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Dans mes carnets : l'Ombre dans la pluie

Version avec spoiler

Aujourd’hui je vous propose une petite visite dans un de mes carnets, celui qui m’a servi à l’écriture du roman l’Ombre dans la pluie ! Je vous montre comment je m’organise, les étapes de conception du plan et tout un tas de petites choses qui restent généralement secrètes.

Les pages de mon carnet restent telles quelles, c’est-à-dire que je ne les ai pas floutées : le but ici est de tout vous montrer en partant du principe que vous avez déjà lu le roman.

Si vous ne l’avez pas lu, pas de panique : vous pouvez vous rendre sur cette page, qui vous montre exactement la même chose mais avec les spoilers floutés.

Je ne vais pas détailler ma méthode d’élaboration de plan, ici. Par contre, vous pouvez coupler la lecture de ce billet avec celui qui parle justement de ma méthode, qui se trouve là : Comment j’élabore les plans de mes romans.

Le carnet

Le carnet utilisé est un carnet d’une petite boutique américaine, Magic of I, qui m’avait tapé dans l’œil lors d’errances sur Instagram. Je le trouvais parfaitement approprié pour raconter l’histoire d’Oxyde, mon personnage fétiche : du noir et des symboles ésotériques. Au départ je pensais l’utiliser uniquement pour noter des idées qui se rapportaient à Oxyde, la Boîte Noire, la série Quand le soleil s’éteint et même une suite éventuelle du Phare au Corbeau, mais j’ai finalement décidé de travailler mon plan directement dedans, contrairement à mon habitude de bosser dans des cahiers.

La vidéo a été mise en miroir pour éviter les spoilers !

Montez le son, il y a le bruit des pages #ASMR

À l'intérieur

Allons jeter un oeil dedans, maintenant…

Petite remarque : je rappelle que je montre tout ! Si vous n’avez pas lu le roman et que vous avez l’intention de le lire, ne poursuivez pas votre lecture de cette page et rendez-vous à celle qui vous montre le carnet sans les spoilers.

Aussi, vous pourrez peut-être remarquer ceci : certains éléments inscrits dans le carnet n’ont pas été retenus après coup lors de la rédaction du roman ; parfois, les noms de certains personnages ne sont pas les mêmes, etc. La preuve que rien n’est gravé dans le marbre !

Page de garde : une liste de personnages

Au fur et à mesure de l’élaboration de mon plan, j’ai établi une liste des personnages secondaires et tertiaires, de façon à les avoir sous les yeux en permanence. Ce n’est pas toujours facile de les retenir, en particulier quand on mentionne ces noms une seule fois. Vous pourrez peut-être remarquer un point commun parmi ces noms : une grande partie d’entre eux sont des noms et prénoms de personnages de prêtres et/ou d’exorcistes, et d’acteurs qui ont joué ces personnages.

(il faudrait que je vérifie mais il est possible que ces noms ne soient pas exactement les mêmes que dans la version finale du moment. Mais je ne m’en souviens plus car je ne l’ai pas relu depuis sa parution l’année dernière !)

Informations issues d’autres romans

L’Ombre dans la pluie s’attache à raconter la jeunesse d’Oxyde, mon personnage principal, qu’on a déjà croisé dans la série Town. Dans ces romans, j’ai esquissé sa vie et son histoire, et il m’a donc fallu tout relire, prendre des notes et faire en sorte que je n’oublie pas des éléments ou, pire, que je ne crée pas d’incohérences, en particulier temporelles. C’est le risque d’ailleurs quand on manipule autant de personnages sur autant de romans. Du coup, j’ai voulu faire ça bien et récupérer tous ces détails, et pour ça je les ai notés dans le carnet. Il y a une bonne dizaine de pages de ces notes, en plus des idées pour le roman.

Sur cette page, on voit des éléments du roman Oracles. Ce qui est intéressant, c’est que dans le premier jet de l’Ombre, le personnage de Fatima, l’amie d’Oxyde, y est bien plus présente, mais j’ai trouvé assez compliqué de la garder en fin de compte. Si vous avez lu Oracles, vous saurez pourquoi :) Pareil, on ne s’appesentit pas du tout sur celui qui a « acheté » Oxyde.

Le début de la méthode du flocon

Je commence toujours, après avoir rassemblé et lu mes notes, par la première étape du flocon, à savoir résumer mon intrigue en une seule phrase. Ce n’est pas toujours évident car il ne s’agit pas de simplement résumer : il faut définir quel est le personnage principal (celui qui a le plus à perdre), ce qu’il cherche à faire (son but) et comment il doit procéder pour y parvenir. Ça, c’est donc la phrase d’accroche. Celle de l’Ombre me paraît un chouïa bancale avec le recul mais elle illustre bien le roman :

Un sorcier exorciste s’occupe d’une affaire qu’il a abandonnée en hommage à son mentor disparu.

