Le cycle des Trois

Cette page comprend des spoilers de D’Hiver et d’ombres (ou, plus précisément, vous risquez de ne strictement rien comprendre à cette page si vous n’avez pas lu D’Hiver et d’ombres).

Les Trois, c’est-à-dire le Temps, l’Espace et le Rêve, sont trois entités fondamentales qui régissent mon multivers. Ils sont à l’origine de tout, et vivent selon un cycle qui se répète depuis toujours — et se répétera pour l’éternité.

Celui-qui-Rêve

Ce cycle a été voulu par l’Onirographe, une sorte de démiurge tout puissant, un dieu créateur. On l’appelle également Celui-qui-Rêve : ce démiurge a créé la réalité et la non-réalité, c’est-à-dire le rêve, avec comme espoir de donner naissance à des histoires.

Pour cela, il a façonné ces trois entités :

  • Le Rêve soutient les mondes. Il les « rêve » : les mondes ont une existence grâce à lui. On peut envisager le Rêve comme une sorte de matière noire, un liant qui maintient la tangibilité de toutes choses et dont la présence n’est pas détectable.
  • L’Espace est l’espace que l’on connaît, cet Univers rempli d’étoiles et de galaxies, mais aussi la tangibilité elle-même.
  • Le Temps est… le temps.

Le Rêve existe en permanence et a une fonction active dans l’existence des mondes : il les porte et assiste à tout ce qui s’y passe ; le Temps permet aux histoires de se dérouler, et, même chose, assiste à tous les événements qui ont lieu ; l’Espace, la plupart du temps, est absent, ou plutôt endormi. Son sommeil permet de solidifier la réalité.

Une fois tout ça établit, Celui-qui-Rêve a commencé à « jouer » les histoires auxquelles il voulait donner naissance. Des mondes et des êtres vivants, qu’il modelait comme il le souhaitait, à l’aide de ses trois chères entités. Cela dure une éternité.

Mais une éternité qui prend fin malgré tout, car il découvre avec horreur que les Trois ne sont pas éternels : le Rêve meurt. Et en mourant, il emporte les mondes avec lui, dont les histoires sombrent dans le néant pour toujours, ce qui attriste l’Onirographe. Déçu et amer, il s’apprête à tout abandonner quand il se rend compte que le Rêve n’est pas mort sans rien laisser : il reste un fragment, une étincelle. Et cela donne une idée à son créateur.

Le cycle du Rêve

Celui-qui-Rêve mobilise les deux autres entités afin de créer un cycle qui se répéterait tout seul : au moment où le Rêve commencera à agoniser, l’Espace se réveillera pour partir à la recherche du fragment, et le Temps emportera l’âme de tous les êtres vivants, de façon à la conserver. Ainsi, lorsque le Rêve renaît à partir de son fragment, les histoires pourront reprendre, « sauvegardées » dans ce fragment.

Le cas du fragment
L’apparition du fragment est un phénomène particulier que même Celui-qui-Rêve ne comprend pas : ce fragment apparaît dans la réalité. Dans le Dernier Monde, plus précisément, à savoir l’ultime monde encore existant alors que tous les autres sont morts. L’on ne sait jamais quel est le Dernier Monde, et il semblerait, mais cela n’est pas sûr, que ce soit le Rêve lui-même qui le choisisse.

Dans ce Dernier Monde, donc, le Rêve meurt et l’Espace est chargé de le retrouver, où il pourra s’emparer du fragment du Rêve. Ensuite, il devra le confier à un futur vaisseau du Rêve : un humain du Dernier Monde, ici aussi potentiellement choisi par le Rêve. Cette personne deviendra le nouveau Rêve au moment de recevoir le fragment, ou plutôt elle lui servira de vaisseau, et ce durant toute la durée du prochain cycle. On ignore ce que devient cet humain pendant ce temps. En revanche, on sait ce que devient le Dernier Monde : il disparaît, comme tous les autres.

À la recherche des âmes
À partir du moment où le Rêve commence à se flétrir, et jusqu’à ce qu’il meure tout à fait, le Temps se charge de collecter les âmes. Les mondes meurent les uns après les autres, alors elle s’y rend, se morcèle en une multitude de Passeurs, et ces Passeurs prennent les âmes des êtres vivants. Cela ressemble à chaque fois à une destruction ; d’ailleurs, quand cela survient dans les mondes concernés, on croit à une apocalypse et on essaie de fuir. Une fois toutes les âmes d’un monde collectées, celui-ci se délite et s’efface.

Les habitants du Dernier Monde sont un cas à part : ils deviennent les Passeurs du Temps pour le prochain cycle. Ils prennent la forme de la peur la plus grande de l’hôte du moment et suivent ensuite le Temps pour le cycle suivant, où ils récolteront les âmes à leur tour.

