Onirolog 1 & 2 : résumé des épisodes précédents

Onirolog est une série de billets qui reprend une partie des mails de l’Oniropostale, ma newsletter hebdomadaire (voir L’Oniropostale). Ces billets sont publiés avec une semaine de décalage par rapport à la newsletter.

Note : le premier numéro reprend les deux derniers emails de la newsletter.

Le journal de bord de l'Épine Noire – 1 : la genèse

Oniropostale n°7, parue le 4 mai 2021


Comme promis la semaine dernière, je voulais vous parler de mon projet en cours, à savoir le roman l’Épine Noire.
Déjà, d’où vient ce roman ? Quelle est sa genèse ?

Mon tout premier livre s’intitulait Le Rêve du Prunellier. Paru en 2013, il s’agissait d’un fix-up, un recueil de nouvelles toutes reliées entre elles, qui racontait l’histoire de personnages à la fois hivernaux et nocturnes aux prises avec une mystérieuse entité onirique. C’était une chouette expérience : à l’époque, l’auto-édition était considérée comme une curiosité sympa, bien loin de la défiance qu’elle inspire aujourd’hui aux lecteur·ices et blogueur·euses littéraires.

Une fois le livre paru, j’avais eu envie d’écrire une suite, Le Rêve du Frêne, qui ne s’est pas concrétisée ; à la place, j’ai sorti un beau livre illustré par mes soins, Les Chroniques de l’Épine Noire, qui rassemblait toutes ces nouvelles et les dessins réalisés au fil des ans. J’y ai ajouté trois textes, et déjà s’esquissait l’histoire des Voyageurs, ces gens capables de voyager d’un monde à l’autre à travers le rêve, qui apparaissaient dans la nouvelle Le grain de sable (lisible seulement dans les Chroniques, donc).

À cette époque, je ne voulais pas écrire de romans, à l’exception de Tueurs d’anges qui était mon plus ancien projet ; je projetais juste d’écrire des nouvelles et de travailler dans l’illustration. Mais il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis. En 2015, j’étais en train de plancher sur mon roman Oracles en me creusent la tête pour l’intégrer à l’univers de Tueurs d’anges, et j’envisageais de bosser sur plusieurs projets de romans de fantasy, dont une réécriture du Rêve du Prunellier. C’était le tout début du Grand Projet : pas le grand monstre littéraire qui cherche constamment à m’échapper, mais simplement une suite de romans qui se déroulent dans des mondes différents reliés par le rêve. Il n’était pas question, alors, d’inclure les projets qui se passaient dans notre monde.

Vous vous doutez bien que rien ne s’est passé comme prévu.

J’ai eu envie de réécrire Le Rêve du Prunellier et de lui donner la forme d’un roman, en reprenant l’histoire des Voyageurs et en la développant : c’était L’Épine Noire. Histoire d’être complète, il s’agit du seul roman que j’ai envoyé à des maisons d’édition, 5 ou 6 je crois, ce qui s’est bien entendu soldé par des refus. Comme je travaillais en parallèle sur la duologie Tueurs d’anges/Oracles, et alors que je sentais le truc m’échapper peu à peu pour devenir une véritable saga, j’ai mis L’Épine Noire de côté.

Puis le Grand Projet est né, après m’être pris un météore dans la figure, une idée, une graine qui allait tout changer. La graine, c’est un élément des plus importants dans mes histoires (vous l’avez déjà vue, d’ailleurs, pour les plus assidu·es), et celle-là venait de tout chambouler. C’était génial, et absolument emmerdant aussi, puisqu’elle venait détruire les fragiles fondations de mon multivers en devenir. Il a fallu faire un choix : sortir Le Rêve du Prunellier du canon de mes histoires, dépublier le livre, l’effacer. Et réécrire L’Épine Noire. Comme ce livre devait être la clef de voûte du Grand Projet, j’ai décidé d’attendre et de me consacrer à d’autres arcs tel que celui de l’apocalypse angélique.

En 4 ou 5 ans, beaucoup de choses ont changé et évolué, et j’ai développé l’histoire de mes marcheurs de rêves à travers Érèbe ou d’autres romans ; en ce moment, j’aurais même dû travailler sur l’un d’eux, Marcheurs de rêves… mais ma machine-cerveau s’est dit que ce serait une bonne idée de mélanger Marcheurs de rêves et L’Épine Noire. C’est un peu comme une inception : j’ai eu l’idée, je ne peux plus me l’enlever de la tête. Donc, here I come, je suis en train de bosser sur le bouquin le plus compliqué du Grand Projet.

Pour établir mon plan, j’ai dû d’abord débroussailler mes arcs narratifs, au nombre de 6, l’accumulation de chaque version de ce roman tentaculaire : l’arc N°1 et le N°2 proviennent du Rêve du Prunellier, le N°3 des Chroniques de l’Épine Noire, le N°4 du Grand Projet, le N°5 et le N°6 de Marcheurs de rêves. On y ajoute la chronologie qui s’étend de quelques milliards av. JC jusqu’à 2016, une bonne dizaine de lieux d’importances et une cinquantaine de personnages, et on secoue. J’en suis là en ce moment, avec 16 pages de synopsis à découper en chapitres.

