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Onirography

En vrac (billet de meuf fatiguée)

Ayant terminé la rédaction de mon roman Clairvoyants hier, je devrais être en train de commencer les premières retouches, faire les ajustements, couper-coller des passages, petit boulot tranquille avant d’entamer la toute première lecture (sans doute l’étape que je préfère, qui consiste à découvrir son roman pour la première fois). Sauf que non. J’ai pas envie.

Clairvoyants a été compliqué à démarrer : si je compte toutes les versions, peu importe les titres que ce roman a eu (Passeurs ou Clairvoyants), sa place dans la série TOWN (3e et dernier tome, ou 3e & 4e), j’en suis sans doute à 4 ou 5. Ça n’a rien d’exceptionnel quand on écrit un roman, j’en conviens, mais ça, ça ne m’arrive jamais. J’ai longtemps eu l’impression de faire fausse route avec ce texte parce que j’ai longtemps eu l’impression que je m’étais trompée avec cette histoire. Il n’y aurait jamais dû y avoir trois tomes. Ça n’aurait pas dû être une série. Beaucoup de mauvais choix ont été faits avec Tueurs d’anges, pour tout vous avouer, et si c’était à refaire, je ne le ferais pas comme ça. Lorsque je l’ai réalisé, ça m’a soulagée dans un sens, et j’ai pu enfin faire un tri dans mes idées et me dire : OK, tu t’es gourée mais on s’en fout, maintenant tu finis. C’est donc ce que j’ai fait (il n’y a rien que je déteste plus qu’un boulot, un projet, une entreprise inachevée) (chez moi ou chez les autres, d’ailleurs). Aujourd’hui j’ai dans les mains un joli roman de plus de 550 000 signes, certes brut de fonderie, mais il est là, il est terminé. Ce qui veut dire aussi que TOWN est terminé, et ça, ça me donne envie de déboucher le champagne, parce que ça m’a paru interminable, compliqué, pénible à gérer. Plus JAMAIS je n’écrirai de série.

Ce roman a été l’occasion pour moi de tester cette petite chose bizarre que l’on appelle un journal d’écriture. En gros, chaque jour, j’y note mon avancée (temps passé, nombre de signes écrits, nombre de signes total) (je suis un peu obsédée des statistiques quand j’écris) ainsi que mon état d’esprit du jour, les difficultés rencontrées et les accomplissements, les remarques pour la relecture et la correction, ce genre de choses (si vous voulez, je vous en reparlerai). En relisant rapidement les pages de ce journal pour faire la liste des remarques destinées à la relecture, je me suis rendu compte que je disais tout le temps la même chose, au début : j’ai du mal, je ne vais pas y arriver, c’est de la merde. Puis ça a évolué en : fais-le pour toi, bordel, on s’en fout pour le moment, c’est ton taf, ça te regarde, écris pour toi. Et sur la fin, j’arrivais à être satisfaite de ce que j’écrivais, à croire en ma propre histoire, et, truc de ouf, à m’amuser. Pour résumer : il a fallu atteindre les 2/3 du texte pour que je m’amuse enfin, et ce qui a déclenché tout ça, c’est une idée en l’air qui est vite devenue une idée fixe : arrêter de publier mes histoires.

