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Onirography

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Derrière la plume

Auto-édition : le bilan

Voilà un bout de temps que j’ai envie d’écrire un tel billet, mais le manque de temps n’aidant pas, ainsi que la difficulté à mettre mes idées en ordre, je n’ai fait que repousser. C’est maintenant chose faite ! Merci de bien vouloir noter que tout ce que je raconte ici n’est que ma propre opinion. Je ne balance pas de vérité, je parle uniquement de mon expérience et de comment je perçois tout ça.

Chui pas positive

Mon ressenti sur l’expérience de l’auto-édition, que je pratique depuis quelques années maintenant (mon premier livre auto-édité, Le Rêve du Prunellier, est paru en 2013), n’est pas particulièrement positif. J’en viens souvent, même, à me demander si j’ai bien fait de me lancer là-dedans, ou du moins de continuer après le Prunellier : l’orientation de mes histoires et la création du Grand Projet découlent totalement de la décision prise de publier moi-même mon travail. Sans ça, j’aurais sans doute écrit des trucs mais je n’aurais rien relié ensemble, et mes univers auraient été complètement différents. Je ne regrette pas vraiment en ce qui concerne le Grand Projet en lui-même, qui s’assimile à l’œuvre d’une vie et qui me fait voyager avec des personnages que j’aime vraiment ; en revanche, je regrette pour ce qui est de la carrière littéraire dont je rêvais quand j’étais adolescente, puisque je sais à présent que je ne deviendrai jamais une écrivaine reconnue (j’en ai parlé ici, si vous voulez (re) lire).

J’ai réalisé avec le temps qu’il existait beaucoup de carcans autour de la littérature, notamment en France. Le livre est sacralisé au point qu’une œuvre écrite n’a aucune valeur si elle n’a pas été publiée (au sens large), principalement sur papier (le numérique only ne suffit pas), et par une maison d’édition. Le reste peut éventuellement gagner sa validation d’œuvre écrite dans le cas, par exemple, d’un livre auto-édité qui se vendrait à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, qui attirerait l’attention d’un éditeur, ou d’une histoire sur Wattpad qui recevrait plusieurs millions de lectures. Attention, je sais parfaitement faire la différence entre la qualité d’une œuvre et son succès commercial. Ce que je veux dire par ici, c’est que dans le cas d’un livre qui n’a pas été adoubé par un éditeur, la qualité et le succès se mélangent, au point que le second définit souvent le premier. Du moins, le succès donne sa légitimité au livre qui ose exister sans éditeur.

C’est bien là le souci, à mon humble avis. Faisons un parallèle : j’ai fait de l’illustration pendant pas mal d’années, et comme beaucoup d’illustrateur·ices, j’ai montré mes dessins sur un site personnel, sur DeviantART et sur diverses galeries en ligne. Une illustration faite pour le plaisir ne rencontre pas de soucis de légitimité, même si elle n’a pas été commandée par quelqu’un ou publiée ; elle existe en temps qu’illustration, et l’on ne peut retirer sa légitimité à l’artiste qui l’a réalisée (il ou elle est peintre, illustrateur·ice, dessinateur·ice, etc). Par contre, l’écrivain·e qui se contente de partager son texte sur son blog ou sur Wattpad n’est pas véritablement légitime puisqu’il n’y a pas de « vraie » publication derrière. C’est un roman, certes, ou une nouvelle, mais le texte ne revêt pas son statut d’œuvre littéraire, et son auteur·ice n’apparaît pas légitime aux yeux des autres. C’est pour ça que je dis qu’une œuvre écrite se doit d’être au moins publiée, avec un acte marchand derrière car la gratuité ne lui donne pas de légitimité.

Certes, on aura beau dire qu’on s’en fiche de l’avis des autres, que l’on n’a pas à être validé·e par qui que ce soit et que l’on peut parfaitement faire ses bidouilles dans son coin. Mais la société est comme elle est et nous ne pouvons pas la changer aussi vite que nous le voudrions. Et comme je n’avais jamais envisagé d’écrire seulement pour moi, j’ai eu toutes les peines du monde à échapper à cette logique. C’est plus ou moins chose faite maintenant, mais au prix de chialades, de doute, et d’une reprogrammation mentale qui me fait dire que je ne vends plus de livres mais des histoires. Quelque part, je ne me considère plus comme une autrice.

