L’impression à la demande & Lulu Direct

Écrire c’est chouette. Vendre des livres c’est chouette aussi, même si beaucoup moins qu’écrire, surtout à cause des stocks et des expéditions à gérer. C’est pour ça que l’impression à la demande a fait figure de révolution dans l’auto-édition (et la micro-édition, même si j’ai des réserves) : pas de stock, pas d’expédition, juste la joie de l’écriture !

Pourtant, avec le temps, vendre moi-même mes ouvrages a commencé à me manquer – alors que j’avais justement arrêté parce que faire des colis me saoulait. En déléguant la vente à Lulu, à Amazon et à d’autres plateformes, j’ai eu la sensation de perdre la main, ne pas proposer de rapport direct avec le client m’embêtait. C’est pour ça par exemple que je vends maintenant mes livres numériques dans ma boutique : je n’avais pas envie de tout laisser à Amazon et à Kobo.

C’est, je crois, un problème auquel nombre d’auteurs sont confrontés, et ils ont finalement été entendus : depuis le mois de mars, le service d’impression à la demande Lulu propose Lulu Direct, un système qui vous permet de vendre vos livres dans votre boutique mais sans avoir à gérer ni stock d’ouvrages ni expéditions.

Et moi, comme j’aime rendre service, je l’ai installé et testé. Voici mon verdict !

Mais d'abord, c'est quoi l'impression à la demande ?

La plupart du temps en imprimerie on utilise des machines offset, ce qui ne permet pas de tirer des livres en petite quantité : ce n’est tout simplement pas rentable. Par chance, notre époque moderne a vu l’arrivée de machines numériques avec lesquelles on peut imprimer des livres en petits tirages sans que cela coûte un bras ; c’est grâce à l’impression numérique qu’on peut désormais imprimer un livre en un seul exemplaire !

C’est le principe de l’impression à la demande, print on demand en anglais (POD) : le prestataire imprime à la demande les livres commandés par les clients. Ainsi, il n’y a pas de tirage astronomique à écouler, pas de stockage, et pas d’expédition à gérer du côté de l’auteur (ou de la maison d’édition) : tout se fait à distance. C’est mine de rien une petite révolution, et cela a permis, avec l’ebook, à des auteurs indépendants comme moi d’écrire et de publier leurs romans.

La POD a quand même des désavantages qu’il faut prendre en compte : les prestataires (comme Lulu, Amazon, BoD, etc) ne proposent pas toujours de diffusion en librairie et, surtout, les livres coûtent cher (et sont d’un peu moins bonne qualité). On s’y retrouve néanmoins, car en tant qu’auteur indépendant vous recevrez l’intégralité de la marge.

Le cas de Lulu

Lulu est un service de POD américain qui vient de fêter ses 20 ans. C’est celui que j’utilise pour mes propres livres ; mon tout premier était un livre illustré réalisé il y a une quinzaine d’années, juste pour le plaisir. Le site et l’offre se sont améliorés au fil des ans : plus de formats, de papiers, de finition, un processus où l’on gère tout soi-même (ce ne sera pas pour vous si vous avez besoin qu’on vous guide, mais c’est parfait si vous aimez qu’on vous fiche la paix), une possibilité de distribution…

Trévieulivre

Ce dernier point est intéressant : vos livres imprimés par Lulu seront non seulement disponibles dans la librairie Lulu, mais aussi sur Amazon, sur Barnes & Noble et en librairie, via Hachette Livre (quand ça marche, parce qu’il y a souvent des ratés). Les marges reçues seront bien plus faibles mais cela contribue à multiplier les points de vente, et donc à booster un peu votre visibilité. Par exemple, je fais quelques ventes sur Amazon et le site a compris que je publiais beaucoup de titres par an, alors il ne met jamais très longtemps à les valider (quelques jours seulement, alors que le délai constaté à la base est de 3 à 4 semaines).

Enfin, Lulu travaille avec des imprimeurs du monde entier pour éviter que vos livres se baladent trop dans les transports : si vous commandez en France, le livre aura de fortes chances d’être imprimé en France. Dans mon cas, quand je commande mes livres paperback (couverture souple et dos carré-collé), ils sont imprimés chez Dupli-Print en Mayenne (je vis à Rennes, c’est juste à côté) ; quand je commande mes livres hardback (couverture rigide et jaquette), ils viennent de Peterborough au Royaume-Uni ; quelqu’un qui vivra dans l’Est de la France recevra peut-être un livre imprimé en Allemagne.

