Je me suis rendu compte que j’étais en train de préparer la fin.
La fin de mon multivers, hein, pas ma fin. Mais un peu comme une personne plus proche de la fin que du début, qui rédige son testament et planifie ses obsèques, je prépare la dernière ligne droite de ce qui aura été le projet le plus dingue, le plus chronophage et le plus insensé de ma si chaotique carrière.
J’ai encore le temps, pourtant. N’ayant pas encore commencé à structurer cette fin, je ne sais pas combien de volumes cela nécessitera, en sachant qu’un livre = un an de travail. Si j’estime mon truc à 3 ou 4 bouquins, j’en ai pour 3 ou 4 ans, sans compter celui sur lequel je travaille. Il n’y a pas le feu au lac, donc. Mais il y a quand même cette drôle d’impulsion, une toute petite voix qui ne fait que me chuchoter que tout sera bientôt fini et que ça arrivera plus vite que prévu.
Peut-être que j'ai hâte, en fait
Ce qui est sûr, c’est que ça a tendance à revenir me titiller, plus souvent qu’avant. Récemment, il y a peut-être un mois ou deux, j’ai eu la vision très nette de ce à quoi ressemblerait la fin du Grand Projet : j’ai vu la scène finale, j’ai vu qui elle impliquait, ses causes et ses conséquences, un peu comme Nuin voit le(s) cours du temps. Eh oui, c’est peut-être surprenant à lire mais jusqu’ici, je n’avais qu’une idée assez vague de la conclusion, a fortiori du climax et du boss de fin. C’était volontaire puisque je voulais me laisser la possibilité d’imaginer cette fin en détail à partir de ce que je n’ai pas encore écrit. Mes premiers textes datent de 2012, le Grand Projet a germé en tant que tel en 2015, je ne voulais pas me projeter sur quelque chose que je n’écrirais que dans 4, 5, 10 ans, au risque de me planter. Maintenant, je sais à quoi ça va ressembler, et cette vision est la plus logique possible.
Ai-je déjà envie de raconter ce moment ? Bien sûr que oui. Tout comme j’ai très envie de raconter des tas de scènes qui me hantent depuis quelques années maintenant, des instants qui ne manqueront pas de faire réagir mes lectrices & lecteurs (ahahaha vous n’avez pas idée), et que j’ai déjà commencé à distiller dans le tome 3 de Marcheurs de rêves (oh oh, peut-être que ce tome 3 aussi est une des raisons qui me poussent à songer à la fin de mon grand œuvre).
Ai-je envie de m’en débarrasser, aussi ? C’est probable. J’ai du mal à ne pas considérer le Grand Projet comme un semi-échec. J’ai certes réussi à écrire cette histoire qui s’est agrandie jusqu’à ne (presque) pas avoir de fin, je lui ai donné la forme que je voulais pour elle, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que ça aurait pu être mieux, « mieux » signifiant que j’aurais pu mieux mener ma barque en tant qu’autrice auto-éditée, que mes livres auraient pu être plus connus, qu’ils auraient pu me permettre de vivre de ma plume.
Je rêvais de devenir l’autrice d’un univers littéraire que les fans se seraient arraché, avec des tas de discussions, de théories et de fanarts. Ça n’a pas eu lieu.
Dommage. Tant pis. Cet univers a le mérite d’exister, il aura permis à plusieurs dizaines de lectrices et de lecteurs fidèles de passer un bon moment sur près de 15 ans, et il m’aura surtout permis de m’évader dans un ailleurs loin de ce monde au cours des moments difficiles.
Donc oui, peut-être que j’ai envie de m’en débarrasser, non pas parce que son existence me pèse, mais parce que son écriture me pèse, parce que j’ai dû la reléguer à l’état de hobby qui avance à la vitesse d’un escargot en vitesse x 0,25, et parce qu’il me rappelle constamment ce semi-échec.
Et puis, j’ai vraiment hâte de vous partager la fin de l’histoire. Parce que je pense que ça vaut le coup.
Mais on a le temps
Si cette fin se rapproche, je n’y suis pas encore, et il faut que je le garde en tête. De plus, je dois mettre plein de trucs en place avant de m’y élancer avec alégresse :
D’abord, il y a l’écriture de Brume.
Brume, c’est le roman de fantasy que je m’apprête à écrire, le décor final de la conclusion du Grand Projet. Ce roman est peut-être l’un des plus éloignés du reste, mais il est très important et je dois absolument soigner cette histoire. J’en parlerai dans un prochain billet ! Aujourd’hui, il ne me reste plus que quelques petites choses à peaufiner avant de commencer à écrire, ce qui se fera sûrement la semaine prochaine (et argh, j’ai tellement pas hâte. Moins on écrit et moins on a envie d’écrire 🥲).
Ensuite, il y a le wiki.
Giga chantier à l’arrêt depuis des années, j’ai enfin pris le taureau par les cornes et me suis lancée dans la construction de cette base de données publique qui va demander énormément de travail.
Pourquoi un wiki ? Parce que c’est la forme la plus simple à donner à cette encyclopédie que je veux monter depuis longtemps, qui servira autant aux lectrices & lecteurs qu’à moi. L’idée est la suivante : pour celles & ceux qui veulent se remettre en tête un précédent livre, ou qui voient passer le nom d’un personnage qui leur paraît familier sans qu’ils se rappellent dans quel roman ils l’ont déjà croisé, il y aura le wiki. Alors oui, évidemment, je ne peux que recommander de relire les livres avant de commencer la fin du Grand Projet. Mais si vous n’avez pas le temps ou l’envie, le wiki sera là.
