Les érudits
En écrivant ces notes de carnet consacrées au lore de mon multivers, je me suis rendu compte que j’avais tendance à les rédiger comme si j’étais une chercheuse en magie, presque un personnage de mes livres.
Bon, en vrai, je suis un personnage. L’Onirographe, c’est Bibi.
Mais bref, le truc c’est que ces notes ont tendance à se mêler aux recherches que font certains de mes personnages, notamment sur le passé et les origines de lieux, de personnes ou d’événements. Ça m’a frappée quand j’ai écrit la note sur Édouard et Melchior : ce texte aurait pu être écrit par Louis, Samuel ou Saul (Louis, probablement, qui sait beaucoup de choses et on ignore comment il est au courant).
Et je trouve ça très drôle, quelque part. C’est comme si mon univers fictionnel devenait un sujet d’études et que moi-même je travaillais dessus (ce qui rappelle les théories comme quoi les écrivains sont soit des émetteurs soit des récepteurs, c’est-à-dire que soit ils sont à l’origine de leurs histoires, soit ils la « reçoivent » d’ailleurs et se chargent de la transmettre. Personnellement, je ne crois pas à ça, et certainement pas au fait de « capter » une histoire, qui a peut-être vraiment eu lieu et que je ne fais que la restituer. Trop… ésotérique pour moi, je dirais).
Autre réflexion à ce sujet, que des lectrices m’ont déjà partagée, c’est qu’il y a toujours des érudits dans mes livres. Par érudit, j’entends bibliothécaire, chercheur, fan de livres ou de vieux papiers. Par exemple : Louis, qu’on a déjà mentionné, Saraï (qui étudie et recopie des sortilèges), Athanase. On a aussi Filius (qui documente ses voyages dans d’autres mondes), les St. John et les Valentine dans leur ensemble, surtout avec la bibliothèque onirique d’Érèbe, Samuel qui a pris le relais, toute une ribambelle de Nocturnes dans la Cité de Minuit, Jez bien sûr, ainsi que ses potes (ils ont diverses spécialités : expert en écriture, conservateur, lettres, sortilèges, livres), etc.
Il m’arrive parfois de citer des sources (fictives), livres et auteurs qui se sont consacrés à ces sujets. Ce sont des personnages qui ne font que passer et j’avais envie de leur rendre hommage ici, en évoquant un peu plus qui ils sont.
Frère Asmodeus
Ce moine qui a vécu au XIe siècle a passé sa courte vie à étudier les vies antérieures. C’était son obsession : il était persuadé de pouvoir résoudre ce qu’il considérait comme le plus grand des tabous, à savoir le fait de ne pas se souvenir de ses vies précédentes. Manque de chance, il n’a pas réussi, mais il a beaucoup contribué aux recherches sur le sujet. Asmodeus a également un autre fait d’armes à son actif : c’est lui qui a « créé » le village de Landrez en Bretagne, dit-on, en se débarrassant des ronces qui avaient pris possession de ce terrain près de la mer.
- on le mentionne dans Le Phare au Corbeau et dans Clairvoyants
Jana Linden
C’était une médium, une vraie, qui est morte dans les années 60. Quand elle était jeune, elle utilisait son don au cours de séances de spiritisme, ce qui lui a permis de gagner beaucoup d’argent puisqu’elle était très douée — en même temps, c’est normal, elle parlait vraiment aux morts. Le plus drôle, c’est qu’elle se faisait passer pour une arnaqueuse auprès de ses « confrères » qui, eux, ne possédaient aucun pouvoir. Ils ne comprenaient pas comment elle faisait.
Une fois la mode du spiritisme passé, à la fin du XIXe, elle a commencé à s’intéresser aux maisons hantées. Elle en a étudié plusieurs et a écrit des livres, et là encore, elle se faisait passer pour une sorte d’illuminée : il ne fallait pas que les moldus découvrent l’existence de la magie. Elle écrivait donc ses livres en en faisant des caisses et en exagérant certains aspects de ses enquêtes. Son éditeur adorait, puisqu’il en vendait des pelletées ; les sorcières de la Constellation appréciaient beaucoup moins.
L’un de ses livres, Das Dornenhaus, parlait de Blackthorn Hill, la fameuse maison anglaise que l’on dit hantée par le cauchemar (c’est le lieu principal de mon roman La Maison des Épines). Jana n’a jamais compris ce qu’était réellement cette maison ; elle la croyait simplement hantée et elle n’a jamais découvert son véritable secret. Pour cela, elle aurait dû connaître l’existence de la magie des rêves, mais elle en ignorait tout, comme 95 % des sorciers, et son dernier mari, Serge Demaret, qui était pourtant un marcheur de rêves, n’a jamais vendu la mèche.
- On la mentionne dans Marcheurs de rêves, mais aussi Inéluctable, un roman écrit mais jamais publié
Gaspard E. Joséphas
Enfin, peut-être le plus grand contributeur à la cause, voici Gaspard, symboliste de son état, qui a vécu toute sa vie frustré de se voir doté d’un talent si peu fiable et si peu puissant (les symbolistes ont seulement des intuitions, qui leur viennent sous la forme de symboles, et la plupart d’entre eux ignorent qu’il s’agit d’un pouvoir magique). Il a donc décidé d’étudier la magie, avec l’espoir d’en faire une encyclopédie.
Ce genre d’initiatives ne plaît pas du tout à la Constellation, dont la mission numéro un est de protéger le secret qui entoure la magie. Ainsi, la publication d’une encyclopédie n’était pas du tout à leur goût. Gaspard a dû revoir ses ambitions à la baisse et a créé une sorte de guide sur les différents pouvoirs que possèdent les sorciers, publié par les soins de la Constellation.
Or, le manuscrit original comprenait des indications sur les marcheurs de rêves, ce qui était interdit : l’existence de la magie des rêves étant tabou, en particulier pour les sorciers, Gaspard n’avait pas le droit de diffuser ces informations. Le livre qui a été publié par la suite, à très peu d’exemplaires et uniquement destiné aux sorciers, ne comprenait aucune information sur le sujet.
Ce cher Gaspard, avec son sale caractère, ne l’a pas bien pris. Il a donc décidé de publier lui-même un tirage de son livre avec toutes les infos dedans, même celles qui concernent les marcheurs de rêves (et il était très bien renseigné), quitte à s’attirer les foudres de la Constellation.
Ce n’est pas la Constellation qui l’a puni, mais le sort : de nombreuses gessa, des sortilèges de protection, entourent le secret de la magie des rêves, et ceux qui y contreviennent ont tendance à mourir dans d’atroces souffrances. C’est ce qui lui est arrivé puisque Gaspard est mort dans l’incendie de sa maison (l’autopsie a conclu qu’il est mort non pas par asphyxie mais à cause de ses brûlures). Et la Constellation a confisqué tous les livres. Certains d’entre eux sont quand même arrivés entre les mains de sorciers tels qu’Alpha ou Oxyde, et même Erin St. John, mais le secret a été maintenu.
Pour la petite histoire, j’ai commencé à écrire le guide de Gaspard, qui s’intitule Magies & Sorcelleries. Il n’est pas terminé et je dois le reprendre puisque certaines choses ont évolué depuis, mais plus tard, quand j’aurai le temps, je le mettrai à disposition ici-même.
- on mentionne Gaspard et ses œuvres dans Le Temps des cendres et dans Marcheurs de rêves
Note 1 :