J’ai vraiment vécu ça comme une libération. Et si je continuais à écrire, mais pour moi, et uniquement pour moi ? Voici une confidence : je n’ai JAMAIS écrit pour moi. J’ai toujours écrit dans l’optique de publier, de faire lire aux autres. Ça ne m’est jamais venu à l’idée de garder des nouvelles ou des romans pour moi. D’aussi loin que je me souvienne, je voulais écrire, je voulais publier, je voulais être écrivaine. Écrire est globalement la seule chose que j’ai su faire instinctivement, avec facilité, au point que mes profs de français m’encouragent à poursuivre, et que ma mère me dise que j’étais fait pour ça (dans ma famille, on est assez peu démonstratifs, mais ça, c’est quelque chose en quoi elle a toujours cru, même l’illustration elle n’y croyait pas). Il ne faisait aucun doute que je publierais un livre un jour, une évidence qui m’est venue plus tard. Dans cette optique-là, il n’y a jamais eu de place pour l’écriture comme hobby, passion, besoin, passe-temps, peu importe comment on appelle ça quand on écrit uniquement pour soi. Écrire n’était pas suffisant, je voulais être lue, je voulais être reconnue comme écrivaine. C’était mon rêve, et il n’y a jamais eu que peu de place pour les rêves, dans ma vie ; un rêve, c’est quelque chose que l’on ne peut pas forcément provoquer, et qu’on attend par la force des choses, à l’inverse des buts, sur lesquels on peut travailler et travailler encore pour les atteindre. Bizarrement, je rangeais je veux devenir une écrivaine reconnue dans la catégorie des rêves parce que ce n’est pas quelque chose que l’on peut provoquer ; il faut pour cela beaucoup de travail, certes, mais aussi de la chance, ou des contacts, ou les deux. Ça ne suffit pas de travailler et/ou d’être talentueux pour attirer l’attention (ce que l’on peut trouver égocentrique et narcissique mais après tout, l’écriture est égocentrique et narcissique, et le fait de vouloir être publié l’est encore plus. Ça n’a rien de mal).

Mes autres rêves, ça faisait déjà longtemps que je m’étais assise dessus (à part ils vécurent et eurent beaucoup d’enfants de chats). Il ne restait que celui-là : être une écrivaine reconnue. Je ne rêve pas de grandeur, de gloire, d’immortalité (pas de l’œuvre en tout cas) ou de fortune, je ne veux pas devenir célèbre et riche en vendant des livres par millions. Pour faire quoi, d’ailleurs ? La simple idée d’aller à un salon où je pourrais dédicacer m’horrifie, je ne veux pas qu’on me voit ; j’écris des histoires, je ne suis pas une personne publique. Non, je voulais tout simplement que mon travail, mes livres, ma plume, mes histoires soient reconnues, comme Lionel Davoust, Estelle Faye ou Nathalie Dau sont reconnus pour leur travail. Voilà, en gros, ce qu’était mon rêve : quand je serai grande, je voudrais devenir Estelle Faye (qui est sans nulle doute l’autrice française dont j’aime le plus les livres aujourd’hui, pour ça que je la cite en exemple). Le temps et les déconvenues aidant, j’ai quand même fini par ouvrir les yeux, en réalisant que ce ne sera jamais le cas, et que je ne suis pas l’écrivaine que je pensais être. Malgré ce que l’on pense de mon travail, un tel rêve ne se réalisera jamais car ce n’est pas parce qu’on le veut qu’on l’a (contrairement à ce que les macronistes prétendent). J’ai fini par haïr les compliments et les encouragements de type tu y arriveras, tu mérites d’être publiée, tu feras partie de ceux qui comptent, tu vas décoller (tous dits par des personnes que j’estime) parce qu’ils me font miroiter deux choses opposées : soit c’est vrai et j’ai échoué à le montrer, soit c’est faux et je m’acharne pour rien.

L’on pourra me dire qu’on s’en fout, d’être publié, et que l’on peut s’auto-éditer. Certes, pendant longtemps, j’étais de cet avis : je n’ai pas besoin d’avoir un éditeur pour faire lire mes histoires, car le net me fournit suffisamment d’outils pour que je m’en charge moi-même. Quelle liberté ! Je pouvais raconter mes histoires comme je le voulais sans m’occuper des contraintes éditoriales. C’est là que ma Grande Histoire a commencé à grandir, grandir encore, à devenir gigantesque et incontrôlable. Puisque tout était déjà relié et que je doutais qu’un éditeur soit intéressé par le tout, j’ai donc choisi de tout publier moi-même et d’y aller à fond, de raconter tout ce que je voulais raconter (15 livres en tout, hein, sans compter ceux qui peuvent vraiment se lire indépendamment). Ma part obsessionnelle s’est déchaînée ; je suis incapable de ne pas voir la globalité des choses, je dois tout rattacher, tout mélanger, et je m’y suis donnée à cœur joie. Mais au bout de deux ans à m’auto-éditer avec sérieux, mon enthousiasme s’est essoufflé, l’euphorie des débuts est retombée. J’ai commencé à me rendre compte que l’auto-édition était un non-choix (puisque mon projet ne pouvait pas rentrer dans les cases de l’édition classique mais que si je voulais le faire vivre, je devrais m’en occuper moi-même), et dans le même temps, j’ai réalisé que je ne dépasserai sans doute jamais les 20 exemplaires vendus par bouquin. Car voilà la durée de vie de mes livres : 20 exemplaires. Pour vous donner un exemple, Onirophrénie est sorti officiellement le 1er avril (mais a été envoyé un peu plus tôt aux fidèles qui l’ont commandé), et aujourd’hui, le 6 avril, le livre est mort et enterré. Personne ou presque ne l’achètera plus tard, tout comme personne ou presque n’a acheté Tueurs d’anges, Elisabeta ou Oracles après leur parution.