Aujourd’hui, je mettrais plutôt quelque chose comme « un sorcier exorciste reprend une ancienne affaire qui le hante afin de réparer ses erreurs », ou quelque chose du genre.

En dessous, il y a l’étape suivante : résumer l’intrigue en un paragraphe, avec une phrase par « élément » : la situation initiale, l’élément déclencheur, l’écueil 2, l’écueil 3, le dénouement. Le résultat paraît souvent très simpliste mais cet exercice permet surtout de définir des « axes » à suivre pour les étapes suivantes. Et mine de rien, on y passe pas mal de temps, à rédiger ces phrases.

Des fiches de personnage très light

À partir de là, je commence à définir grossièrement la trajectoire des personnages. Parfois, je sais exactement ce qu’ils veulent et pourquoi (c’est le cas d’Oxyde par exemple), parfois c’est un peu plus flou, parce que je ne sais pas exactement ce qu’ils veulent ou parce qu’il s’agit d’un personnage nouveau que je ne connais pas, qui a une utilité dans l’histoire mais pas encore d’histoire à lui.

Ici, je détermine ce qui anime mes personnages, leur essence même au cœur de mon histoire. Comme dit dans le billet qui explique comment je conçois mes plans, pour moi une histoire c’est le croisement des trajectoires de mes personnages : d’où ils partent, où ils vont, et ce qui se passe entre les deux. Je crée donc une rapide fiche où je décide la motivation du personnage (de façon abstraite, ce qui l’anime vraiment, son besoin moral) et son but (de façon concrète, en gros ce qu’il veut faire pour atteindre son objectif en fonction de sa motivation). Ensuite, j’ajoute ce qui l’empêche d’y arriver : ses conflits (les obstacles à l’intérieur, ses croyances limitantes, ses traumatismes, ses scrupules, etc) et les obstacles qu’il rencontrera (issus des autres cette fois). Parfois, j’ajoute les obstacles externes d’origine interne, c’est-à-dire ce qui vient des autres mais qu’il a provoqué lui-même. Puis, enfin, je décide comment ça se termine pour lui, dans les faits mais aussi à l’intérieur de lui : ce qu’il a appris, ce qu’il a gagné et/ou perdu, comment il réagit, etc.

Je procède ainsi en faisant une fiche pour chaque personnage, même les secondaires (ceux qui interviennent et font bouger l’histoire, pas ceux qu’on mentionne à peine).

Constatez encore une fois qu’il y a des infos dans ces pages qui n’apparaissent pas dans le roman : par exemple, dans la partie « autres personnages », il est fait mention de Francesca, qui devait intervenir lors des exorcismes d’Angela, mais ça me paraissait hyper compliqué à gérer (encore une fois, si vous avez lu Town, vous savez pourquoi !). On évoque aussi une soeur Marie-Christine, qui était en fait un personnage que j’ai finalement « coupé en deux » pour donner naissance à mère Filomela et à soeur Nelly (qui, elle, s’appelait Nina. Mais j’ai changé parce qu’il y avait trop de prénoms en A).

FIche light pour Oxyde
Fiche light pour Edgar

Des résumés de personnages

Afin d’accompagner ces fiches, j’écris aussi un résumé de chaque personnage, c’est-à-dire un synopsis de l’histoire selon son point de vue. Je n’entre pas dans les détails, ici : il s’agit seulement de raconter ce que vit le personnage dans les grandes lignes, de façon à savoir ce qu’il fait et ce qu’il pense. Comme il y a en général beaucoup de personnages dans un roman, ça permet de savoir ce que chacun fabrique, mais aussi d’avoir une idée assez claire de ce que chacun veut, comment il interagit avec les autres, comment il les aide ou, au contraire, comment il leur met des bâtons dans les roues, etc. J’écris ainsi un résumé pour chaque personnage qui agit sur l’intrigue, même les personnages secondaires ou tertiaires, même ceux qui ne sont plus là : ce n’est pas parce qu’un personnage est mort, comme par exemple le mentor d’Oxyde dans ce roman, qu’il n’agit pas sur l’intrigue.

À ce stade, les grandes lignes du roman commencent à se dessiner, ce qui veut dire que ce n’était pas forcément le cas jusqu’ici. De même, il arrive parfois qu’à cette étape j’ai encore une idée trop floue de tel ou tel événement, tel ou tel personnage, mais ce n’est pas grave : ces résumés restent suffisamment vagues pour pouvoir les développer plus tard. Et au pire, il suffit de revenir dessus s’il le faut.