Attention, encore une fois : ici, je ne fais que partager mon ressenti.

Start-up nation

En quelques années, j’ai pu assister à l’évolution de l’auto-édition, de ses auteur·ices, de ses pratiques et de l’image qu’on en a. Et je n’ai pas envie de me la jouer vieille conne mais clairement, c’était mieux avant. À l’époque où j’ai sorti Le Rêve du Prunellier, l’auto-édition était encore considérée comme une curiosité pas bien méchante et il suffisait d’écrire pas trop mal pour sortir du lot et être lu·e. Autant le dire tout net : la plupart de celles & ceux qui ont lu (et chroniqué) Le Rêve du Prunellier sont aussi celles & ceux qui ont refusé de lire de l’auto-édition un ou deux années plus tard.

Avec le temps, les choses ont évolué, et je ne peux pas m’empêcher d’établir un parallèle avec ce qu’est devenu notre société avec le temps : la start-up nation y a mis son grain de sel. L’idée très illusoire que tout le monde a sa chance (non !), et qu’il faut se vendre pour réussir. Alors, se vendre, je veux bien : nous le faisons toutes & tous depuis très longtemps pour montrer aux autres ce que nous faisons, et ça passe par les réseaux sociaux, les sites personnels, etc. Mais aujourd’hui, nous en sommes arrivé·es à un stade où il faut devenir chef·fe d’entreprise, community manager et expert en marketing pour vendre ses bouquins (et pas seulement ses bouquins, ça marche pour tout). Or, si j’avais voulu faire ça, je serais devenue cheffe d’entreprise, community manager ou experte en marketing. Je ne me serais pas aventurée dans ce monde étrange qu’est l’auto-édition, je n’aurais pas écrit moi-même. Mon boulot, c’est d’écrire, ça n’a jamais été que ça. Vous me direz alors que l’auto-édition n’est pas faite pour moi, et je vous rétorquerai qu’il y a quelques années, la situation n’était pas la même et nous n’en étions pas à ce stade.

Entre nous (c’est le temps qui s’enfuit qui s’en fout)

Paradoxalement, monter des campagnes publicitaires sur les réseaux sociaux, faire du branding et accroître sa communauté en ligne ne sert qu’à toucher les gens qui lisent de l’auto-édition, et pas les autres. Soit une poignée de lectrices & lecteurs qui n’ont pas froid aux yeux, des blogueuses & blogueurs qui ne lisent quasiment que ça… et les autres auteur·ices auto-édité·es. Sorti de ce microcosme, il est difficile de se faire connaître car l’on se heurte à la méfiance (parfois légitime) des autres blogueuses & blogueurs, qui ont pour la plupart bien plus de public, ou les bookstagrameuses et les bootubeuses (vous m’excuserez, je mets tout au féminin à partir de maintenant parce que la majorité de ces personnes sont des femmes). Il est aussi difficile d’atteindre les libraires et les médias (journaux, revues, webzines) qui proposeront des critiques littéraires (déjà que ce n’est pas évident de trouver des critiques de livres SFFF, alors de l’auto-édition…), ainsi que les autres auteur·ices, les « vrai·es » cette fois (l’usage du « vrai » en opposition à « l’auto-édité » est parfaitement assumé et totalement sarcastique. Parce que véridique, quelque part).

Pourtant, c’est le soutien des « vrai·es » qui est primordial là-dedans. J’ai envoyé des dizaines de SP un peu partout, dont beaucoup de papier pour certains titres, ce qui m’a coûté cher. Et les chroniques qui en sont sorties n’ont donné aucune vente supplémentaire (bon, allez, peut-être deux ou trois) ; de même, la promo gratuite d’Onirophrénie sur Amazon n’a strictement rien donné puisque le livre a été téléchargé je ne sais combien de fois, et non seulement je n’ai eu aucune vente supplémentaire après, mais il n’y a eu aucun retour (pas de chronique, pas d’avis, même pas un « j’ai lu ton livre » ou un avis sur Amazon). L’argent et le temps dépensés là-dedans ne servent à rien puisque le seul moyen de gagner un peu de visibilité, c’est quand un·e libraire, un·e vrai·e auteur·ice ou une blogueuse qui ne fait pas d’auto-édition parlent des livres en question. De ma propre expérience, le livre qui a eu le plus de succès chez moi, c’est Notre-Dame de la mer, et ce pour une bonne raison : il a été mis en avant par un libraire (coucou Xavier !). Juste un seul, et ça a suffi pour que le livre s’écoule à pas loin d’une centaine d’exemplaires (j’avoue que je n’ai pas tenu les comptes). Aucun de mes autres livres n’a eu la même mise en avant, et les ventes vont d’une quinzaine d’exemplaires papier pour Onirophrénie, et peut-être trente ou quarante pour Elisabeta. Honnêtement, vu le travail et le temps passé, ça ne vaut absolument pas le coup. Ce n’est pas viable si on aborde le truc comme une entreprise, et je ne vois pas pourquoi je devrais continuer, même par amour de l’art et de la littérature. Ne déconnons pas.