Cela fonctionne pendant un temps indéfinissable. Les Trois vivent des milliards de cycles, chaque cycle durant des milliards d’années, ce que l’on peut envisager comme un Univers Phénix dans le modèle du Big Bounce, une théorie controversée en cosmologie (lien vers Wikipédia). Et à chaque fois, l’Onirographe reprend les histoires là où elles se sont arrêtées, parfois intactes, parfois avec des altérations (cf note 1)

Quand tout périclite

Sauf qu’au bout d’un moment, le Rêve ne supporte plus de vivre en boucle l’agonie de tous ces mondes. Il faut dire que les Trois, s’ils ont une volonté propre, subissent ce qui devient leur malédiction : ils ne peuvent agir comme ils le souhaitent quand le Rêve meurt. C’est-à-dire que le Rêve, après sa mort, n’a pas d’autre choix que de renaître, l’Espace de chercher le fragment et le Temps de collecter les âmes. Ils ne peuvent pas se défaire de leur mission.

De plus, ils vivent dans le manque constant l’un de l’autre, même quand ils sont en stase. Le seul moment où ils peuvent se retrouver est le moment où le Rêve meurt, et ils n’ont droit qu’à quelques minutes de retrouvailles à chaque cycle. Ce qui provoque chez eux un phénomène que, là aussi, Celui-qui-Rêve n’avait pas anticipé : ils développent des émotions.

Plusieurs cycles passent sans que les Trois ne le réalisent vraiment, puis, au bout d’un temps, ils en appellent à leur créateur afin de lui demander la grâce d’un changement. Sauf celui-ci ne leur répond pas.

Après cela, le Rêve découvre qu’il peut influencer le cours de l’Histoire en le manipulant dans tous les mondes qu’il porte sur lui. Il y parvient grâce à son vaisseau humain : ce dernier étant issu de la réalité, il a une prise dessus. Ainsi, le Rêve et son vaisseau provoquent des changements dans les histoires de l’Onirographe dans l’espoir que celui-ci s’en aperçoive.

Ce qui ne marche évidemment pas, même après plusieurs tentatives au cours de différents cycles. Le Rêve passe alors à la vitesse supérieure : pour lui, le seul moyen d’échapper à son sort, c’est de ne pas renaître après sa mort. Il s’en ouvre au Temps et à l’Espace — le Temps est d’accord mais l’Espace est le plus « investi » des Trois, il n’a aucun moyen de s’empêcher d’accomplir sa mission. C’est donc le Temps qui essaie de changer les choses. En vain.

Les cycles suivants voient de nombreux changements que l’Onirographe n’empêche pas : l’apparition des dieux et de la magie (quoique pas la magie des rêves), ainsi qu’une indépendance toujours plus grande pour le Temps, qui a tendance à déambuler de plus en plus dans les différents mondes. Cela provoque un phénomène que les Trois n’avaient jamais expérimenté jusqu’ici : on les voit. On connaît leur existence. Cela est dû à des sorciers qui ont des visions d’eux, ou alors qui sont capables de « voir » autre chose que la réalité (outrevoyance). Des cultes apparaissent un peu partout. Et à partir de ce moment-là, les Trois reçoivent des noms, et même une apparence.

Un nom et une existence

Jusqu’ici, les Trois n’avaient pas de réelle existence, dans le sens où personne ne soupçonnait cette existence. À partir du moment où quelqu’un sait qu’ils existent, ils revêtent la forme et le nom que cette personne leur donne, et ceci jusqu’à la fin du cycle. Ainsi, les Trois ont été, tour à tour, des divinités, des étoiles, des créatures, et des arbres, bien entendu, puisque c’est ainsi qu’on les connaît dans le Grand Projet. D’ailleurs, ils avaient déjà pris la forme d’arbres ou d’autres végétaux dans des cycles précédents.

Aucun de ces changements ne suffit à sortir l’Onirographe de sa retraite, ce qui pourrait avoir plusieurs significations : il n’entend pas les Trois, ou alors il les laisse faire, peut-être pour voir jusqu’où ils sont capables d’aller.

Le Rêve supporte de moins en moins sa condition. À la fin de l’avant-dernier cycle, il promet de détruire ce que Celui-qui-Rêve a créé, et pour cela, il demande l’aide de celle qui devient son nouveau vaisseau, Layla, une jeune femme issue du Dernier Monde. Layla accepte. Et tous les deux mettent alors en place un plan minutieusement préparé dans l’intervalle où il n’y a rien, juste avant que le Rêve ne renaisse.

Le dernier cycle

 On arrive au dernier cycle, celui que l’on suit dans le Grand Projet. Dans ce cycle, les Trois ont la forme d’arbres :

  • Le Rêve est le Prunellier, appelé Straif
  • Le Temps est le Frêne, appelé Nuin
  • L’Espace est l’Aulne, appelé Fearn

À noter que dans ce cycle, le Rêve et le Temps sont genrés au féminin, donc je parlerai d’elles maintenant au féminin.

