Onirolog 6 : à la recherche de la magie

Onirolog est une série de billets qui reprend une partie des mails de l’Oniropostale, ma newsletter hebdomadaire (voir L’Oniropostale). Ces billets sont publiés avec une semaine de décalage par rapport à la newsletter.

  • Oniropostale n°12, parue le 7 juin 2021

Commençons par les statistiques ! (j’aime beaucoup trop les stats d’écriture)

Aujourd’hui j’en suis à 155 000 mots, 883 000 signes, et je suis en plein milieu du chapitre 42 (sur 82 plus ou moins, mais ça évolue, j’ai déjà ajouté 4 ou 5 chapitres depuis le début). J’ai aussi pris l’habitude depuis plusieurs années de quantifier le temps passé à écrire chaque jour, histoire de voir ce que ça peut donner. Ça oscille entre 2h (quand je dois faire autre chose) à 6h, mais la moyenne c’est vraiment 4h30 d’écriture par jour.

Par exemple, la semaine du 31 mai au 6 juin, c’est ça :

Et les plages horaires d’écriture pendant la journée :

Souvent on considère que les écrivain·es sont des feignasses qui ne font pas grand-chose de leurs journées, mais je mets au défi n’importe qui d’écrire 30h par semaine en moyenne (j’aimerais faire plus mais je crois que 32h c’est mon max).

Sinon, le texte avance tranquillement, j’ai trouvé ma vitesse de croisière. L’alternance entre fantasy-ailleurs-dans-d’autres-mondes et fantasy-urbaine-bien-de-chez-nous est toujours un peu déroutante car il faut recalibrer l’attention à chaque chapitre, mais j’ai fini par m’y habituer et c’est plutôt chouette. En y réfléchissant, c’est vrai que j’aurais pu écrire chaque arc narratif un par un, pour me concentrer sur les ambiances et les personnages, mais le travail de changement d’ordre des chapitres une fois tous les arcs narratifs écrits aurait été énorme. Car il ne s’agit pas seulement de mettre les chapitres dans un autre ordre, mais aussi de s’assurer que les informations, les rétentions d’informations et les révélations se fassent au bout moment, ce qui est un boulot que je trouve particulièrement pénible. En fait, la réécriture de fond, je trouve ça pénible. C’est pour ça que je préfère m’assurer que le plan est nickel avant la rédaction du premier jet, quitte à y passer des semaines, parce que comme ça je n’ai pas beaucoup à retoucher après coup.

Je m’amuse beaucoup à créer des mondes différents (dans le sens ‘mondes de fantasy’, et non pas ‘mondes parallèles qui diffèrent à peine du nôtre, comme dans Fringe par exemple) (ça, ça viendra plus tard 😬), qui pour la plupart n’apparaissent que le temps d’une page. Tout l’enjeu sera de rendre vivants et intéressants ces mondes-là, et les autres aussi, ceux sur lesquels on s’attarde un peu plus longtemps. Créer un monde en fantasy, ce n’est pas seulement imaginer des paysages, des architectures ou des peuples différents, mais c’est aussi mélanger à ça leurs croyances et leur organisation sociétale, leur rapport aux autres et à leur environnement, et faire en sorte que cela transparaisse en quelques lignes. En tout cas, moi je l’envisage comme ça.

[c’est pas vraiment du spoiler parce que ce sera établi dès le début du roman mais si vous ne voulez pas gâcher votre plaisir de la découverte, ne lisez pas] Par exemple Mahéra, le reinaume dont est issu Filius, que vous avez pu croiser dans l’extrait partagé dans une des newsletters précédentes, est obsédé par la découverte scientifique, au point de bannir les croyances en autre chose (magie, dieux, etc). Mais il y a une raison à cela, qui consiste à retrouver une technologie qui leur rendrait un certain confort de vie alors qu’ils ont failli bousiller leur planète il y a cent ans à cause d’une précédente technologie bien trop polluante et dangereuse. Le reinaume et les territoires voisins se sont alliés en ce sens et ont dû perdre le bénéfice de cette ancienne technologie, au point qu’ils n’ont plus d’éclairage, de chauffage dans leurs maisons, de machines (les poussant à reprendre le travail de la terre), et même d’avancées en terme de médecine, réduisant leur espérance de vie. Et donc, après cent ans à ce régime, plusieurs territoires menacent de quitter l’accord pour faire leur popote, au risque de ruiner leurs efforts. On en est là quand on commence le roman, et on le découvre en quelques pages dans le journal de Filius. [voilà fin du simili-spoiler]

Il y a d’autres contrées imaginées de la même manière, à chaque fois dans des mondes différents, que vous découvrirez en lisant le roman : Kalir et Wonnrdan en font partie, et j’ai tellement adoré travailler dessus que je pourrai presque imaginer écrire des romans entiers pour les développer. On verra, des fois que je m’ennuie 😀

Un autre impératif que j’observe quand j’écris ces trucs-là, c’est (paradoxalement) que l’aspect politique ou sociétal ne doit JAMAIS être le principal sujet de mon texte. Pourquoi ? Tout simplement parce que si je ne lis quasiment jamais de fantasy, c’est pour cette raison précise. Trop de politique, trop de système discriminatoire, trop de ‘vrai monde’, alors que je cherche la magie. La magie dans le sens d’émerveillement, et ce n’est pas parce qu’il y a une source de magie, des elfes ou autres que ça suffit. J’ai laissé tomber Game of Thrones à la saison 2 (ou 3, je ne sais plus) pour ces raisons précises, et je ne lis quasiment rien en fantasy à cause de ça, sans compter qu’il y a bien trop de trucs virilo-guerriers à mon goût (ou fémino-guerriers aussi, si on veut. Trop de guerre, quoi). J’adore au contraire quand ce sont les éléments ou la magie ou les dieux qui se déchaînent sur les humains (ou assimilés), ainsi que les histoires avec des prophéties et des élu·es, même les plus banales.

