Aller au contenu

Newsletter – Comment je gère les couvertures de mes romans

Dernièrement, je vous avais proposé de me faire part des sujets que vous vouliez voir abordés dans l’Oniropostale (vous pouvez toujours le faire, d’ailleurs !). L’un des thèmes qui revenaient le plus souvent était celui des couvertures de mes romans. Je vais vous parler de tout ça aujourd’hui !

Avant de commencer, un rappel

Une des choses que j’ai apprises ces derniers mois, c’est que la couverture d’un roman est cruciale pour vendre un livre, mais pas pour les raisons qu’on croit. On s’imagine qu’il faut une couverture jolie, bien faite, professionnelle (alors ça, oui) et qui représente le roman. Son histoire, son ambiance, le contenu du livre en somme.

En vrai, le plus important dans une couverture c’est qu’elle doit permettre au futur lecteur d’identifier le genre du roman ; ensuite, seulement, elle devra donner une idée de ce que contient le livre.

La couverture n’a pas à être originale, différente ou particulière, elle doit surtout rassurer le lecteur quant au genre littéraire duquel il est question. Si l’on écrit un roman d’urban fantasy, la couverture doit le montrer : elle doit répondre à des codes propres à ce genre et ne pas trop s’en éloigner. Parfois, oui, c’est cliché. Et c’est toute la difficulté ! Il faut répondre aux codes et en même temps se démarquer pour attirer l’œil.

C’est pour ça par exemple qu’il y a autant de photomontages très colorés en couverture de romans d’urban fantasy sur Amazon : les lecteurs de ce genre-ci sauront où ils mettront les pieds. Évidemment, la couverture seule ne suffit pas, le choix se fait aussi grâce au titre, au résumé (parfois les premières lignes du résumé seulement) et le nombre de votes sur le livre, en particulier sur Amazon (la raison pour laquelle je vous casse les pieds pour que vous alliez noter vos lectures !).

En me frottant à ce lectorat précis, j’ai découvert que mes anciennes couvertures n’avaient aucune chance de fonctionner, et ce malgré le fait qu’elles sont parfaites, géniales, et surtout réalisées par mon chéri.

Prenons l’exemple d’Elisabeta : la toute première couverture du roman est illustrée par Coliandre. Et si, pour moi, c’est celle que je considère comme étant la plus belle de mes couvertures peintes, elle induit en erreur les lecteurs. Car en auto-édition, les couvertures illustrées comme celles-ci sont souvent destinées aux romans young adult, voire jeunesse. Et Elisabeta n’est pas du tout du young adult.

C’est pour cette raison que nous avons décidé de donner une nouvelle couverture au roman, à l’occasion de sa sortie numérique, avec un photomontage un peu plus en adéquation avec le lectorat que je cible. Et je l’aime beaucoup elle aussi, mais je vais vous avouer un truc : avec du recul, je ne la considère pas non plus comme étant adaptée. Si si.

Je pense qu’elle montre aux lecteurs qu’il s’agit de fantasy, alors qu’on est sur de l’urban fantasy avec des vampires. C’est pour ça, d’ailleurs, que j’ai sous-titré « urban-fantasy » le roman sur Amazon, mais ce n’est pas ouf comme solution, et je projette donc de proposer une autre couverture, dans l’année, pour voir ce que ça donne.

Voilà, donc, pour le rappel.

Ensuite, l’une des questions qu’on m’a souvent posées était de savoir comment se passe le travail entre Coliandre et moi. Pourquoi c’est parfois lui qui se charge de la couverture, et pourquoi parfois c’est moi ? Comment on collabore ? Qu’est-ce que je lui donne comme indications ?

Comment on bosse ?

Pour ça, je vais choisir trois couvertures et vous parler de trois cas de figure différents.

1. Elisabeta

Elisabeta était le premier roman que j’ai auto-édité, et pour ça, je voulais voir les choses en grand. J’avais déjà sorti quelques livres, des recueils de nouvelles en particulier, et je m’étais débrouillée pour les couvertures (j’ai dessiné moi-même celle du Rêve du Prunellier, mais parce qu’à l’époque je dessinais encore (et j’ai abandonné depuis) ; pour Fêlures et 18.01.16, j’ai posé pour des photos et les ai modifiées ensuite) (d’ailleurs, pour la vanne, sachez que c’est le manuscrit d’Elisabeta qu’il y a éparpillé par terre sur la couverture de 18.01.16).

