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Derrière la plume

Auto-édition : le bilan

Edit du 8 octobre : j’ai ajouté à la fin de ce billet un tableau qui comptabilise le nombre de ventes de mes bouquins, pour vous faire une idée.

 

Voilà un bout de temps que j’ai envie d’écrire un tel billet, mais le manque de temps n’aidant pas, ainsi que la difficulté à mettre mes idées en ordre, je n’ai fait que repousser. C’est maintenant chose faite ! Merci de bien vouloir noter que tout ce que je raconte ici n’est que ma propre opinion. Je ne balance pas de vérité, je parle uniquement de mon expérience et de comment je perçois tout ça.

Chui pas positive

Mon ressenti sur l’expérience de l’auto-édition, que je pratique depuis quelques années maintenant (mon premier livre auto-édité, Le Rêve du Prunellier, est paru en 2013), n’est pas particulièrement positif. J’en viens souvent, même, à me demander si j’ai bien fait de me lancer là-dedans, ou du moins de continuer après le Prunellier : l’orientation de mes histoires et la création du Grand Projet découlent totalement de la décision prise de publier moi-même mon travail. Sans ça, j’aurais sans doute écrit des trucs mais je n’aurais rien relié ensemble, et mes univers auraient été complètement différents. Je ne regrette pas vraiment en ce qui concerne le Grand Projet en lui-même, qui s’assimile à l’œuvre d’une vie et qui me fait voyager avec des personnages que j’aime vraiment ; en revanche, je regrette pour ce qui est de la carrière littéraire dont je rêvais quand j’étais adolescente, puisque je sais à présent que je ne deviendrai jamais une écrivaine reconnue (j’en ai parlé ici, si vous voulez (re) lire).

J’ai réalisé avec le temps qu’il existait beaucoup de carcans autour de la littérature, notamment en France. Le livre est sacralisé au point qu’une œuvre écrite n’a aucune valeur si elle n’a pas été publiée (au sens large), principalement sur papier (le numérique only ne suffit pas), et par une maison d’édition. Le reste peut éventuellement gagner sa validation d’œuvre écrite dans le cas, par exemple, d’un livre auto-édité qui se vendrait à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, qui attirerait l’attention d’un éditeur, ou d’une histoire sur Wattpad qui recevrait plusieurs millions de lectures. Attention, je sais parfaitement faire la différence entre la qualité d’une œuvre et son succès commercial. Ce que je veux dire par ici, c’est que dans le cas d’un livre qui n’a pas été adoubé par un éditeur, la qualité et le succès se mélangent, au point que le second définit souvent le premier. Du moins, le succès donne sa légitimité au livre qui ose exister sans éditeur.

C’est bien là le souci, à mon humble avis. Faisons un parallèle : j’ai fait de l’illustration pendant pas mal d’années, et comme beaucoup d’illustrateur·ices, j’ai montré mes dessins sur un site personnel, sur DeviantART et sur diverses galeries en ligne. Une illustration faite pour le plaisir ne rencontre pas de soucis de légitimité, même si elle n’a pas été commandée par quelqu’un ou publiée ; elle existe en temps qu’illustration, et l’on ne peut retirer sa légitimité à l’artiste qui l’a réalisée (il ou elle est peintre, illustrateur·ice, dessinateur·ice, etc). Par contre, l’écrivain·e qui se contente de partager son texte sur son blog ou sur Wattpad n’est pas véritablement légitime puisqu’il n’y a pas de « vraie » publication derrière. C’est un roman, certes, ou une nouvelle, mais le texte ne revêt pas son statut d’œuvre littéraire, et son auteur·ice n’apparaît pas légitime aux yeux des autres. C’est pour ça que je dis qu’une œuvre écrite se doit d’être au moins publiée, avec un acte marchand derrière car la gratuité ne lui donne pas de légitimité.