Onirophrénie a fait un four sur KDP

 

On pourrait me dire que c’est déjà ça (on me l’a déjà dit, d’ailleurs), et je répondrais que ça ne me suffit pas. Tout le travail abattu pour publier mes livres ne vaut pas ce résultat, et actuellement, je ne vends que du papier, des timbres et des enveloppes (et je ne compte pas partager mes livres gratuitement, parce que je ne crois pas à la culture gratuite) (pas quand le créateur ne gagne pas d’argent, en tout cas). L’auto-édition n’est qu’un mirage pour beaucoup de gens, je pense ; les rêves de grandeur littéraire n’ont aucune chance d’y perdurer. Et si l’on souhaite simplement gagner de l’argent et tenter d’en vivre… ce n’est pas aussi évident non plus. Car c’est ce que je me suis dit : si je ne peux pas réaliser mon rêve d’être une écrivaine reconnue, je peux peut-être tenter d’atteindre le but de gagner un peu de sous avec mes livres (ce semblait plus facile à atteindre, et ne retire rien à l’attachement que j’ai pour mes histoires, et leurs éventuelles qualités). Mais si l’on ne dépasse pas le fameux plafond de verre des 50 exemplaires vendus par titre auto-édité, comment gagner de l’argent ? En fait, il est bien plus facile de vendre des bijoux fait-main que des livres. Parce qu’on aura beau dire tout ce qu’on veut, un auteur auto-édité n’est pas un ‘vrai‘ auteur.

C’est un pavé que je jette volontairement dans la mare, parce que j’étais moi-même convaincue du contraire. Pourtant, dans les faits, ce n’est pas aussi simple. Si vous lisez des auto-édités et que vous ne faites pas de différence avec un auteur édité traditionnellement, vous faites partie des exceptions. Bravo à vous !  Mais en fait, l’auteur auto-édité et le ‘vrai‘ auteur ne jouent pas dans la même cour de récré, et la frontière est infranchissable ou presque. Un auteur auto-édité n’est lu que par ceux qui lisent des auto-édités, pas par les autres (qui représentent la grande majorité des lecteurs). Et s’il est lu par d’autres auteurs, ce sera par des auteurs eux-mêmes auto-édités ; les ‘vrais’ auteurs, eux, ne lisent pas d’auto-édition. Les auto-édités ne sont pas invités dans des salons/festivals, ou alors ils paient leur stand, et leurs livres ne sont pas non plus sélectionnés dans des prix littéraires, sauf prix littéraires dédiés à l’auto-édition. L’on continue à étudier avec curiosité le ‘phénomène de l’auto-édition‘, et ça ne devient sérieux que lorsque l’on parle chiffres (les ventes sur Amazon, par exemple, ou le nombre d’exemplaires vendus par telle star de l’auto-édition) ou lorsque l’on parle des auto-édités qui signent ensuite chez un éditeur. Donc, oui, le traitement n’est pas le même. Et si aujourd’hui on n’hésite plus à parler du syndrome de l’imposteur, si on encourage tout un chacun à le désamorcer parce que ce syndrome n’a aucune légitimité à exister, on le ressent quand même en tant qu’auto-édité. En tout cas, moi je le ressens. C’est pour cette raison par exemple que je ne participe jamais à des salons, même quand on m’invite, même en tant que simple visiteuse, parce que je ne me sens pas à ma place (et c’est entre autre pour ça que vous ne me verrez pas aux Imaginales cette année, même si je l’avais annoncé) (l’autre raison, c’est aussi parce qu’avec la grève, ça risque d’être difficilement jouable). Ça a toujours été mon souci, ça, la légitimité. Je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que j’ai toujours eu tendance à ne jamais me sentir à ma place nulle part, à ne pas me sentir acceptée, peu importe le domaine. Et on aura beau dire ce qu’on veut, que tout le monde est légitime, auto-édition ou pas, je ne m’en sens aucune. Encore aujourd’hui, pour être considéré comme écrivain, il faut être ‘validé‘, et la validation passe par la publication à compte d’éditeur (d’un roman, de préférence). Tout ce que l’on fait autour ne compte pas. Je ne sais pas pourquoi ; parce qu’en France, on a sacralisé la culture et la littérature ?