C’est pour moi le cœur du problème : la légitimité. Les auto-édité·es restent entre elleux, peut-être par volonté de rester à part, mais aussi parce qu’il existe des murs de verre en plus du fameux plafond. Je suppose que les mauvais comportements de certain·es auto-édité·es n’aident pas, tout comme la qualité relative d’un certain nombre de livres. Mais je suis persuadée que ça ne fait pas tout, parce que peu de gens envisagent qu’un livre puisse exister sans passer par le prisme de l’éditeur. L’on s’est moqué d’Aurélie Filippetti lorsqu’elle a dit « Tous les livres ne sont pas des livres, c’est l’éditeur qui fait la littérature« , mais s’il vous plaît, soyez honnêtes : vous êtes d’accord avec elle. Les livres auto-édités ne sont pas de « vrais » livres. Point barre.

Vous voulez que je vous dise pourquoi je ne fais plus de dédicaces (entre autres raisons) ? Parce que j’ai déjà vu des gens regarder mes bouquins et les reposer ensuite avec un air presque dédaigneux lorsqu’ils réalisent qu’il n’y a pas de maison d’édition derrière. Ils ne cherchent même pas à savoir ce que ça raconte. On ne peut pas plaire à tout le monde, certes, mais je ne supporte plus le mépris.

C’est personnel

Alors après tout ça, vous allez me dire : ouais, mais ce que tu racontes, c’est parce que ça n’a pas marché pour toi. Hey, no shit Sherlock, c’est un bilan perso ! C’est tant mieux si l’expérience est plus satisfaisante chez les autres, je suis heureuse pour elleux. Tout ce qui permet de donner ses lettres de noblesse à la littérature indépendante me plaît (et c’est d’ailleurs pour cette raison que je continue de poster mes histoires sur Wattpad, parce que c’est bien beau de taper sur le site en disant qu’il contient de la merde, mais il restera tel qu’il est si on n’y poste pas des trucs plus qualitatifs, voyez). Après, ça n’a pas marché pour moi, et sans doute pour plusieurs raisons :

  • je n’écris pas des trucs à la mode (ni romance ni érotique, c’est ce qui fonctionne)
  • je préfère consacrer mon temps à écrire qu’à faire du marketing et du branding (dingue, hein)
  • je n’ai jamais eu une grande communauté
  • j’écris sans doute de la merde et je ne mérite pas plus

Tous les métiers ne nous correspondent pas. Par exemple, je n’ai ni patience ni pédagogie et je suis mal à l’aise face à des enfants, alors je ne vais pas décider de devenir prof. Ici, si être écrivain·e consiste à devoir faire du marketing et de la promotion, alors je ne suis pas faite pour ce métier non plus (j’ai toujours pensé qu’être écrivain·e consistait à écrire, c’était peut-être naïf de ma part).

Certes, je suis déçue, je l’ai déjà écrit pas mal de fois sur mon blog. J’ai tenté l’aventure, qui démarrait pas trop mal, mais ça a empiré avec le temps. Je reste avec une sensation d’échec assez cuisante que j’ai encore du mal à faire partir, et ça a conditionné un certain nombre de choses sur mon rapport à l’écriture : j’ai décidé de devenir égoïste, de ne plus me prendre la tête sur mon travail, de ne plus prendre en compte les avis des lecteur·ices non plus. Possible même qu’un jour, je décide de ne plus publier les histoires du Grand Projet.

