad que ça ne me dérangerait pas, mais je sais que dans ce cas-là, ils ne seront pas lus. Du coup, la question se pose de trouver comment communiquer autour de cet aspect littéraire. Mais pourquoi et comment le faire alors que je n’ai plus d’intérêt pour la partie commerciale, et que les posts tournés autour des livres me sortent par les yeux ?
J’ai mis très longtemps à trouver comment communiquer autour de mes livres lorsque c’était essentiel à mon activité d’autrice, et je n’ai jamais vraiment trouver d’angle satisfaisant. Tout me paraissait artificiel, en mode « HEY REGARDEZ J’AI ÉCRIT UN LIVRE ! ! ! », et encore plus aujourd’hui (chez moi et chez les autres. Je ne suis quasiment plus aucun compte d’auteur sur Instagram pour ces raisons, sauf quand ils ont autre chose à raconter). Mais dans ce cas-là, quoi dire ?
Je tiens toujours à garder mon compte Insta d’autrice. C’est mon compte depuis des années, il a vu mon évolution et j’y tiens trop pour le supprimer ou le mettre de côté. Et j’ai quand même quelques petites choses à dire, en dehors de mes bijoux, sans compter que j’ai envie qu’on lise mes livres ! Je ne les publie pas juste pour moi, je le fais aussi pour mes lecteurs. J’ai juste beaucoup de mal à trouver l’équilibre entre le ras-le-bol de devoir parler dans le vide et l’envie de continuer à poster. Un peu. De façon sincère et pas commerciale.
Il est là, tout le paradoxe. Je lis des blogs et des comptes Insta où des gens que je ne connais pas racontent leur vie, parlent parfois de leurs livres ou de ce qu’ils fabriquent, et parfois j’aimerais faire pareil. J’aimerais être comme ces gens qui décortiquent leur quotidien ou le monde avec une très belle écriture, qui parlent de leur travail, de leurs découvertes ou de ce qui leur tient à cœur. Mais tout ce que j’ai à dire se trouve dans mes livres. En dehors, il n’y a rien de très intéressant.
C’est ce qui m’a toujours dérangée dans la com liée aux livres. J’en avais marre (et en ai toujours marre) d’épiloguer 107 ans sur pourquoi vous devriez lire mon bouquin, et voici la playlist d’écriture, et je vous présente les personnages principaux, et voilà un quizz rigolo pour que vous découvriez quel pouvoir vous détenez ! Et en même temps, juste dire « mon livre est sorti, voilà la couv et la date », ça ne suffit pas.
Donc voilà, j’en suis là. Une réflexion appuyée par ma lecture de la dernière newsletter d’Ielenna, qui évoque tout le travail des auteurices en plus de l’écriture, ainsi que les injonctions du public. J’ai lu tout ça et je me suis dit « mais oui, à quoi bon ? » parce que j’avais perdu de vue l’écriture et la création et que je suis en train de les retrouver, tout doucement. Et tous les autres aspects du boulot d’autrice en prennent un petit coup. Ce n’est pas grave.
Reste maintenant à réinventer cette fameuse présente en ligne, côté bouquins. Devenir écrivaine, justement, et plus seulement autrice ; se concentrer sur l’écriture et la création, et sur la vie autour. Se la jouer un peu plus perso. Je n’ai pas encore résolu cette équation, mais le travail est en cours et je trouverai bien un équilibre. Jusqu’à la prochaine crise.