Mais pourquoi tu ne proposes pas tes histoires aux éditeurs, alors ? vous me demanderez. Pour diverses raisons. La première, je l’ai évoquée plus haut : parce que mon projet m’a échappé, il a grandi tout seul et il est devenu si vaste qu’il ne rentre pas dans les cases. Parce que je veux écrire des histoires et n’avoir aucune autre obligation. Parce que si ça fonctionne (on a encore le droit de rêver !), l’idée d’être lue me fait peur. Oui, je ne suis pas à une contradiction près, mais à force de s’enterrer dans son trou, c’est difficile d’en sortir. Et, sans doute, parce je ne suis sans doute pas aussi douée que vous le croyez, et que, si je commence peu à peu à le réaliser, je n’ai pas (encore ?) la force suffisante pour encaisser des refus.

Comment je m’en sors, de tout ça ? Comment je peux réussir à trouver un peu de foi pour ce que je fabrique ? Je n’arrêterai pas d’écrire, ça non. L’écriture n’a jamais été le problème. Mais peut-être que je dois changer de perspective, et me dire que je peux, maintenant, écrire pour moi, raconter des histoires pour moi et pour personne d’autre. C’est très difficile de réaliser qu’on passe des mois sur un livre, qu’on y met son vécu, ses tripes et ses larmes pour très peu de retours, et sans dénigrer les quelques lecteurs qui me suivent depuis le début (soyez-en remerciés !), je ne suis pas certaine que ça vaille le coup. Ni pour le lectorat/la société/le monde, qui en fin de compte n’ont pas besoin de mes histoires, vu que très peu de gens me lisent. Onirophrénie, par exemple, a été très partagé, mais il n’y a eu que très peu de ventes supplémentaires par rapport aux autres livres. Pourquoi ? À cause d’un manque de visibilité ? Parce que mes histoires ne vous intéressent pas, et ne vous donnent pas envie d’acheter mes livres ? Ça ne vaut pas non plus le coup pour moi. Et comme j’ai tendance à toujours choisir la solution la plus égoïste lorsque je dois faire un choix à propos d’une situation qui ne m’est pas facile, là, le choix est déjà fait. Écrire, mais ne plus publier.

Actuellement, je n’ai pas choisi, je ne sais pas ce que je vais faire. Il se trouve que ces dernières années, j’ai éliminé tout ce qui m’empêchait de me consacrer entièrement à mes histoires : au revoir l’illustration et le dessin (même pour ma pratique personnelle, c’est-à-dire que je ne dessine plus du tout), au revoir la fabrication de bijoux, au revoir mes jolies boutiques (Unseelie & OXYDE jewelry). L’écriture vaut ce prix à mes yeux, et je ne regrette pas. Maintenant, la question c’est est-ce que ma tranquillité d’esprit vaut que j’arrête de partager mes histoires ?, et là, je n’ai pas de réponse. Je sais que ça prend des proportions énormes, au point de me faire déprimer (mais je ne me leurre pas, je me doute que je suis un peu déprimée pour le moment, ça m’arrive de temps à autre, peut-être le manque de soleil), mais il s’agit à la fois de ma passion, de ma respiration, et de ce que je considère comme étant mon travail à plein temps (sans être assez rémunérée, en gros). Normal que ça prenne autant de place, surtout qu’il s’agit d’un deal que j’ai conclu avec moi-même : j’ai la chance incroyable de pouvoir écrire à temps plein sans me soucier des finances, grâce à mon chéri qui m’a poussée à le faire, mais cela doit produire un résultat. Et pour l’instant, ce n’est pas le cas, ce qui me fait me sentir inutile (et je ne cotise pas pour ma retraite non plus). L’alternative serait de cesser toute publication, de travailler ‘pour de vrai’, de rouvrir une petite boutique de bijoux puisqu’en fin de compte, ça se vend mieux que des livres (oui, oui, je sais, vendre des livres est un métier, pas besoin de me le rappeler. J’ai juste pensé que ce serait plus facile, surtout avec la petite communauté qui me suit depuis quelques années). Vendre des bijoux (ou des vernis à ongles !) et écrire, pour moi seulement, quand j’aurai le temps. Pourquoi pas ?