Certes, on aura beau dire qu’on s’en fiche de l’avis des autres, que l’on n’a pas à être validé·e par qui que ce soit et que l’on peut parfaitement faire ses bidouilles dans son coin. Mais la société est comme elle est et nous ne pouvons pas la changer aussi vite que nous le voudrions. Et comme je n’avais jamais envisagé d’écrire seulement pour moi, j’ai eu toutes les peines du monde à échapper à cette logique. C’est plus ou moins chose faite maintenant, mais au prix de chialades, de doute, et d’une reprogrammation mentale qui me fait dire que je ne vends plus de livres mais des histoires. Quelque part, je ne me considère plus comme une autrice.

Attention, encore une fois : ici, je ne fais que partager mon ressenti.

Start-up nation

En quelques années, j’ai pu assister à l’évolution de l’auto-édition, de ses auteur·ices, de ses pratiques et de l’image qu’on en a. Et je n’ai pas envie de me la jouer vieille conne mais clairement, c’était mieux avant. À l’époque où j’ai sorti Le Rêve du Prunellier, l’auto-édition était encore considérée comme une curiosité pas bien méchante et il suffisait d’écrire pas trop mal pour sortir du lot et être lu·e. Autant le dire tout net : la plupart de celles & ceux qui ont lu (et chroniqué) Le Rêve du Prunellier sont aussi celles & ceux qui ont refusé de lire de l’auto-édition un ou deux années plus tard.

Avec le temps, les choses ont évolué, et je ne peux pas m’empêcher d’établir un parallèle avec ce qu’est devenu notre société avec le temps : la start-up nation y a mis son grain de sel. L’idée très illusoire que tout le monde a sa chance (non !), et qu’il faut se vendre pour réussir. Alors, se vendre, je veux bien : nous le faisons toutes & tous depuis très longtemps pour montrer aux autres ce que nous faisons, et ça passe par les réseaux sociaux, les sites personnels, etc. Mais aujourd’hui, nous en sommes arrivé·es à un stade où il faut devenir chef·fe d’entreprise, community manager et expert en marketing pour vendre ses bouquins (et pas seulement ses bouquins, ça marche pour tout). Or, si j’avais voulu faire ça, je serais devenue cheffe d’entreprise, community manager ou experte en marketing. Je ne me serais pas aventurée dans ce monde étrange qu’est l’auto-édition, je n’aurais pas écrit moi-même. Mon boulot, c’est d’écrire, ça n’a jamais été que ça. Vous me direz alors que l’auto-édition n’est pas faite pour moi, et je vous rétorquerai qu’il y a quelques années, la situation n’était pas la même et nous n’en étions pas à ce stade.

Entre nous (c’est le temps qui s’enfuit qui s’en fout)

Paradoxalement, monter des campagnes publicitaires sur les réseaux sociaux, faire du branding et accroître sa communauté en ligne ne sert qu’à toucher les gens qui lisent de l’auto-édition, et pas les autres. Soit une poignée de lectrices & lecteurs qui n’ont pas froid aux yeux, des blogueuses & blogueurs qui ne lisent quasiment que ça… et les autres auteur·ices auto-édité·es. Sorti de ce microcosme, il est difficile de se faire connaître car l’on se heurte à la méfiance (parfois légitime) des autres blogueuses & blogueurs, qui ont pour la plupart bien plus de public, ou les bookstagrameuses et les bootubeuses (vous m’excuserez, je mets tout au féminin à partir de maintenant parce que la majorité de ces personnes sont des femmes). Il est aussi difficile d’atteindre les libraires et les médias (journaux, revues, webzines) qui proposeront des critiques littéraires (déjà que ce n’est pas évident de trouver des critiques de livres SFFF, alors de l’auto-édition…), ainsi que les autres auteur·ices, les « vrai·es » cette fois (l’usage du « vrai » en opposition à « l’auto-édité » est parfaitement assumé et totalement sarcastique. Parce que véridique, quelque part).

