Onirolog 8 : c’est fini (et c’est pas dommage)

Onirolog est une série de billets qui reprend une partie des mails de l’Oniropostale, ma newsletter hebdomadaire (voir L’Oniropostale). Ces billets sont publiés avec une semaine de décalage par rapport à la newsletter.

  • Oniropostale n°15, parue le 1er juillet 2021

L’Oniropostale a deux petits jours de retard, mais c’est pour la bonne cause : j’ai terminé le premier jet de l’Épine Noire. C’est un très gros bébé d’un million et demi de signes qui va demander un travail de fou, déjà pour retravailler le fond, mais aussi pour la correction qui viendra plus tard.

J’avais hâte de finir, parce que : j’en avais marre. D’habitude, écrire un roman me prend un mois, soit le temps maximum durant lequel j’arrive à garder ma concentration. Là, on en est à 45 jours presque d’affilée (avec une pause de 3 jours au milieu). C’est 45 jours de concentration, de découragement aussi, mais également sans bosser sur autre chose. Je n’ai pas pu m’occuper de la boutique, des produits sur lesquels je dois travailler prochainement, de la promo, etc, et ça s’en ressent un peu (sur le compte en banque, surtout). Mais bref, je suis contente d’avoir terminé la rédaction de ce bouquin, dont certains personnages me suivent depuis plus de 15 ans.

Je me suis lancée hier soir dans l’étape que j’aime le plus lors de la création d’un roman, à savoir sa première lecture. L’une des plus grandes difficultés quand on est artiste, et surtout écrivain·e (mais parce que c’est mon cas), c’est d’avoir du recul. Comment être sûr·e que le texte est bon ? Intéressant ? Bien écrit ? Passionnant ? Comment être sûr·e du suspense, des révélations qui s’enchaînent comme il faut ? Avec le temps on arrive quand même à améliorer cet aspect-là, mais jamais on ne sera capables de découvrir notre bouquin avec les yeux tout neufs d’un·e lecteur·ice, et argh la frustration.

Donc, cette étape de la première lecture, la lecture-découverte en quelque sorte, c’est ce qui se rapproche le plus d’une découverte de zéro du livre, et ça, je kiffe. J’ai commencé hier soir et le début me plaît beaucoup (toujours difficile, les débuts de roman) ; je suis contente de retrouver certains personnages, d’en introduire de nouveaux, d’enfin raconter l’histoire de certains d’entre eux qui existent depuis longtemps. Je vois les indices laissés au début, les détails qui révéleront leur importance au fur et à mesure (il y a des révélations tout le long du roman, en vrai. Si j’ai bien fait mon travail, ça devrait décoiffer), et de jolis moments comme je les aime, ceux qui sont un peu doux-amers et qui, il paraît, font ma marque de fabrique.

Je sais aussi que j’ai beaucoup de travail pour ajuster le fond, et ce sera la prochaine étape : pendant la lecture-découverte, je laisse énormément de commentaires, je surligne des passages avec mon propre code couleurs et j’ai aussi une liste de points à revoir. Comme ça, une fois la lecture terminée, je me replongerai dedans pour vérifier / étoffer / supprimer /améliorer ce qui se rapporte à l’intrigue, aux révélations, aux questions qu’on se pose, etc. Je le fais maintenant parce qu’il faut battre le fer pendant qu’il est chaud ; plus tard, ce sera beaucoup plus compliqué. À cette étape, je ne me préoccupe pas des fautes, du style, ni même des descriptions/caractérisations parce que c’est du travail de forme, tout ça (et ça viendra plus tard, d’ici quelques semaines).

Ce qui est drôle, c’est de se rendre compte combien on a dévié du plan prévu en amont. Et oui, les architectes hardcore jardinent eux aussi ! En écrivant, les choses se déroulent parfois différemment que ce qui a été prévu et il faut donc prendre en compte cette difficulté-là (si toutefois difficulté est le mot, je ne suis pas sûre que ce soit difficile à dire vrai). Par exemple, dans le roman il y a tout un truc de révélations qui se font à partir de documents anciens que certains personnages découvrent au fur et à mesure : je me suis rendu compte que ça ne marchait pas vraiment, du coup j’ai viré ce truc-là pour le mettre différemment, mais ça impacte les actions d’un personnage, les révélations à une certaine époque, etc. Tout a un impact, en particulier quand on joue avec les époques ; j’ai été obligée de faire une liste de ces documents pour savoir qui les a, où ils se trouvent à telle ou telle année, quand ils ont été détruits quand c’est le cas.

Je croyais aussi, avant de commencer, avoir établi ma chronologie de façon précise, et c’est une fois lancée que j’ai vu que non T_T Comme une grande partie du roman se passe dans notre monde, avec des dates précises à prendre en compte (par rapport à l’intégralité du Grand Projet) (si vous avez lu certains livres, vous savez qu’il existe une liste de dates importantes, que je dois absolument respecter), il faut que tout ça soit établi à l’avance sous peine de galérer à vérifier/changer pendant la lecture. Eh ben j’ai oublié. Du coup je dois surligner chaque évocation d’une date dans le roman pendant ma lecture, et après coup vérifier si c’est correct ; je pousse même le vice à faire ça avec les heures de la journée sur la fin, puisque l’action se concentre sur une journée précise, et je dois absolument savoir où sont les personnages à tel moment.

Bref, de quoi s’arracher les cheveux. Mais j’aime bien 😀