C’est pour toutes ces raisons que je ne me considère plus vraiment comme une autrice. Parce que je ne fais partie de rien, parce que l’on ne me considère pas comme telle. Je ne peux pas me considérer comme écrivaine si l’on ne lit pas mes livres. J’ai donc décidé, par un biais mental, une sorte de hack, de ne plus accorder autant d’importance à ça, d’aborder mes histoires et mes livres comme je le fais pour mes bijoux, comme des objets artisanaux fabriqués avec le cœur. Je considère que je n’ai plus rien à prouver avec mes histoires (enfin, celles que j’auto-édite, parce que les autres, c’est une autre crèmerie) et je ne cherche plus l’approbation de qui que ce soit. Je n’ai jamais cherché l’approbation et la validation des autres quand j’ai fabriqué et vendu mes bijoux, alors pourquoi je devrais le faire avec mes livres ? Je vais donc continuer de faire mes trucs dans mon coin sans penser à tout ça (et ça marche, puisque depuis que je l’ai décidé, les périodes de doute se font plus rares), et partager mes histoires avec celles & ceux qui les aiment. C’est-à-dire en les publiant sur papier mais sans prise de tête (pas de précommande, pas de lancement officiel, pas de SP à envoyer, pas de chroniques à aller chercher) et en les proposant sur Wattpad. Quelque part, il n’y a que là-bas que j’ai l’impression qu’on les apprécie pour ce qu’elles sont. Il y a toujours ces quelques projets que je destine à l’édition classique mais rien qui ne soit sûr à 100 %, parce que rien n’est sûr à 100 % là-dedans (c’est un autre sujet, et j’en parlerai peut-être plus tard).

Pour finir, je laisse de côté volontairement tout ce qui est en rapport avec la qualité des textes, ce qui reste subjectif. Vous savez, si vous me lisez, que je mets beaucoup de soin à la fabrication de mes livres (couvertures, impression, mise en page), ainsi qu’à la correction. Pour le reste, la qualité de mes histoires ou de ma plume, ça ne me regarde plus. Le manque de ventes, de visibilité et de considération a fini par me faire croire que j’étais mauvaise (je le suis peut-être pour de vrai !) et je ne veux plus me prendre la tête avec ça. En fin de compte, le talent (ou son absence) n’a plus aucune importance aujourd’hui.

 

Bref, voilà pour le bilan ! Un peu amer, certes, mais le livre est un milieu très paradoxal et pas facile à appréhender. On sacralise la littérature, mais on refuse de l’envisager en dehors du prisme de l’édition tout en portant aux nues l’art, la diversité et l’imagination ; on réclame de la culture pour toutes & tous mais on reste sélectif à mort. Moi, ça fait longtemps que j’ai oublié l’idée de comprendre comment ça marchait :)

N’hésitez pas si vous avez des remarques ou des questions. La discussion reste ouverte :) *

(jusqu’à un certain point. À la moindre prise de bec, je ferme les commentaires)

Et les livres, alors ?

Voilà quelques mois, j’ai décidé de ne plus faire d’auto-édition.

Bon, en vrai, j’ai surtout d’arrêter de croire que je vends des livres. Ça m’a permis de retrouver beaucoup de tranquillité d’esprit. Vous n’imaginez pas à quel point.

J’ai été très déçue par cette expérience, pour être honnête. Peut-être que j’en ferai un bilan plus tard, histoire de faire tomber l’amertume (je me dis souvent que je ne dois pas être faite comme tout le monde puisque ça avait l’air si génial et si facile… De mémoire, je ne connais qu’une seule personne qui a laissé tomber). Bref, ça m’a gavée. Et moi, les trucs qui me gavent, je les vire. La vie est trop courte pour se prendre la tête.

(il va sans dire que cette ligne de conduite m’a sans doute fermé des portes – et en fermera d’autres à l’avenir. C’est comme ça, et je me suis fait une raison)

Bref. Depuis que j’ai décidé d’arrêter l’auto-édition et de reprendre la fabrication de bijoux (ils sont là, il en reste encore pleeeeein dans la boutique !), je n’ai pas arrêté d’écrire, loin de là. Je n’en ai pas l’intention, d’ailleurs. J’ai écrit depuis tout plein de petites histoires, ainsi qu’un roman ; dans les prochaines semaines, je m’attellerai à la correction de Clairvoyants, le tome 3 de TOWN.