Pourtant, c’est le soutien des « vrai·es » qui est primordial là-dedans. J’ai envoyé des dizaines de SP un peu partout, dont beaucoup de papier pour certains titres, ce qui m’a coûté cher. Et les chroniques qui en sont sorties n’ont donné aucune vente supplémentaire (bon, allez, peut-être deux ou trois) ; de même, la promo gratuite d’Onirophrénie sur Amazon n’a strictement rien donné puisque le livre a été téléchargé je ne sais combien de fois, et non seulement je n’ai eu aucune vente supplémentaire après, mais il n’y a eu aucun retour (pas de chronique, pas d’avis, même pas un « j’ai lu ton livre » ou un avis sur Amazon). L’argent et le temps dépensés là-dedans ne servent à rien puisque le seul moyen de gagner un peu de visibilité, c’est quand un·e libraire, un·e vrai·e auteur·ice ou une blogueuse qui ne fait pas d’auto-édition parlent des livres en question. De ma propre expérience, le livre qui a eu le plus de succès chez moi, c’est Notre-Dame de la mer, et ce pour une bonne raison : il a été mis en avant par un libraire (coucou Xavier !). Juste un seul, et ça a suffi pour que le livre s’écoule à pas loin d’une centaine d’exemplaires (j’avoue que je n’ai pas tenu les comptes). Aucun de mes autres livres n’a eu la même mise en avant, et les ventes vont d’une quinzaine d’exemplaires papier pour Onirophrénie, et peut-être trente ou quarante pour Elisabeta. Honnêtement, vu le travail et le temps passé, ça ne vaut absolument pas le coup. Ce n’est pas viable si on aborde le truc comme une entreprise, et je ne vois pas pourquoi je devrais continuer, même par amour de l’art et de la littérature. Ne déconnons pas.

C’est pour moi le cœur du problème : la légitimité. Les auto-édité·es restent entre elleux, peut-être par volonté de rester à part, mais aussi parce qu’il existe des murs de verre en plus du fameux plafond. Je suppose que les mauvais comportements de certain·es auto-édité·es n’aident pas, tout comme la qualité relative d’un certain nombre de livres. Mais je suis persuadée que ça ne fait pas tout, parce que peu de gens envisagent qu’un livre puisse exister sans passer par le prisme de l’éditeur. L’on s’est moqué d’Aurélie Filippetti lorsqu’elle a dit « Tous les livres ne sont pas des livres, c’est l’éditeur qui fait la littérature« , mais s’il vous plaît, soyez honnêtes : vous êtes d’accord avec elle. Les livres auto-édités ne sont pas de « vrais » livres. Point barre.

Vous voulez que je vous dise pourquoi je ne fais plus de dédicaces (entre autres raisons) ? Parce que j’ai déjà vu des gens regarder mes bouquins et les reposer ensuite avec un air presque dédaigneux lorsqu’ils réalisent qu’il n’y a pas de maison d’édition derrière. Ils ne cherchent même pas à savoir ce que ça raconte. On ne peut pas plaire à tout le monde, certes, mais je ne supporte plus le mépris.

C’est personnel

Alors après tout ça, vous allez me dire : ouais, mais ce que tu racontes, c’est parce que ça n’a pas marché pour toi. Hey, no shit Sherlock, c’est un bilan perso ! C’est tant mieux si l’expérience est plus satisfaisante chez les autres, je suis heureuse pour elleux. Tout ce qui permet de donner ses lettres de noblesse à la littérature indépendante me plaît (et c’est d’ailleurs pour cette raison que je continue de poster mes histoires sur Wattpad, parce que c’est bien beau de taper sur le site en disant qu’il contient de la merde, mais il restera tel qu’il est si on n’y poste pas des trucs plus qualitatifs, voyez). Après, ça n’a pas marché pour moi, et sans doute pour plusieurs raisons :

  • je n’écris pas des trucs à la mode (ni romance ni érotique, c’est ce qui fonctionne)
  • je préfère consacrer mon temps à écrire qu’à faire du marketing et du branding (dingue, hein)
  • je n’ai jamais eu une grande communauté
  • j’écris sans doute de la merde et je ne mérite pas plus

Tous les métiers ne nous correspondent pas. Par exemple, je n’ai ni patience ni pédagogie et je suis mal à l’aise face à des enfants, alors je ne vais pas décider de devenir prof. Ici, si être écrivain·e consiste à devoir faire du marketing et de la promotion, alors je ne suis pas faite pour ce métier non plus (j’ai toujours pensé qu’être écrivain·e consistait à écrire, c’était peut-être naïf de ma part).