L’objectif du Rêve est de purement et simplement détruire le Dernier Monde avant de renaître : ainsi, il n’y aura plus de fragment, de vaisseau ou de quoi que ce soit d’autre pour lancer un nouveau cycle.

Pour cela, elle et Layla créent deux nouvelles anomalies : les mondes-dieux et les marcheurs de rêves.

  • Les mondes-dieux sont des mondes avec une conscience, la fusion entre un dieu (un être tout puissant avec une capacité démiurge, et surtout la possibilité de détruire sa propre création) et un monde. Ce sont des entités très dangereuses qui peuvent décider de mettre fin à leur existence, ce qui entraînerait la mort des habitants de ce monde, et ce sans que leurs âmes ne soient récoltées par le Temps.
  • Les marcheurs de rêves sont des sorciers qui possèdent le don des rêves, ce qui n’existait pas jusqu’ici. Ils peuvent voir le futur ou le passé dans leurs rêves, entrer dans les rêves (ou l’esprit) des gens, et surtout voyager dans d’autres mondes. C’est également dangereux car jusqu’ici, dans aucun autre cycle, les humains n’avaient conscience de l’existence d’autres mondes.

Les marcheurs de rêves sont là pour « dérégler » le cours de l’Histoire, que le Rêve a tenté de réécrire. Quant aux mondes-dieux, il se trouve que le Dernier Monde choisi par le Rêve en est un. C’est un dieu endormi, comme elle, qui, en se réveillant, détruira le monde en question. Et c’est évidemment ce que le Rêve a mis en place, puisque ce dieu doit se réveiller au moment où elle se réveillera.

Pendant ce temps, le Temps (justement) se découvre en pleine possession de ses moyens, et surtout, elle connaît l’objectif du Rêve. Elle se met alors en tête de changer elle aussi le cours de l’Histoire, de façon à empêcher le réveil du Rêve. Elle y parvient (cf D’Hiver et d’ombres et Marcheurs de rêves), du moins elle réussit à empêcher ce réveil au moment qui était prévu (en 1460) et à empêcher également le réveil du dieu ( = l’apocalypse) mais en agissant ainsi, elle a rendu instable le cours du temps et doit constamment se battre contre le Rêve pour empêcher de nouveau le réveil du dieu.

Et, à sa grande surprise, elle se rend compte également qu’elle ne veut pas que le Dernier Monde disparaisse, car elle s’éprend des êtres humains qui y vivent. La nouvelle mission du Temps, son grand projet, est de trouver le moyen d’empêcher définitivement le réveil du Rêve…

Note 1 : les âmes dans mon multivers ne sont pas à prendre au sens « chrétien » du terme, ni même au sens spirituel. Il s’agit seulement de l’essence d’un être vivant, une sorte de noyau (de graine !) que l’on peut récupérer et « réinjecter » dans une autre vie. Cela signifie que les âmes subsistent entre chaque vie (réincarnation) mais aussi entre chaque cycle (super-réincarnation ? Je n’ai jamais trouvé de terme pour décrire ce phénomène). Ces âmes ont une caractéristique : on ne peut pas se souvenir de ses vies antérieures (ni voir ses vies futures), à l’exception des arbres, qui se souviennent de tout.

Quelques infos en plus

Avant-dernier cycle

  • Le Rêve s’appelle Þyrna (Épine)
  • Le Temps s’appelle Aska (Cendre)
  • L’Espace s’appelle Elri
  • Les Trois ont la forme de divinités élémentaires
  • Hôte du Rêve issu du monde précédent : Nox
  • Les Passeurs prennent la forme de la peur la plus profonde de Nox, qui est celle de la mort : ce sont des spectres
  • Futur vaisseau issu du Dernier Monde : Layla

Dernier cycle (cycle actuel)

  • Le Rêve est un prunellier et s’appelle Straif
  • Le Temps est un frêne et s’appelle Nuin
  • L’Espace est un aulne et s’appelle Fearn
  • Les Trois ont la forme d’arbres ou de végétaux
  • Hôte du Rêve issu du monde précédent : Layla
  • Les Passeurs prennent la forme de la peur la plus profonde de Layla, qui est celle de l’obscurité : ce sont des oiseaux noirs (probablement des corvidés)
  • Futur vaisseau issu du Dernier Monde : ? ?

À noter que dans cette logique, le Dernier Monde qui nous concerne, c’est-à-dire notre monde, devrait être assailli de corneilles et de corbeaux, et envahi par la neige, comme on le voit avec tous les autres mondes dans D’Hiver et d’ombres. Pourquoi, alors, a-t-on affaire à une maladie du Sommeil, ainsi qu’il est relaté dans Marcheurs de rêves ? Là est toute la question, mais peut-être que cela a un lien avec les manigances de Nuin…

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