Au départ

Je n’ai pas l’intention d’arrêter d’écrire, mais je me demande toujours quoi faire de ces textes. Parce que si je compte bien vous proposer de lire Clairvoyants, ainsi que Sinteval, la suite d’Elisabeta, je ne suis toujours pas décidée pour tous les autres livres que j’ai prévu d’écrire, ceux qui doivent poursuivre mon Grand Projet… Je vous avoue que j’envie celles & ceux qui écrivent pour eux-mêmes, sans intention de publier, parce que je n’en ai jamais été vraiment capable. Il a toujours fallu que je partage (mon rêve était d’être une écrivaine reconnue, si vous vous rappelez bien), je n’ai jamais écrit dans l’optique de garder ça pour moi. Encore plus aujourd’hui, puisque je vous ai montré mon histoire intérieure, mon multivers, mon journal intime romancée. Je vous en ai montré une partie, le premier tiers peut-être, et ce serait vraiment dommage que vous ne sachiez rien des deux tiers restants, que vous ne découvriez pas le fin mot de l’histoire. Surtout, il y a quelques personnes, peut-être une dizaine, qui lisent mes histoires depuis le début et je m’en voudrais de les empêcher de découvrir la suite (je vous aime, gens-qui-êtes-là-depuis-le-début). Alors, quitte à écrire pour soi, autant en faire profiter celles & ceux qui aiment vraiment mes histoires.

Mais ça n’a pas été évident de trouver comment.

(suite…)

Stop

Ça fait un bout de temps que ça se profile, j’ai repoussé ça le plus possible et maintenant, je pense qu’il est temps : je vais arrêter d’auto-éditer mes livres. Après le tome 3 de TOWN, mes publications personnelles seront donc mises en pause pour une durée indéterminée.

J’ai déjà parlé des raisons dans ce long billet. Pour le reste, j’ai eu la confirmation hier que je perdais mon temps, en testant quelque chose avec Onirophrénie : le livre a été disponible gratuitement sur Amazon, et il y a eu trois fois plus de téléchargements gratuits en 24h que de ventes en un mois et demi. En testant cette offre gratuite, j’ai voulu voir si le fait de ne faire quasiment aucune vente était lié à un manque de visibilité sur les réseaux sociaux (il n’y a eu qu’un seul tweet pour annoncer la gratuité du livre, contre des dizaines (+ les partages d’autres personnes) avant, pendant et après sa parution), ou un manque d’intérêt de la part d’éventuel·les lecteur·ices. Conclusion : ce n’est pas un manque de visibilité, c’est certain ; quant à l’intérêt des lecteur·ices, je ne sais pas vraiment quoi en penser. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que personne ou presque ne semble vouloir acheter mes livres.

Or, je ne vis pas d’amour et d’eau fraîche, ni de visibilité, ni de lectures. Vendre mes livres devait être mon travail et actuellement, mon salaire net s’élève à 70 € par mois (selon mon bilan comptable du premier trimestre 2018). Aucun de mes livres n’a dépassé les 25 exemplaires vendus (à l’exception de Notre-Dame de la mer et du Chat qui avait peur des ombres) (c’est différent pour ce dernier). Je pensais que c’était un défaut de communication ou de promotion ; mais j’ai eu la preuve hier qu’en réalité, un livre auto-édité n’avait pas de valeur, puisqu’il n’est intéressant que lorsqu’on peut le télécharger gratuitement. Manifestement, #PayeTonAuteur ne concerne que les auteur·ices publié·es dans des maisons d’édition.

J’en suis arrivée à penser que mon travail était mauvais, que je n’étais pas une vraie écrivaine, et que mes histoires n’avaient pas de valeur. La manipulation opérée par les réseaux sociaux (le manque de visibilité et l’incitation à en vouloir toujours plus) conduit à ça, c’est certain. Mais ce n’est pas tout. L’auto-édition aussi est un milieu impitoyable bien dans l’air du temps, qui fait miroiter que tout le monde y a sa place alors que c’est absolument faux. Si l’on n’a pas de communauté solide (et nombreuse) derrière soi, on n’est rien. Peut-être que je suis réellement mauvaise et que mes histoires n’ont pas leur place là-dedans. Mais bon, ça c’est un autre problème. Je réalise simplement que l’auto-édition n’est pas faite pour moi.