Je le redis pour ceux qui craignent que je stoppe, je n’ai pas encore décidé. J’ai tendance aussi à me renfermer, à me rouler en boule dans mon coin quand je sens que les choses m’échappent ; c’est sans doute ce que je vais faire un moment. Je vous parlerai de Clairvoyants et de la fin de TOWN, mais garderai pour moi ce qui va se passer ensuite. Travailler dans mon coin, écrire mes histoires, peut-être ne pas les publier tout de suite. Je ne sais pas. J’ai consacré beaucoup de temps à essayer de promouvoir Onirophrénie, et beaucoup de gens m’ont aidée (et je les en remercie !), mais sachez que ça n’a strictement rien donné. Alors, que j’en parle ou pas, le résultat sera sans doute le même.

Ce qui est sûr, c’est que je terminerai Clairvoyants, je le publierai (en septembre) parce que ça ne se fait pas de ne pas finir une série, et ensuite je verrai. Je n’ai pas encore joué toutes mes cartes ! En revanche, je ne m’exprimerai plus sur le sujet, et ce billet risque de finir à la corbeille. Comme d’habitude, je vais sans doute effacer toutes les traces de mon pessimisme et faire croire que ça n’a jamais existé.

Merci pour votre temps, les loulous.

 

ps : ceci n’est qu’une immense chouinerie personnelle. Je vous saurais gré de ne pas venir me râler dessus en commentaire si ça ne vous plaît pas, merci.

4 commentaires

  1. Jeanne

    7 avril 2018

    Je me reconnais beaucoup dans ce que tu décris comme ton rêve d’écrivaine… Même si, ironiquement, dans mon cas, je suis au contraire persuadée de n’avoir aucun talent en écriture, et c’est pourquoi j’ai longtemps caché ce rêve derrière celui d’être dessinatrice ou illustratrice (parce qu’en dessin, oui, je suis douée… en tout cas, je l’étais! c’est ça qui a toujours été facile pour moi, alors que l’écriture a si longtemps été une bataille et une souffrance).

    Pendant plusieurs années, entre ma maison d’édition et la naissance de mon fils, j’ai presque complètement cessé d’écrire (et même le peu que j’ai écrit ne valait rien, ou ne sera sans doute jamais réutilisé). Sur le coup, c’était très frustrant, mais je me dis aujourd’hui que cela m’a été salutaire. C’est à cette époque (je me rappelle, un matin en poussant mon bébé dans sa poussette, dans un parc) que j’ai eu la même révélation que toi : écrire pour moi… Un de mes projets venait de revivre dans ma tête, et je me suis amusée à suivre le fil de l’histoire, tout en me rendant compte que je n’aurais pas le temps de l’écrire, pas avant des années, et peut-être jamais, parce que l’avenir n’est jamais garanti. Et réaliser cela, ça m’a drôlement libérée.

    Je me suis rendu compte que mes histoires, c’est moi qu’elles rendaient heureuse, et elles y parvenaient même en restant dans ma tête. Et c’est déjà énorme, quand on pense à toutes les personnes qui luttent au quotidien pour se sentir heureuses… Est-ce que ce n’est pas une immense valeur, qu’elles ont, ces histoires, de compter à ce point pour nous-mêmes?