Sur ces couvertures, j’incarne deux personnages : Lili et Jéromine Sinteval (remarquez aussi les titres, qui comportent la même typographie)

Le gros avantage à avoir un illustrateur comme chéri, c’est que je savais déjà comment ça se passait, le travail de cover artist : on donne quelques indications sur l’ambiance, la scène représentée, les personnages, et l’illustrateur se débrouille. C’est donc comme ça que nous avons procédé !

J’ai dit à Coliandre que je voulais qu’on voie Elisabeta sur cette couverture, une reine vampire sur son trône ; qu’Elisabeta ressemble à Lady Gaga, avec des cheveux blancs et une robe rouge sang ; que le trône était en marbre noir. Et c’est à peu près tout.

Dans mon souvenir, l’illustration a pris beaucoup d’ampleur, mais uniquement parce que Coliandre l’a voulu comme ça. Et le résultat était parfait ! Ça s’est passé de la même manière pour les couvertures de la série Town et pour celle du Phare au Corbeau.

La couverture d’origine (édition papier classique) et la couverture numérique mentionnée au début.

 

2. L’Ombre dans la Pluie

Ce livre a lui aussi eu droit à une couverture différente pour son édition numérique, et illustre exactement ce que je vous racontais un peu plus haut sur comment cibler son lectorat.

La toute première édition du livre, sorti en 2021, a eu une couverture réalisée par mes soins : une photo de corbeau que j’ai moi-même modifiée et mise en page, pour donner un visuel assorti à ce que moi je percevais de mon roman. Une ambiance sombre et pluvieuse, du noir et blanc, de la texture, du grain… Ce que j’aime, en vrai. Et la manière dont mon héros, Oxyde, m’apparaît.

La police de caractères du titre, Dolce Vita, m’avait servie pour le logo de mon ancienne boutique de bijoux qui s’appelait… OXYDE Jewelry.

Quand il a fallu préparer la réédition du roman, en 2022, je savais que cette couverture ne me rendrait pas service, en particulier sur Amazon. Il a donc fallu marketer ce livre de manière différente. Et encore une fois, mon super chéri est venu à ma rescousse ! Nous avons regardé pas mal de couvertures du genre, je lui ai dit ce que j’aimerais (à savoir un personnage qui représente Oxyde, une ville en arrière-plan, des effets de magie), et il a tenté le coup.

La première version donnait ça :

C’était chouette, mais après avoir interrogé quelques personnes, elles m’ont dit que cela leur évoquait du post-apo, et même de la SF, à cause des effets de magie lumineux. Je les ai écoutées car il s’agissait de personnes qui lisaient de l’urban fantasy, soit la cible que je voulais toucher. Et après quelques retouches, nous avons réussi à trouver le bon équilibre.

Résultat, cette couverture s’intègre parfaitement dans le genre de l’urban fantasy : elle est colorée, avec de la magie et une police de caractères adaptées, elle représente le genre grâce à la ville derrière, elle montre le personnage et ce qu’il évoque. Emballé, c’est pesé !

Évidemment, ce n’est pas ce style-ci que je préfère, mais parce que j’aime ce qui est graphique, brut, indus (pour ça, je me suis vengée sur la couverture de l’édition luxe !) ; pour autant, j’adore cette couverture car elle illustre à merveille mon roman, et parce qu’on y voit Oxyde, et parce qu’elle fonctionne, aussi ! Les ventes sont peu élevées mais elles sont régulières, alors que le livre est déjà sorti depuis un moment.

3. La Maison des Épines

Il sort ce vendredi !

J’ai réfléchi très tôt à la couverture du roman, j’avais à peine terminé de le rédiger. Je voulais que la couverture soit plutôt graphique que dessinée ou photomontée, à la base : ce que j’avais fait pour Midnight City juste avant (une couverture que j’ai réalisée moi-même) m’avait beaucoup plu et je trouvais intéressant de rassembler sous une même « charte graphique » (plutôt étendue) mes romans qui ne seraient pas de l’urban fantasy contemporaine, comme Érèbe. Érèbe, d’ailleurs, ça faisait déjà un moment que je voulais refaire sa couverture pour l’édition numérique, alors j’ai fait les deux en même temps, celle d’Érèbe et celle de la Maison des Épines, en faisant en sorte qu’elles se répondent ; voici le résultat !