Je vais continuer à écrire, ça oui. J’ai d’autres projet, que je destine à l’édition classique (parce que je n’ai jamais vraiment tenté ma chance) (on ne sait jamais, sur un malentendu). Mais mon Grand Projet, je vais le garder pour moi. Je ne pense pas qu’il ait sa place dans une (ou plusieurs) maison(s) d’édition, alors à moins que je me trompe… je l’écrirai juste pour le plaisir. Rien n’est définitif non plus car si les cieux sont de nouveau favorables, il n’est pas exclu que je retente ma chance mais pour le moment, il n’y aura plus de livre auto-édité après le tome 3 de TOWN.

 

Ensuite :

  ce tome 3 sera publié quand il sera prêt (septembre, logiquement, même si je ne me presse plus). J’avais aussi parlé d’un projet-lié-à-Town, mais ce dernier ne sera pas publié.

  le site sera un peu remanié, et il est possible que je poste moins.

   Onirophrénie, ce roman qui représentera mon plus grand regret, sera dépublié d’Amazon lorsque j’arriverai à la fin des trois mois de KDP Select (mi-juin, je crois). Il ne sera pas publié sur Kobo.

   je laisse ma boutique ouverte jusqu’à la fin de l’année, où vous pouvez encore acheter mes livres papier. Il reste encore BEAUCOUP de stock à écouler, ce qui fait que je ne lancerai pas de nouveaux tirages en cas de rupture de stock, à l’exception de Tueurs d’anges et d’Oracles (parce que le tome 3 de TOWN arrive). Sachez par contre que si vous voulez Onirophrénie, il n’en reste plus que deux. Les livres papier sont encore disponibles sur Lulu.com et Amazon.

   bien entendu, la suite du Chat qui avait peur des ombres est toujours au programme.

 

Pour finir, je voudrais remercier les quelques fidèles qui me suivent et achètent mes livres depuis le début. Je suis désolée de laisser tomber car je sais que vous aimiez mes livres, c’était le plus bel encouragement. Possible que je vous partage la suite de mon Grand Projet en privé, si je trouve comment organiser ça :)

 

Mon p’tit journal d’écriture

Voilà fait plusieurs fois que j’évoque ici mon journal d’écriture, comme dans ce billet (où je vous montre mes carnets) ou celui-ci, et j’avais promis d’en parler plus en détails lorsque j’aurais un peu de recul. C’est maintenant chose faite ! Petite remarque avant de commencer : je vous montre ici un de mes outils, qui est personnel et qui me convient à moi. Ça peut très bien ne pas vous convenir, tout comme vous pourriez très bien ne pas y voir d’utilité.

Pourquoi un journal d’écriture ?

On parle souvent de ces bêtes-là sur les blogs d’auteur·ices, tout comme le bullet journal (on fusionne souvent les deux). En fait, un journal d’écriture, c’est ce que vous voulez : vous y mettez tous les trucs dont vous avez besoin pour écrire vos histoires (avancée, remarques, humeur, idées, inspirations…) et pour les planifier.

Jusqu’à il y a peu de temps, je n’avais pas de carnets, et puis j’ai changé d’avis à cause de mon Grand Projet. Je ne voyais pas non plus l’utilité de tenir un journal, pour une simple et bonne raison : planifier des trucs à l’avance me gonfle et, de plus, ça ne me sert à rien (je n’utilise pas d’agenda ni de calendrier). En revanche, je note toujours mes avancées quand j’écris, je suis même un peu obsessionnelle avec les chiffres et les statistiques. En partant de ça, je me suis rendu compte que tenir un journal pour y noter des trucs en amont ne me convenait pas ; par contre, pour y consigner des choses en aval, ça pouvait être utile.

Je me suis décidée lorsque j’ai découvert le principe de la boîte à doutes de Marie Caillet. En voilà une idée géniale ! Écrire un roman n’est pas un long fleuve tranquille et l’on rencontre beaucoup de difficultés, de doutes, de questionnements sur son travail. Pas d’un point de vue strictement littéraire, d’ailleurs, puisque l’on peut s’interroger sur son rapport à l’écriture, à l’édition, à son œuvre en général, et pas seulement à propos du texte sur lequel on est en train de travailler. Du coup, j’ai adopté l’idée.