Certes, je suis déçue, je l’ai déjà écrit pas mal de fois sur mon blog. J’ai tenté l’aventure, qui démarrait pas trop mal, mais ça a empiré avec le temps. Je reste avec une sensation d’échec assez cuisante que j’ai encore du mal à faire partir, et ça a conditionné un certain nombre de choses sur mon rapport à l’écriture : j’ai décidé de devenir égoïste, de ne plus me prendre la tête sur mon travail, de ne plus prendre en compte les avis des lecteur·ices non plus. Possible même qu’un jour, je décide de ne plus publier les histoires du Grand Projet.

C’est pour toutes ces raisons que je ne me considère plus vraiment comme une autrice. Parce que je ne fais partie de rien, parce que l’on ne me considère pas comme telle. Je ne peux pas me considérer comme écrivaine si l’on ne lit pas mes livres. J’ai donc décidé, par un biais mental, une sorte de hack, de ne plus accorder autant d’importance à ça, d’aborder mes histoires et mes livres comme je le fais pour mes bijoux, comme des objets artisanaux fabriqués avec le cœur. Je considère que je n’ai plus rien à prouver avec mes histoires (enfin, celles que j’auto-édite, parce que les autres, c’est une autre crèmerie) et je ne cherche plus l’approbation de qui que ce soit. Je n’ai jamais cherché l’approbation et la validation des autres quand j’ai fabriqué et vendu mes bijoux, alors pourquoi je devrais le faire avec mes livres ? Je vais donc continuer de faire mes trucs dans mon coin sans penser à tout ça (et ça marche, puisque depuis que je l’ai décidé, les périodes de doute se font plus rares), et partager mes histoires avec celles & ceux qui les aiment. C’est-à-dire en les publiant sur papier mais sans prise de tête (pas de précommande, pas de lancement officiel, pas de SP à envoyer, pas de chroniques à aller chercher) et en les proposant sur Wattpad. Quelque part, il n’y a que là-bas que j’ai l’impression qu’on les apprécie pour ce qu’elles sont. Il y a toujours ces quelques projets que je destine à l’édition classique mais rien qui ne soit sûr à 100 %, parce que rien n’est sûr à 100 % là-dedans (c’est un autre sujet, et j’en parlerai peut-être plus tard).

Pour finir, je laisse de côté volontairement tout ce qui est en rapport avec la qualité des textes, ce qui reste subjectif. Vous savez, si vous me lisez, que je mets beaucoup de soin à la fabrication de mes livres (couvertures, impression, mise en page), ainsi qu’à la correction. Pour le reste, la qualité de mes histoires ou de ma plume, ça ne me regarde plus. Le manque de ventes, de visibilité et de considération a fini par me faire croire que j’étais mauvaise (je le suis peut-être pour de vrai !) et je ne veux plus me prendre la tête avec ça. En fin de compte, le talent (ou son absence) n’a plus aucune importance aujourd’hui.

 

Bref, voilà pour le bilan ! Un peu amer, certes, mais le livre est un milieu très paradoxal et pas facile à appréhender. On sacralise la littérature, mais on refuse de l’envisager en dehors du prisme de l’édition tout en portant aux nues l’art, la diversité et l’imagination ; on réclame de la culture pour toutes & tous mais on reste sélectif à mort. Moi, ça fait longtemps que j’ai oublié l’idée de comprendre comment ça marchait 🙂

N’hésitez pas si vous avez des remarques ou des questions. La discussion reste ouverte 🙂

 

 

Et les livres, alors ?

Voilà quelques mois, j’ai décidé de ne plus faire d’auto-édition.

Bon, en vrai, j’ai surtout d’arrêter de croire que je vends des livres. Ça m’a permis de retrouver beaucoup de tranquillité d’esprit. Vous n’imaginez pas à quel point.