D’un point de vue technique, je me suis pas mal trituré les méninges pour savoir comment le mettre en place. Je voulais qu’il soit hébergé sur mon site, au début, et permettre à des rédacteurs de le compléter, mais ça m’a paru bien trop compliqué à gérer. J’ai ensuite pensé à Notion (mais je ne l’utilise plus), à Obsidian (trop compliqué), et enfin, je me suis décidée pour Fandom, tout simplement. J’ai déjà commencé à le remplir et ça se fait assez bien.
Les contributions seront très largement appréciées : si vous avez envie de m’aider, n’hésitez pas ! Il y a pas mal de choses à faire dessus, et ce même si vous ne savez pas trop comment rédiger des pages (par exemple, il faut créer plein de liens entre les pages). Pour le moment, je termine de créer les pages principales, je mettrai en place des modèles, et je vous proposerai de participer.
Enfin, il y a le projet de mail club qui me trotte dans la tête depuis un temps.
Jusqu’ici, la forme de ce projet me plaisait particulièrement : en vous inscrivant, moyennant quelques euros, vous recevez des courriers avec, dedans, une enquête sur un phénomène surnaturel non expliqué. Il y a tout un lore autour, une histoire de mystérieuse entreprise qui emploie des gens afin d’enquêter, quelque chose qui s’intègre dans le Grand Projet.
Mais le problème, c’est qu’il y a plusieurs problèmes :
- c’est un projet chronophage qui demandera pas mal de temps et de ressources alors que je n’en ai déjà pas beaucoup (il faut écrire les textes, créer des pages sur Internet et créer les documents papier à envoyer)
- je ne suis pas sûre que ça vaille le coup puisque peu de gens s’inscriront. C’est un peu ma malédiction : le noyau dur de mon lectorat sera très heureux de recevoir ces courriers mais malheureusement pour moi, cela représente trop peu de personnes pour en tirer un revenu à la hauteur du travail fourni (c’était le cas des énigmes réalisés il y a quelques années).
- je n’ai pas la moindre idée de comment m’organiser, comment le vendre (sur quelle plateforme) et comment le déclarer
Bref, j’adore toujours cette idée mais elle me paraît compliquée à gérer pour le moment. J’ai le temps d’y penser, toutefois, car ce projet a toute sa place dans la fin du Grand Projet (désolée mais je ne peux pas en dire plus !). Peut-être que je ferai ça sous la forme d’une newsletter, ou de posts sur les réseaux sociaux, je ne sais pas trop.
En fin de compte, peut-être qu’il est là, mon problème : ma tête déborde de projets mais je n’ai ni le temps ni les moyens de m’y consacrer, ce qui a fini par user ma motivation, à force. Cela explique probablement que j’ai hâte de terminer mon histoire pour passer enfin à autre chose… Je m’approcherai de mes 50 ans à la fin du Grand Projet, en fonction du temps que ça prendra. Ça me fait tout drôle d’y penser. Quand j’aurai fini cette histoire, qu’est-ce que j’aurai à dire ? Existera-t-il d’autres histoires, d’autres personnages, d’autres mondes ?
Aurai-je envie de continuer et de démarrer autre chose, d’explorer d’autres ailleurs ? Ou alors, au contraire, serai-je si triste à l’idée de dire adieu (et pas au revoir, cette fois) à ceux qui m’ont accompagnée durant si longtemps, au point de refuser d’écrire quoi que ce soit de nouveau ?
Pendant longtemps, je me disais que j’aurais toujours quelque chose à dire. Et aujourd’hui… Peut-être pas. C’est sans doute l’âge, ou la sagesse, ou la lassitude. Ou peu des trois. Ou alors l’amertume de ne pas avoir réussi à vivre de ma plume, ou le manque de temps pour écrire comme je le voudrais, ou le manque de considération pour les projets artistiques un peu à part, puisqu’en dehors de mes lectrices & lecteurs, j’ai rarement rencontré d’enthousiasme quant à mon travail.
Ou juste qu’à un moment, on n’a plus besoin de parler.
On verra bien. J’ai encore le temps d’y penser ! Surtout que je ne suis pas arrivée au bout de la route, loin de là : la fin qui se profile sera longue, dense et dangereuse. J’ai encore du temps à consacrer à mes meilleurs amis imaginaires… Et c’est tant mieux.
Ps : hasard total, je découvre aujourd’hui, pile pendant que j’écris ce billet, le projet d’Antoine Volodine, écrivain français créateur du post-exotisme : une œuvre qui dure depuis 40 ans, répartie sur des dizaines d’ouvrages qui forment un tout, rédigés par les « personnalités » de l’auteur, qui a employé de très nombreux pseudonymes différents. Il va publier 11 livres à la rentrée littéraire, tous chez des éditeurs différents, et ces livres marqueront la fin de son post-exotisme. Il se dit que la dernière phrase de cette œuvre sera « je me tais » , et si je n’ai pas la moindre idée de ce que cela raconte, ça me parle très fort (Actualitté en parle ici).