Quelques nouvelles sont rescapées de la mise au placard du Prunellier : Échos du Froid, Poe, Pluie & Rouille, La forêt d’Adria et Amélia des Tours peuvent être lues sur mon site.

Le journal de bord de l'Épine Noire – - 2 : structure, indépendance & entrelacements

Oniropostale n°8, parue le 11 mai 2021

J’ai beaucoup avancé sur le plan, cette semaine : après avoir terminé de rédiger les synopsis correspondant à chaque arc narratif, je les ai découpés en chapitre avant de déstructurer le tout. Ce n’est clairement pas une mince affaire : j’ai dû changer l’ordre des chapitres, les entremêler, et tout ça en veillant à garder une cohérence, et surtout de la clarté. L’Épine Noire est un projet super ambitieux qui non seulement se déroule sur plusieurs époques et dans plusieurs mondes, mais qui mélange aussi les genres de l’imaginaire, fantasy et urban fantasy en premier lieu. De quoi se perdre, et moi la première.

D’ailleurs, c’est pour ça que je prends autant de temps à structurer mes romans, en particulier quand on navigue entre plusieurs points de vue et/ou époques et/ou mondes (85 % de mes bouquins, donc) : mon cerveau a tendance à ressentir toutes les ramifications plutôt que de les voir, si bien que je n’ai jamais de vue d’ensemble de mes projets. Pour corser le tout, je suis incapable de créer des schémas, des mind-maps, des plans, je dois explorer et rédiger des montagnes de résumés, du plus petit au plus complexe, afin de comprendre mon projet. C’est pour cela que j’y passe autant de temps : il faut que je capte mon histoire en premier lieu et, comme j’adore les structures narratives complexes, que je la torde dans tous les sens avant de vous la raconter.

L’Épine Noire avance, donc. L’autre jour j’ai éparpillé tous mes chapitres, dans l’ordre, avant de les mettre dans un désordre que j’estimais plus ou moins clair (le Chat m’a aidée, à sa manière) ; ensuite, j’ai repris chacun de ces chapitres et les ai complétés en fonction de ce nouvel ordre, qui change beaucoup de choses en matière d’intrigue, de questions et de réponses. J’en suis au trois quarts et c’est un boulot aussi chronophage que complexe que passionnant. Élaborer le squelette de son histoire, faire et défaire ses articulations, brouiller les pistes, c’est ce que je préfère (plus qu’écrire, en vrai. Mais parce que j’écris toujours un peu malgré moi).

Mais la plus grande difficulté de ce roman n’est pas là : en réalité, l’Épine Noire me pose un autre problème bien plus important en sa qualité de clef de voûte du Grand Projet. Il s’agit du climax médian dudit Grand Projet, le centre de la toile où tout se croise : à partir de là, vous saurez ce qu’il en est (mais vous ne saurez pas comment on en sort). Et si dérouler les révélations est super jouissif, je galère comme pas possible à rendre ce roman indépendant.

Parce que oui, je tiens à ce que l’Épine Noire soit comme mes autres livres, qu’il reste indépendant et qu’on puisse le lire même si on ne lit pas le Grand Projet. Dans ce cas-là, on lira l’Épine Noire comme un roman de fantasy, une gigantesque fresque qui s’étend sur des millions d’années, et ça s’arrête là (et c’est déjà pas mal, j’ai envie de dire) ; et la difficulté est IMMENSE. Comment évoquer des événements déjà racontés dans des romans précédents ? Comment présenter des personnages que les lecteur·ices assidu·es connaissent déjà ? Comment introduire des éléments importants pour les romans suivants, tout en fermant toutes les boucles ouvertes de manière satisfaisante pour les lecteur·ices d’un jour (j’ai failli écrire d’un soir) ? Je n’avais jamais été confrontée à une telle difficulté et j’avoue que je m’y casse pas mal les dents en ce moment. Heureusement, les romans suivants seront différents : celui qui viendra après sera de la pure fantasy sans aucun lien avec les bouquins déjà sortis (enfin, si, mais il sera absolument indépendant malgré tout), et les 3 ou 4 suivants seront les derniers du Grand Projet, et donc ne seront pas du tout indépendants, il faudra avoir tout lu avant de les aborder.

Je compare toujours le Grand Projet à un monstre qui grandit à mesure qu’on lui offre de l’espace. Il m’échappe toujours un peu, ce couillon, et je le vois à la fois comme mon plus grand atout et mon plus grand désavantage : il fait peur à celles & ceux qui ne connaissent pas mon travail et qui veulent le découvrir (souvent, je me demande si je me serais lancée dedans si on me donnait la possibilité de tout recommencer, et je ne suis pas sûre de répondre oui. Mais ce qui est fait est fait ; dans cette version de notre réalité, le Grand Projet est mon unique source de fierté, la seule chose faite de mes mains qui vaille le coup, et il est trop tard pour regretter).

Tout ça pour dire qu’en réalité, je travaille bien plus à rendre mes bouquins indépendants qu’à les inclure dans le Grand Projet. Comme quoi, la difficulté n’est pas toujours là où on l’attend.

La semaine prochaine, je devrais avoir terminé le plan du roman (après l’avoir relu et complété par le demi-milliard de notes plus ou moins importantes accumulées au fil des mois).

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