J’ai été très déçue par cette expérience, pour être honnête. Peut-être que j’en ferai un bilan plus tard, histoire de faire tomber l’amertume (je me dis souvent que je ne dois pas être faite comme tout le monde puisque ça avait l’air si génial et si facile… De mémoire, je ne connais qu’une seule personne qui a laissé tomber). Bref, ça m’a gavée. Et moi, les trucs qui me gavent, je les vire. La vie est trop courte pour se prendre la tête.

(il va sans dire que cette ligne de conduite m’a sans doute fermé des portes – et en fermera d’autres à l’avenir. C’est comme ça, et je me suis fait une raison)

Bref. Depuis que j’ai décidé d’arrêter l’auto-édition et de reprendre la fabrication de bijoux (ils sont là, il en reste encore pleeeeein dans la boutique !), je n’ai pas arrêté d’écrire, loin de là. Je n’en ai pas l’intention, d’ailleurs. J’ai écrit depuis tout plein de petites histoires, ainsi qu’un roman ; dans les prochaines semaines, je m’attellerai à la correction de Clairvoyants, le tome 3 de TOWN.

Au départ

Je n’ai pas l’intention d’arrêter d’écrire, mais je me demande toujours quoi faire de ces textes. Parce que si je compte bien vous proposer de lire Clairvoyants, ainsi que Sinteval, la suite d’Elisabeta, je ne suis toujours pas décidée pour tous les autres livres que j’ai prévu d’écrire, ceux qui doivent poursuivre mon Grand Projet… Je vous avoue que j’envie celles & ceux qui écrivent pour eux-mêmes, sans intention de publier, parce que je n’en ai jamais été vraiment capable. Il a toujours fallu que je partage (mon rêve était d’être une écrivaine reconnue, si vous vous rappelez bien), je n’ai jamais écrit dans l’optique de garder ça pour moi. Encore plus aujourd’hui, puisque je vous ai montré mon histoire intérieure, mon multivers, mon journal intime romancée. Je vous en ai montré une partie, le premier tiers peut-être, et ce serait vraiment dommage que vous ne sachiez rien des deux tiers restants, que vous ne découvriez pas le fin mot de l’histoire. Surtout, il y a quelques personnes, peut-être une dizaine, qui lisent mes histoires depuis le début et je m’en voudrais de les empêcher de découvrir la suite (je vous aime, gens-qui-êtes-là-depuis-le-début). Alors, quitte à écrire pour soi, autant en faire profiter celles & ceux qui aiment vraiment mes histoires.

Mais ça n’a pas été évident de trouver comment.

(suite…)

Pas le temps d’niaiser

Depuis quelques semaines (ou quelques mois ?), je me suis attelée à une vaste réflexion qui me pousse à élaguer tout ce qui parasite mon activité. Je n’ai pas le temps d’niaiser, et pourtant, force est de constater que je perds beaucoup trop de temps à réfléchir ma com, l’avenir des réseaux sociaux ou que sais-je encore (et nous sommes nombreux dans ce cas-là. Je crois qu’un truc est en train de se passer). Je devrais être en train d’écrire, là.

Plusieurs billets ont alimenté ma réflexion, dont cette série d’articles parlant d’antipromotion, ou comment la promotion n’aide pas à vendre ses livres. Cette série a été écrite par Jeanne, qui est autrice et éditrice, et dont l’approche assez analytique des choses me plaît particulièrement (je sais qu’il existe énormément d’auteur·ices anglophones qui partagent leurs réflexions sur le sujet, mais mon anglais est insuffisant).

Pourquoi…

J’ai toujours voulu vivre de ma plume mais je crois que, petit à petit, je suis en train de me faire une raison : ça n’arrivera sans doute pas, ni aujourd’hui ni plus tard, pour plein de raisons différentes. J’ai donc changé ma trajectoire : je termine d’écrire mon Grand Projet, et je raccroche ensuite mon clavier pour me consacrer à autre chose, en espérant que le besoin d’écrire se soit estompé et que je n’aie plus rien à dire (on peut toujours rêver, hein). Mais j’ai trop investi — mon temps, ma tranquillité d’esprit et mon argent — pour ne pas aller au bout de ce Grand Projet, alors autant aller au bout.