Mon joli journal à moi

Les deux jolis ❤

Je me suis lancée en janvier pour profiter de la nouvelle année, avec ce joli carnet rose avec un attrape-rêves acheté lors de mes vacances en Belgique (à Maisons du monde) (temple de la perdition qui me donne envie d’acheter la moitié des trucs qu’ils vendent). J’attaquais la correction dIl neige sur Érèbe, c’était donc l’occasion rêvée de tester.

Entre-temps, ma copine Marie m’a offert un autre carnet de la même gamme, tout blanc cette fois, et je me le réserve pour quand le premier sera terminé ❤

Dedans, comme vous pouvez le voir, c’est sans fioritures ; par contre, c’est la fête aux fluos et au correcteur (pas le temps de m’amuser à dessiner, à décorer, ou même à écrire proprement, le seul truc que je demande à ce carnet, c’est d’être efficace et utile).

 

(suite…)

En vrac (billet de meuf fatiguée)

Ayant terminé la rédaction de mon roman Clairvoyants hier, je devrais être en train de commencer les premières retouches, faire les ajustements, couper-coller des passages, petit boulot tranquille avant d’entamer la toute première lecture (sans doute l’étape que je préfère, qui consiste à découvrir son roman pour la première fois). Sauf que non. J’ai pas envie.

Clairvoyants a été compliqué à démarrer : si je compte toutes les versions, peu importe les titres que ce roman a eu (Passeurs ou Clairvoyants), sa place dans la série TOWN (3e et dernier tome, ou 3e & 4e), j’en suis sans doute à 4 ou 5. Ça n’a rien d’exceptionnel quand on écrit un roman, j’en conviens, mais ça, ça ne m’arrive jamais. J’ai longtemps eu l’impression de faire fausse route avec ce texte parce que j’ai longtemps eu l’impression que je m’étais trompée avec cette histoire. Il n’y aurait jamais dû y avoir trois tomes. Ça n’aurait pas dû être une série. Beaucoup de mauvais choix ont été faits avec Tueurs d’anges, pour tout vous avouer, et si c’était à refaire, je ne le ferais pas comme ça. Lorsque je l’ai réalisé, ça m’a soulagée dans un sens, et j’ai pu enfin faire un tri dans mes idées et me dire : OK, tu t’es gourée mais on s’en fout, maintenant tu finis. C’est donc ce que j’ai fait (il n’y a rien que je déteste plus qu’un boulot, un projet, une entreprise inachevée) (chez moi ou chez les autres, d’ailleurs). Aujourd’hui j’ai dans les mains un joli roman de plus de 550 000 signes, certes brut de fonderie, mais il est là, il est terminé. Ce qui veut dire aussi que TOWN est terminé, et ça, ça me donne envie de déboucher le champagne, parce que ça m’a paru interminable, compliqué, pénible à gérer. Plus JAMAIS je n’écrirai de série.

Ce roman a été l’occasion pour moi de tester cette petite chose bizarre que l’on appelle un journal d’écriture. En gros, chaque jour, j’y note mon avancée (temps passé, nombre de signes écrits, nombre de signes total) (je suis un peu obsédée des statistiques quand j’écris) ainsi que mon état d’esprit du jour, les difficultés rencontrées et les accomplissements, les remarques pour la relecture et la correction, ce genre de choses (si vous voulez, je vous en reparlerai). En relisant rapidement les pages de ce journal pour faire la liste des remarques destinées à la relecture, je me suis rendu compte que je disais tout le temps la même chose, au début : j’ai du mal, je ne vais pas y arriver, c’est de la merde. Puis ça a évolué en : fais-le pour toi, bordel, on s’en fout pour le moment, c’est ton taf, ça te regarde, écris pour toi. Et sur la fin, j’arrivais à être satisfaite de ce que j’écrivais, à croire en ma propre histoire, et, truc de ouf, à m’amuser. Pour résumer : il a fallu atteindre les 2/3 du texte pour que je m’amuse enfin, et ce qui a déclenché tout ça, c’est une idée en l’air qui est vite devenue une idée fixe : arrêter de publier mes histoires.

(suite…)