À noter qu’en commandant un livre distribué par Lulu sur Amazon, ce sera Amazon qui se chargera de l’impression (puisqu’ils ont eux aussi leur service de POD). Cela signifie aussi que la fabrication peut légèrement différer.

Et Lulu Direct ?

Lulu Direct est donc un nouveau service de Lulu, qui permet de vendre nos livres dans notre propre boutique via une API. Pour le moment, seules les boutiques Shopify et Woocommerce peuvent en bénéficier, mais ils travaillent sur d’autres boutiques et on peut même leur faire des suggestions. Comme ma boutique tourne sur Woocommerce, le plugin e-commerce de WordPress, je vais vous parler de celui-ci.

L’installation

Tout se fait via le tableau de bord de Lulu Direct, différent du tableau de bord de Lulu. Ici, on a accès aux produits présents dans notre boutique, ainsi qu’aux réglages de cette dernière et les commandes qui y seront passées.

Pour installer Lulu Direct, pas besoin de plugin : cela se fait par une simple association. Ça prend 2 secondes, et hop, c’est fait. Une fois l’autorisation donnée, il vous suffit de paramétrer le truc en ajoutant votre adresse, un logo pour le bon de livraison et vos coordonnées bancaires. Ensuite, vous pourrez ajouter vos livres dans votre boutique.

Ajouter un livre est super simple : il suffit de choisir le projet souhaité et de cliquer sur Add Product. Ensuite, en retournant sur votre boutique, vous verrez qu’un produit a été automatiquement ajouté. Personnellement je prends le temps de changer l’image de couverture (le visuel Lulu est toujours un peu dégueulasse parce qu’il est généré à partir du fichier imprimable, pas du tout adapté à l’affichage sur écran) et la description de mon produit. Et voilà !

Le fonctionnement

C’était là le grand mystère : comment ça fonctionne ? Spoiler : c’est un peu bizarre et pas forcément super bien pensé, mais au moins ça fonctionne.

  1. Le client achète un livre sur votre boutique. Il paie, sa commande est validée, vous recevez les sous directement. Vous recevez le total : prix du livre + frais d’expédition tels que vous les avez réglés.
  2. Sur Lulu Direct, vous commandez le livre à son prix de fabrication, c’est-à-dire le coût de l’impression et les frais de manutention (à voir ici). À cela, vous ajoutez les frais d’expédition vers le client. Par défaut, il s’agit des frais d’expédition les moins chers. Pour votre première commande, vous devez valider cette commande manuellement ; ensuite, vous pouvez choisir de mettre en place le paiement automatique, qui fera que Lulu commandera chaque livre tout seul.
  3. L’imprimeur reçoit la commande et lance l’impression, puis il expédie le livre à l’adresse du client. Il met dans le colis un bon de livraison (pas une facture) avec votre nom et votre logo.
  4. De votre côté, vous recevez un email vous avisant de l’expédition, avec le numéro de suivi. Ce numéro, vous devez le communiquer vous-même à votre client, via votre boutique, tout comme la facture (puisque c’est vous qui facturez au client).
  5. Enfin, le client reçoit son livre.
  6. Sur Lulu Direct, vous recevrez votre facture à vous, avec les différents montants & taxes, ainsi que votre bénéfice (en fonction du prix de vente et des frais d’envoi que vous avez indiqués dans votre boutique).

En gros, pour résumer, il se passe exactement la même chose que si vous vendiez vous-mêmes vos livres dans votre boutique, sauf que vous passez commande à Lulu pour que ceux-ci expédient eux-mêmes le livre au client.

Au niveau des coûts, les livres imprimés via Lulu Direct coûtent un peu plus cher que les livres imprimés via Lulu : le coût d’impression est le même mais les frais supplémentaires sont différents. Attention car ces frais supplémentaires ne sont pas indiqués sur l’estimation de vos revenus quand vous entrez votre livre dans Lulu (voir le tableau vert ci-dessous).

Ci-dessous, un exemple avec mon livre Notre-Dame de la mer. Le livre est vendu 10€, les frais d’expédition dans ma boutique étaient de 5€, d’où le ‘retail price’ à 15€ (mon exemple est un peu faussé : je n’ai pas choisi les frais d’expédition les moins chers quand j’ai commandé le livre sur Lulu Direct, qui auraient dû être de 4,90€).