Voilà les raisons principales :

  • Je m’y prends mal pour me vendre
  • Nous sommes très (trop ?) nombreux
  • Mon travail ne vous intéresse tout simplement pas

Ce n’est pas (trop) grave et c’est quelque chose que je dois moi-même accepter. Par chance, aujourd’hui, je ne perds pas d’argent en vendant mes livres. Enfin, correction : je ne perds pas d’argent stricto sensu, c’est-à-dire que le CA de mon auto-entreprise est toujours positif, mais cela concerne uniquement le fait de vous vendre du papier. Parce que si je prends en compte le fait d’écrire un roman, de le préparer, de le rédiger, de le transformer en livre, là, non, ce n’est clairement pas une activité rentable (dans le sens où je suis rémunérée à hauteur du travail accompli). En moyenne chez moi, un roman  met un an à sortir de terre, entre le moment où je pose le premier mot du plan et celui qui le voit mis en vente sur ma boutique. Cela représente donc un an de boulot pour 15-20 ventes * (et bien entendu, j’ai conscience de me tirer une balle dans le pied en refusant de publier mes livres en numérique, mais il y a eu sans doute plus de livres téléchargés gratuitement que de ventes à l’époque où j’en vendais encore, et si je voulais qu’on me lise gratos, je mettrais tous mes livres sur Wattpad). Alors, oui, j’ai la chance de ne pas être obligée de penser à l’argent. Pouvoir m’adonner à plein temps à ce qui est ma passion/mon besoin  est pour moi la seule chose qui compte actuellement. Je sais que ça peut ne pas durer (parce qu’on ne sait pas ce que la vie nous réserve), alors j’ai pour ordre d’en profiter à 150 %.

Bref, ce petit encart financier étant posé, vous pouvez à présent comprendre que je n’aie ni l’envie, ni le temps, ni le besoin de perdre du temps à faire de la promotion puisqu’en fin de compte, ça ne fonctionne pas plus. Ni les SP, ni les précommandes, ni partager sur les réseaux sociaux, ni proposer des articles de blog, ni mettre ses textes sur Wattpad. Que tchi. Walou.

* Vous pensez que c’est du gâchis ? Je le pense aussi. Mais c’est la seule façon de faire qui me convienne.

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Voyage au pays des carnets

Pour fêter l’arrivée d’un nouveau carnet à la maison (c’est important), je me suis dit que ce serait amusant de vous montrer ceux dans lesquels je note mon Plan de Conquête du Monde. Puis je me suis souvenue que j’en avais exhumé un certain nombre lors d’un gros ménage, donc j’ai voulu vous les montrer aussi. Je suis alors partie dans une séance photo qui a duré une heure…

Ndlr : mes carnets contiennent forcément des spoilers. Du coup, j’ai flouté tous les contenus sensibles, vous pouvez lire ce billet sans crainte, mais les photos sont plus moches.

Ndlr 2 : d’habitude, quand je prends des photos, je gomme les taches sur mon bureau. Là, j’ai eu la flemme (mon bureau est taché parce que c’est là que je fabriquais mes bijoux en béton). Déso pas déso.

Le Mamie Violet

(Carnet Paperblanks Cordouan A5)

Celui-là, c’est le tout premier, celui qui m’a longtemps servi à noter toutes les idées qui me venaient à propos de ma grande histoire (j’ai déjà parlé de ce carnet dans un précédent article). Au début, c’était pratique : toutes mes idées de génie y étaient rassemblées en une sorte de bible en fait, un vrai concentré de jus de cervelle. Sauf que j’y notais tout en vrac et qu’au bout d’un moment, il est devenu inutilisable : rien n’y était vraiment organisé, tout était fouillis, raturé, couvert de correcteur, et débordait de feuilles volantes. Voyant qu’il ne restait plus beaucoup de pages, j’ai acheté un nouveau carnet pour y reporter les idées concernant les textes principaux de ma grande histoire, et j’utilise à présent celui-ci pour noter des idées de nouvelles et de romans secondaires.

