Cogitations

L’avis des autres et moi

Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas blablaté ici (alors que j’aurais sans doute mieux à faire en ce moment, comme… écrire ? Terminer mon plan ? Hum). Il y a ce brouillon de billet dans mon blog depuis des lustres et l’occasion faisant le larron, il est temps de le dépoussiérer.

Note : ce billet sera long et personnel. Je ne parle que de mon cas, ici, et non pas de généralités.

Idris a raison.

S’améliorer grâce à des chroniques ?

Bref. Ça a commencé il y a quelques jours sur Twitter, même si ça fait longtemps que je le vois un peu partout : beaucoup d’auteur·ices interpellent d’autres auteur·ices et leur disent qu’ils et elles ont le droit de ne pas accepter de lire des chroniques négatives de leurs livres, et même que les chroniqueur·ses devraient ne pas les taguer lorsque leur chronique est négative. Pour moi, ça tombe sous le sens : ce n’est pas parce qu’on est écrivain·e qu’on est Super·Wo·Man, bien au contraire ; écrire est difficile, mais à mon avis publier l’est encore plus. C’est un peu comme si on se déshabillait devant des gens, vous voyez ? On est d’accord de le faire, personne ne nous a forcé, mais ça n’en est pas moins compliqué, et parfois embarrassant, et souvent flippant. Surtout si, de plus, vous êtes quelqu’un de sensible/timide/introverti/complexé (ou tout ça en même temps, comme c’est le cas de votre serviteuse… serviteure… servante ?).

Agnès a publié aujourd’hui un article intitulé Cliché #4 : un auteur doit accepter toutes les critiques pour s’améliorer (toute la série d’articles est très chouette, d’ailleurs). Vous devriez lire ce billet avant de poursuivre votre lecture ici mais pour résumer, ça dit qu’il n’y a aucune obligation de prendre en compte les critiques des lecteur·ices pour s’améliorer (en terme de style, de construction, de narration) ; qu’un avis de lecteur·ice est avant tout écrit pour les autres lecteur·ices et que ça ne devrait pas concerner l’auteur·ice s’il ou elle ne le veut pas ; qu’on n’est même pas obligé·e de s’infliger des avis négatifs si on ne se sent pas assez solide pour ça. Pardon my parenthèse mais j’aimerais ajouter un truc là-dessus : tout le monde est d’accord pour dire que les écrivain·es (comme les artistes en général) sont une espèce à part qui vivrait apparemment d’amour et d’eau fraîche, d’inspiration et de talent, avec une muse posée sur l’épaule pour leur souffler ce qui deviendra une œuvre d’art, des êtres hypersensibles et fragiles qu’un souffle de vent pourrait déstabiliser. ET EN MÊME TEMPS l’écrivain·e devrait à tout prix savoir accepter, sans courber l’échine, sans abandonner sa carrière et sans pleurer, le démontage en règle de son livre par un lecteur qui ne l’aurait pas aimé (il en a le droit, je ne dis pas le contraire, mais l’auteur·ice a le droit de chialer aussi, et publiquement s’il ou elle le veut). Moi, ça, je ne comprends pas. Bref.

Cette notion d’amélioration de son travail en fonction des critiques de son travail par son lectorat, j’ai fait comme tout le monde au début : j’ai sauté dedans à pieds joints. Et j’ai fait une connerie.

Étant autrice (j’ai écrit autruche et je trouve qu’il n’y a pas lapsus plus parlant que ça) auto-éditée, je n’ai ni éditeur pour diriger mon livre ni centaines/milliers de lecteurs pour avoir un avis sur mon bouquin (mon lectorat se limite à 20 personnes fidèles qui, pour la plupart, ne me donnent pas leur avis *ceci est un message subliminal très subtil*). Je n’ai que mon œil de lynx hypermétrope et les retours de mon chéri et de mes copines (qui ne sont pas bêta-lectrices, mais vous verrez plus bas) pour savoir plus ou moins ce que vaut mon boulot, en toute subjectivité.

Mais à une époque, j’ai distribué pas mal de services de presse, notamment via Simplement.pro, et j’ai eu quelques retours ma foi sympathiques pour la plupart, et quelques uns un peu déprimants. Souvent, dans ces critiques plus mitigées, on pointait un manque d’action, ou des personnages qui s’apitoyaient un peu trop sur leur sort, parfois trop de dialogue… et je vous le donne en mille, j’ai voulu améliorer ces points. J’ai voulu rentrer dans le vif du sujet dès la deuxième page alors que j’aime bien prendre mon temps à mettre en place mes éléments ; j’ai voulu faire moins parler mes personnages alors que je kiffe ça, les entendre causer ; j’ai voulu faire moins dans la contemplation et plus dans l’action alors que ce n’est pas moi.

Et

Je

Me

Suis

Perdue.

J’ai la particularité de faire partie de ces artistes peu sûr·es d’elleux avec un syndrome de l’imposteur énorme (le mien s’appelle Jean-Michel) (dis bonjour, Jean-Mi) qui m’emmerde tous les jours au point qu’à cette époque, j’ai voulu tout simplement arrêter de publier mes bouquins. Pas d’écrire, hein, parce qu’écrire et publier ce n’est pas la même chose. Toujours à la même époque, je me rendais compte que mon entreprise d’auto-édition était un échec : je n’arrivais pas à vendre plus de 30 exemplaires par titre (c’est toujours le cas), je ne vendais quasiment rien en numérique et je percutais enfin que vendre des livres, c’est un vrai métier (j’en ai parlé ici, dans un billet-bilan sur l’auto-édition). Oui, je sais c’est évident, mais je rappelle que mon premier livre auto-édité était sorti au début de la démocratisation de l’auto-édition et il s’était très bien vendu, j’ai cru naïvement que ce serait encore le cas. En mélangeant tout ça, j’en étais arrivée à me dire qu’en fait, Jean-Mi avait raison d’être là et que j’étais vraiment une impostrice. J’ai nulle. Naze. Retourne à tes bijoux et arrête de te prendre pour une écrivaine.

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