Mais, avec le temps, et la parution de la Maison des Épines approchant, j’ai commencé à douter. J’avais du mal avec la couleur, en vrai. J’aimais beaucoup cette couleur sourde, désaturée, mais je savais aussi qu’elle ne se démarquerait pas. Alors je l’ai saturée, mais ça ne me convenait pas non plus parce que j’avais déjà une couverture bleue juste avant (Midnight City) ; puis j’ai essayé en rouge, en d’autres teintes… Mais rien à faire.

En la soumettant à des lectrices, j’ai aussi pu me rendre compte qu’elle évoquait plus un roman gothique ou d’horreur, alors que ce n’est pas du tout le cas (on est dans de l’urban fantasy onirique et victorienne). Il fallait donc revoir tout ça… et c’était la panique !

Je tenais absolument à m’en occuper moi-même car Coliandre était sur un autre boulot, sans compter qu’il n’avait pas spécialement envie de continuer à faire des photomontages parce que ce n’est pas vraiment son truc. Donc, j’ai écumé Amazon (US) et Pinterest et j’ai regardé des milliers de couvertures pour trouver l’inspiration. Puis j’ai bidouillé un truc.

Un truc qui me plaisait, en plus. J’étais plutôt contente de moi du résultat, soulagée parce que j’avais une couverture digne de ce nom, et en plus satisfaite de savoir que je pouvais m’en occuper moi-même.

Et puis mon ordinateur plante.

J’avais terminé le visuel et j’ai eu la bonne idée de le laisser ouvert dans Photoshop. Sauf que mon ordi tire la langue quand je bosse sur Photoshop, et là il a décidé qu’il en avait marre de mes conneries et il a planté.

Pendant le repas.

Avec Photoshop ouvert.

Et mon fichier aussi.

Qui était niqué.

Un fichier corrompu et non récupérable qui m’a donné envie de balancer l’ordinateur par la fenêtre et qui, en réalité, n’a fait que montrer que j’étais un bulldozer qui ne s’arrête pas : qu’à cela ne tienne, on va recommencer !

(je vous jure que je m’étonne moi-même, parfois, je ne sais pas où je vais chercher une telle détermination. Persévérance. Obstination. Acharnement. Chais pas)

J’ai recommencé, le résultat était bien mieux (à gauche, pas fini évidemment). Ensuite, comme c’est toujours perfectible, j’ai envoyé le bébé à mon chéri, et il l’a amélioré, ce qui a donné la couverture que vous connaissez, à droite.

 

En fait, je serais bien en peine de vous expliquer comment nous fonctionnons, car nous avons l’habitude de ça depuis très longtemps. Coliandre connaît bien mon travail, moi je lui fais confiance. Je ne suis pas trop exigeante, aussi : je sais qu’il sera toujours impossible de demander à quelqu’un d’autre de reproduire avec exactitude ce que j’ai dans la tête. Il y a une marge d’erreur et une marge d’interprétation, et ça fait partie du jeu ! Parfois je peux donner des références archi-précises, ce qui fera que le résultat collera beaucoup à ce que j’attendais (si l’on devait représenter visuellement les personnages de la Maison des Épines, je n’aurais aucun mal à montrer à quoi ils ressemblent) ; parfois, au contraire, j’ai une image à la fois très précise et très floue dans ma tête, sans référence, ce qui est compliqué. C’est le cas d’Oxyde : n’ayant pas encore trouvé de modèle qui pourrait « l’incarner », je suis incapable d’expliquer à quoi il ressemble, mais aussi parce que je ne le vois pas avec exactitude. La couverture bleue de l’Ombre dans la Pluie me plaît énormément parce que ce mec, là, est très proche de l’image que je me fais du personnage – mais il n’existe pas. C’est un montage.

Deux des photos qui ont servi au montage (sources : en haut : lawless-capture ; en bas : Max Winkler)

Enfin, une réponse un peu technique à une question que l’on m’a posée : comment décide-t-on de la taille finale de la couverture ?

Une couverture se présente toujours « à plat » ; dedans, il faut inclure le dos, les marges et les fonds perdus (la partie qui sera coupée) (pour ça qu’il faut faire attention aux marges). Mais cela, en général, c’est l’imprimeur qui l’indique ! Il calcule à partir du type de reliure, du nombre de pages et du grammage du papier, et nous communique les dimensions. Mon imprimeur à la demande, Lulu, me permet même de télécharger un modèle.