Le Mamie Blue

(Carnet Paperblanks Midnight Steel A5)

Le Mamie Blue est mon préféré, déjà parce que ce modèle de Paperblanks est le plus beau, mais aussi parce qu’il contient vraiment mon Plan de Conquête du Monde : c’est dans ce carnet que j’ai reporté les notes concernant les romans principaux dont je parlais un peu plus haut. J’ai découpé le carnet en plusieurs chapitres, un pour chacun de mes ‘cycles’ (voir ici pour les cycles en question), + un chapitre pour le Dernier Roman. Dedans, c’est sobre et tout propre (pas de rature, pas de correcteur, contrairement à son collègue le Mamie Violet), et surtout, c’est bien rangé. On y trouve en vrac : la vraie identité d’Oxyde, un début de plan de Sinteval (la suite d’Elisabeta), des idées de dialogues, toutes les réponses aux questions que vous vous posez, et la finalité de ma grande histoire. Entre autre. Je note la moindre idée intéressante et ensuite, lorsque j’attaque les recherches et le plan d’un roman, je reporte tout sur Scrivener pour le développer en fiches de personnages, de lieux et autres (je ne possède qu’un seul fichier Scrivener qui centralise tout, et qui ressemble à ça).

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Le jeu des questions-réponses (2e partie)

Voici la suite des questions-réponses ! La première partie se trouvait ici, pour rappel. Pas de spoiler pour cette fois, puisque l’on parle de mon rapport à l’écriture de façon générale 🙂

Sur l’écriture

* Que ressens-tu lorsque tu achèves un roman ? Quelle impression cela te laisse-t-il ?
Avant, j’étais complètement effondrée, j’avais l’impression de faire une dépression post-partum. On s’immerge pendant des semaines dans un texte et quand tout finit, on atterrit et on ne sait plus où on est. Il me fallait deux ou trois jours pour m’en remettre.
Maintenant, je ne sais pas trop pourquoi, c’est différent. Sans doute parce que je reverrai plus tard un certain nombre de mes personnages dans des histoires que je n’ai pas écrites. Mais c’est différent selon les romans : certains hantent plus longtemps que les autres, parce que ça dépend des raisons pour lesquelles je les écris.

* tu as été illustratrice avant d’être autrice, comment considères-tu la possible ou non communication de ces deux média aujourd’hui ?
Il y a quelques années, j’avais dans mes cartons pas mal de projets de livres illustrés, où le texte et l’image se côtoient pour raconter une histoire (une BD, mais sans les bulles). Aujourd’hui, ce serait bien trop compliqué et j’ai beaucoup trop de lacunes pour tenter ça, et puis je préfère me consacrer entièrement aux mots.
Je ne ferme pourtant pas la porte à quoi que ce soit : il est possible que je réalise moi-même des illustrations pour les couvertures de me romans, et j’ai récemment (et bien malgré moi) imaginé un projet dans lequel je ferai quelques dessins… Comme quoi, ne jamais dire jamais 🙂

* As-tu remarqué des thématiques particulières qui reviennent régulièrement dans tes écrits, volontairement ou non ?
Il y a plusieurs thématiques qui reviennent, en effet : le deuil et la séparation, la gémellité (et je ne sais pas pourquoi. Un jour je vais apprendre que j’avais un jumeau mort à la naissance, ou un truc du genre). La peur de la mort, aussi : j’ai plusieurs personnages qui vivent des ‘expériences de mort pas si imminentes mais qui viendront quand même‘, et qui en sont terrorisées (comme Ana ou Lili), mais je l’aborde aussi avec la vie éternelle (les vampires avec Elisabeta) et la réincarnation (euh… dans mon histoire globale, en fait). Et ce n’est pas toujours volontaire !

(suite…)