À prendre en compte : l’estimation de revenus de Lulu Direct qui apparaît dans le tableau vert ne prend pas en compte non plus les frais d’expédition de votre boutique (quand je vous disais que c’était galère).

Verdict !

Je mettrais une note de 14/20  : pas mal, mais pas génial non plus.

  • Le fonctionnement du truc est assez nébuleux : il faut que vous testiez vous-même pour vous donner une idée de comment ça marche.
  • Le prix du livre étant unique en France, il n’y a pas d’ajustement à faire sur celui-ci. Par contre, à vous de jongler avec les frais d’expédition : ceux que vous facturez à votre client doivent compenser ceux que Lulu Direct vous facturera. Vous devrez donc déterminer les frais d’expédition Lulu Direct (heureusement, il y a un calculateur) et régler les vôtres en fonction, dans votre boutique. Personnellement, dans ma boutique, j’utilise le plugin Flexible Shipping (payant) qui permet d’établir des frais d’expédition en fonction du poids, des régions du monde et des modes d’expédition. Cela veut dire que les frais d’expédition que je facture sont établis en fonction du poids du livre et correspondent à peu près à ceux de Lulu Direct.
  • J’ai fait le choix de ne pas utiliser Lulu Direct pour vendre des livres à moins de 20€, tout simplement parce que ce ne serait pas rentable.
  • Même si Lulu Direct nous évite d’avoir à gérer des stocks de livres et à les expédier, il y a une contrainte de paperasse assez énorme, surtout si on vend beaucoup : à chaque commande, vous aurez une facture à rentrer dans votre comptabilité. C’est pour ça que je ne mettrai pas en vente mes livres au moment de leur parution, pour éviter d’avoir à gérer l’explosion de commandes qu’il y a les premiers jours (et parce que ça reste plus rentable pour moi de laisser les lecteurs commander sur la librairie Lulu).
  • En parlant de rentabilité, Lulu Direct est moins avantageux : en tant qu’auto-entrepreneure, je paie des cotisations sur mon chiffre d’affaires et non pas sur mon bénéfice. Cela veut dire que je paierai plus de cotisations en vendant mes livres dans ma boutique avec Lulu Direct (parce que les cotisations sont calculées sur le total de la commande du client, frais d’expédition compris) qu’en laissant le client commander sur la librairie Lulu (parce qu’ici, je reçois des redevances, et c’est sur ces redevances que mes cotisations sont calculées).

Pour autant, j’ai décidé de garder Lulu Direct dans ma boutique, pour ces raisons  :

  • Il s’agit d’un canal de ventes supplémentaire, en plus de Lulu, Amazon et cie. C’est toujours bon à prendre.
  • Ce canal de ventes est dans ma boutique, dans laquelle je vends d’autres choses : des bijoux, des carnets, etc. Cela signifie que les acheteurs pourraient se laisser tenter et ajouter quelques petites choses en plus dans leurs commandes (que je dois leur expédier, évidemment).
  • L’acheteur qui ne connaît pas mes livres n’aura pas à s’inscrire sur Lulu, qui n’est pas un site super connu du grand public ; de plus, s’il a des réticences à acheter sur Amazon, il pourra toujours commander sur ma boutique.
  • Rappel que je n’ai pas de stock et d’expéditions à gérer, c’est une raison suffisante de le conserver !

En tant qu’autrice indépendante, j’ai un lectorat assez sensibilisé sur ces questions et je n’hésite pas à demander de privilégier, quand c’est possible, les plateformes de ventes qui seront plus avantageuses pour moi (et la plateforme la plus avantageuse pour le moment, c’est la librairie Lulu). Mais je sais aussi que les acheteurs ne peuvent pas toujours commander où ils veulent, et donc je propose d’autres plateformes de ventes pour des raisons de pratique et de visibilité.

Voilà pour ce retour d’expérience  ! Je ne peux pas vous recommander ou non d’utiliser Lulu Direct  ; je préfère vous conseiller de tester et de vous faire votre idée. Cela ne coûte rien de l’installer dans votre boutique si vous en avez une, car le service est gratuit. Si vous n’avez pas de boutique et que vous hésitiez à en ouvrir une, essayez aussi. Si vous ne comptiez pas vous lancer là-dedans, ça ne vaudra peut-être pas le coup. En tout cas, ce système existe et, s’il est perfectible, il est intéressant.

N’hésitez pas si vous avez des questions  !