C’est assez étrange d’ailleurs de voir qu’un récit d’urban fantasy va me dépayser plus qu’un récit de fantasy classique. Peut-être parce que dans la fantasy, surtout dans la fantasy qui sort en ce moment, j’y trouve moins d’émerveillement, trop de problématiques d’aujourd’hui qu’on se coltine chez nous, de notre côté, et du coup ça suffit de lire des colères et des oppressions alors qu’on en subit ici ; à l’inverse, j’aimerais qu’on ajoute de la magie dans notre monde alors qu’il en manque cruellement. Le pire c’est que mes bouquins ne sont pas exempts de ces sujets de société mais je ne sais pas, faut croire que si je vais dans un autre monde, j’y cherche surtout autre chose.

Bref. C’est peu clair et pas forcément cohérent, mais c’est l’idée.

Pour finir, l’extrait de la semaine ! Pour le coup on est pas du tout dans la fantasy ni l’émerveillement, mais plutôt le cauchemar. Voici deux de mes nouveaux chouchous, Charlie et Dorian, des marcheurs de rêves qui, au début du roman, cherchent à comprendre ce qui se passe dans le rêve (on est au début de l’épidémie de Somm dont on parle dans Quand le soleil s’éteint, et la matière des rêves se délite peu à peu en même temps). Charlie a le look de Seth Gabel dans Fringe (version Terre 2) et Dorian celui de John David Washington dans Tenet. Comme ça, ça vous fait une idée de ces deux lascars.

Cette nuit-là, ils errent dans une forêt, une forêt onirique dans laquelle un rêveur se perd. Dorian a peur lui aussi, constate Charlie. Et pour que ce dernier le sente, c’est que la situation est vraiment désespérée. D’ordinaire, Dorian ne montre pas grand-chose de ce qui le préoccupe.

Il n’est pas malade, n’est-ce pas ? s’enquiert Charlie tout en suivant son ami à travers les arbres.

La forêt est effrayante, plongée dans le noir, et il entend des bruits partout autour de lui. Des pas surtout, comme si quelqu’un marchait dans les feuilles mortes. Il sursaute à chaque fois.

Non, il n’est pas malade, répond Dorian. Quelque chose le hante, mais il n’est pas malade.

Sa voix morne est à peine audible. Il avance tout en écoutant – les bruits de la forêt, le rêve –, concentré, tandis que Charlie le suit comme son ombre en veillant à ne pas le perdre de vue.

Une chouette hulule soudain, bien trop proche. Son cœur rate un battement.

Je n’ai pas signé pour ça, marmonne-t-il.

Il ne s’attendait pas à ce que Dorian s’esclaffe, mais c’est ce qu’il fait.

Tu es en train de te moquer de moi, là ? lance Charlie.

Je ne me le permettrais pas.

Puis ils se taisent de nouveau, poursuivant leur progression sur un semblant de sentier. L’effrayant silence les enveloppe de nouveau.

Parfois, quelque chose semble ramper sous les feuilles, si bien qu’ils dévient quelque peu pour l’éviter. Charlie a toujours peur qu’un prunellier surgisse.

Arrête de stresser, dit alors Dorian à voix basse.

Je ne stresse pas.

Encore un hululement. Puis d’autres bruits de pas, plus loin, comme si plusieurs personnes couraient à travers les arbres. Charlie serre les dents pour éviter de crier.

Ouais si c’est bon je stresse, admet-il. Il est en train de cauchemarder, notre client, non ?

Je ne suis pas sûr. J’essaie de comprendre.

Au même instant, quelqu’un crie au loin. Ils se figent, glacés, n’osant plus faire un geste. C’était une voix d’homme.

Qu’est-ce qu’il a dit ? chuchote Charlie.

J’ai cru entendre un nom. Cécilia je crois, je ne suis pas sûr.

Ils restent là comme des idiots de longues minutes, immobiles, comme s’ils s’attendaient à ce que le monde explose d’un moment à l’autre. Mais rien ne se passe.

Ce n’est pas un cauchemar, reprend Dorian. Du moins pas un rêve effrayant. Je crois que ce type regrette quelque chose qui s’est passé et qu’il n’arrive pas à s’en remettre.

Sans rien dire, ils reprennent leur route.

Pas un cauchemar. Charlie rumine ces dernières paroles, songeant qu’ils devraient se mettre d’accord sur la définition de ce mot.

Comme d’habitude, fautes-répétitions-phrases moches tout ça. Ah, et les plus attentifs pourront sans doute deviner à qui appartient ce rêve :)

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