    Sinon, concernant l’autoédition, je crois que c’est une bête question de marché. Il y a certains marchés qui sont favorables à l’autoédition et d’autres, non. Comme il y a des marchés favorables au sociofinancement et au mécénat, et d’autres, non. Difficile de généraliser. Par ex, la romance se vend bien en numérique, c’est plutôt une chance pour l’autoédition; par contre, si j’ouvrais un compte Tipeee, je sais que ce serait un flop total, parce que je m’adresserais complètement au mauvais public… (Les gens qui sociofinancent ne lisent pas de romance. Il n’y a pas de bonne raison pour ça, mais c’est ainsi.)

    Je ne dis pas ça non plus d’une façon strictement fataliste, mais c’est clair qu’on ne va pas changer le système tout-e seul-e, et que les solutions ne sont pas évidentes. Ça m’encourage dans mon projet de mieux connecter les autoédité-e-s entre elleux, ne serait-ce que pour discuter de ces choses et, le cas échant, monter des projets ensemble. Beaucoup d’auteur-e-s pensent qu’on aurait besoin d’un label qualité; mais, avant ça, je pense que c’est surtout un problème de passage au numérique. Le marché du numérique francophone demeure minuscule, et ne reflète pas le marché du livre en général (même si, là encore, il y a des gagnant-e-s et des perdant-e-s dans cette distribution; ainsi, la romance est loin derrière la SFFF en termes de ventes si l’on considère le papier, alors que je dirais, à vue de nez, que les deux genres se valent en numérique.) Et déjà qu’en français, on a la concurrence des anglos… Bref, le problème est profond. En fait, pour moi, le problème de base, c’est carrément la capitalisme, alors on n’est pas sortis de l’auberge, vu que c’est pas demain la révolution… Mais bon. Whatcha gonna do? On continue à se battre. (Mais des fois, on a le droit d’être fatigué-e aussi.)

  2. Rozenn

    7 avril 2018

    Oh, c’est drôle parce que j’ai eu longtemps le même raisonnement : comme je me sentais mauvaise en écriture (et pas légitime), je me suis rabattue sur le dessin, plus ‘simple’ (avec de gros guillemets) dans son apprentissage, plus ‘visible’ (c’est facile de se faire des copains au collège et au lycée quand on dessine) et avec des résultats plus facilement quantifiables (je ne sais pas trop comment dire ça, en fait. C’est plus facile de voir qu’on évolue en dessin qu’en écriture, je trouve).

    Mais je trouve que c’est assez révélateur, finalement, de ressentir ce soulagement quand on réalise qu’en fin de compte, on peut écrire pour soi et ne pas publier/partager ses histoires. On peut même ne pas les écrire, comme tu dis, et les garder dans sa tête, pour soi. J’ai longtemps été tentée par ça aussi, mais avec tous les textes que j’ai déjà écrits, qui représentent à peu près le tiers de ce que je veux raconter, je me dis que c’est dommage de s’arrêter en si bon chemin. Autant les écrire, même si ce n’est que pour moi. Mais je comprends tout à fait quand tu dis qu’il faut tout faire pour réussir à se sentir heureux dans la vie, et c’est tout l’objet de mon hésitation à arrêter de publier. Si j’hésite encore, c’est parce qu’il est possible que je regrette par la suite.

    Pour ce qui est de l’auto-édition, je suis tout à fait d’accord sur le fait que ce soit une question de marché. Quand je regarde ce qui fonctionne, je me rends compte que je ne suis pas DU TOUT dans la tendance (romance, érotisme, etc). C’est comme ça, ça n’a pas forcément de logique et on ne peut pas vraiment y faire grand-chose, mais ça n’empêche que c’est frustrant. En fait, ça fait déjà un moment que je me dis que je ne suis pas adaptée à ce monde :p (ou que le monde n’est pas prêt, ça dépend).

    J’ai entendu parler de cette idée de label qualité. J’avoue, je n’ai pas d’avis là-dessus, mais je ne crois pas aux initiatives collectives (associations, syndicats, etc), parce que les gens sont, de façon générale, très individualistes (je fais le parallèle avec les auteurs & illustrateurs de BD français, pour qui les conditions de travail se dégradent beaucoup, qui râlent beaucoup aussi mais qui ne parviennent pas à faire front commun alors qu’ils ont déjà un syndicat génial qui pourrait faire bouger pas mal de choses s’il en avait les moyens). Après, oui, en France, le numérique est ridicule, le marché a été étouffé, il y a toute la concurrence, et tous ces rabats-joie vieux jeu qui n’ont aucune envie de faire bouger les lignes. C’est sûr qu’on n’est pas aidé ! (et si on rajoute là-dessus le capitalisme, on ne s’en sort pas :p). Bref, oui, il faut continuer à se battre, c’est certain. Mon billet était surtout un aveu d’impuissance sur tout ce dont je rêvais jusqu’ici, et le fait que rien n’est fait pour aider. Ça changera… ou pas ! Et l’un comme l’autre, il faut surtout qu’on apprenne à se préserver (et là, c’est clairement ce que je fais).

    Merci pour ton passage ici 🙂

  3. MissHD

    3 mai 2018

    Gros câlin !
    Note : je déteste le contact physique avec les gens. 😉
    Ton ressenti est légitime, les mots que tu poses, clairs. T’engueuler ? Te secouer… Et bien non, pourquoi faire ? Il faudra bien que tu vives ta vie et prennes tes décisions.
    Mais par contre, s’il te plait, arrête de croire que le problème vient de toi. Les gens ne lisent juste plus. Chaque fois qu’on me voit avec un bouquin, je sens le regard insultant des gens qui envient le temps que « je perds » à cette activité, alors qu’eux ont choisi de s’abrutir devant la télé… :'(
    Et au fait, moi je lis les deux sans faire de différence : édité à l’ancienne ou auto-édité. Tant que la lecture est bonne, moi ça me va. 😀 Et je n’ai pas de Kindle, mais un iPad… Voilà voilà.
    Autre constatation : il y a 3 ans, j’avais 200 lecteurs sans difficulté sur mon blog, aujourd’hui, je n’en ai plus que 40. Je ne suis pas moins intéressante ou que sais-je. Non, les gens ont d’autres activités IRL… Comment leur en vouloir ?
    L’idée d’écrire rien que pour toi (moi, c’est ce que je fais, car je n’arrive jamais à finir mes histoires, haha) est un bon plan. Et lorsque tu as fini d’écrire (ce que toi au contraire de moi est capable de faire hihi), tu peux toujours décider de le montrer à nous. 😉 Rien ne l’interdit. Et peut-être même que tes écrits en gagneraient encore en qualité, va savoir ?
    Et comme tu sais, une boutique de vernis, moi je dis oui. 😛 Haha ! (je rêverais de faire ça… mais en Belgique être indépendante, c’est pareil que de se mettre la corde au coup).
    Belle journée !

  4. Rozenn

    4 mai 2018

    Hey, c’est bien les câlins virtuels, aussi ! 😀
    Hmm, j’ai tendance à beaucoup râler alors j’ai toujours peur qu’on m’engueule pour ça (et c’est pas toujours évident de tout garder pour soi !).
    Après, je ne sais pas d’où vient vraiment le problème. Oui, en effet, les gens lisent moins, achètent moins, et on a beaucoup perdu de visibilité sur les réseaux sociaux. Mais au bout d’un moment, c’est à se poser des questions, aussi. Et même si le problème ne vient pas de moi, c’est compliqué de ne pas le ressentir 🙂
    Après la fin de TOWN, c’est clairement ce que je vais faire : écrire pour moi uniquement, et publier quand j’en aurais envie (si j’en ai envie). En fait, en ce moment je me dis que je ne publierai plus mes livres uniquement pour ne pas me décourager. Donc rien n’est vraiment décidé 🙂
    Aaaah, oui, la boutique de vernis j’aimerais bien le faire, mais faut tenir un blog à côté, faire de jolies photos, tout ça… et ça, c’est pas évident XD (et je comprends pour la Belgique, mon chéri était indé là-bas avant de venir vivre en France, et c’était franchement galère).
    Une belle journée à toi !

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