Contexte, concepts, déroulement, etc

Ici, les choses commencent à devenir plus nettes, alors j’en profite souvent pour faire une pause sur l’élaboration de l’intrigue et je m’attelle à travailler des aspects plus précis du roman. Sur la photo ci-dessous, j’ai écrit ce qui s’est déroulé par le passé : les événements précis qui ont conduit à ce qui se passe dans le présent. J’ai également rédigé l’histoire d’Archibald, l’esprit qu’Oxyde et Edgar essaient d’exorciser, car il fallait déterminer ses motivations, son vécu et ce qui l’a conduit à faire ce qu’il fait aujourd’hui (dans mes histoires, les entités qui hantent des gens ou des maisons ont toujours une bonne raison de le faire). En gros, j’ai plus ou moins procédé comme on le ferait pour écrire une enquête policière.

J’ai écrit d’autres pages de ce type : des systèmes de magie (pour les exorcismes), des « hiérarchies » de fantômes, le fonctionnement du couvent du Sceau, etc. Sur ce point, il y a des changements car après l’écriture du premier jet, j’ai finalement changé la raison profonde de l’existence de ce couvent : au départ, il devait s’agir des Soeurs de l’Éternel Secret, le secret en question étant que l’enfer et les démons n’existent pas. Mais ça paraissait un peu léger, en particulier sur l’enjeu (le principe du secret, c’est que c’est un secret magique : tant que les soeurs le protègent, le monde ignore que l’enfer n’existe pas, la croyance demeure). J’avais trouvé ça génial au début parce que clairement, dans mes romans, il y a peut-être Dieu et les anges, mais il n’y a ni démons ni enfer. Dommage que ce ne soit pas aussi explosif que prévu !

Re les fiches personnage

L’élaboration de plan étant un éternel recommencement, c’est reparti pour des fiches de personnage. Ici, je reprends les fiches light mentionnées plus haut et je les développe en les mettant à jour (parce qu’elles peuvent évoluer en fonction de ce qui a été défini entre-temps) et en les complétant.

Je n’ai pas de fiche de personnage type : je change un peu en fonction de mon humeur, de mes besoins et de ma flemme, si bien qu’elles ne sont pas toujours les mêmes d’un roman à l’autre. Pour savoir quoi mettre dedans, j’emprunte des trucs à plusieurs spécialistes du scénario, en particulier John Truby et Yves Lavandier. Il y a toujours les motivations et les objectifs, les conflits et les obstacles, et j’ajoute d’autres petites choses :

  • les qualités et les défauts, et surtout les conséquences de ces défauts sur le passé et le présent du personnage
  • ses blessures, ce qu’il porte en lui de traumatisant
  • ses obsessions et ses secrets
  • son élément déclencheur, c’est-à-dire à quel moment l’histoire commence pour lui
  • son objectif concret (ce qu’il doit faire) avec les enjeux et les obstacles venus de l’extérieur
  • son objectif intérieur (ce qu’il veut atteindre au fond de lui, pourquoi il fait ça) et les changements que ça induit en lui
  • etc

 

Ces éléments sont piqués dans le livre Construire un scénario d’Yves Lavandier.

Sur la fiche d’Oxyde que vous pouvez voir en photo, j’ai mis :

  • blessures : ouh la la
  • fantômes : même délire

 

Toute l’histoire d’Oxyde est racontée dans la série Town, alors je n’allais pas rappeler ça dans mon carnet. Mais je trouvais ça fun.

Notez que je ne fais pas ça pour tous les personnages, uniquement ceux que je considère comme importants.

Des synopsis

Dans la méthode du flocon, on écrit de nombreux synopsis qui s’étoffent au fur et à mesure et qui s’entremêlent avec la conception des personnages. En gros, ça donne :

  • résumé court de 5 lignes (voir ci-dessus, le début de la méthode du flocon)
  • fiches light de personnage
  • synopsis court d’une page (chaque ligne du résumé court devient un paragraphe)
  • résumé des personnages
  • synopsis long de 4 pages (chaque paragraphe du synopsis d’une page devient une page)
  • fiches détaillées des personnages

 

À partir de là, la méthode du flocon prévoit d’écrire un long synopsis pour chaque personnage mais je le fais rarement pour mes romans, et je ne l’ai pas fait pour celui-ci. J’ajoute en revanche une étape en plus : le Very Big Synopsis ! Il s’agit d’un très long résumé dans lequel je rédige avec précision les événements du roman. Quand il y a plusieurs temporalités, j’écris un synopsis par temporalité ; ici, par exemple, j’avais un synopsis Présent et un synopsis Passé. Les deux font une dizaine de pages en tout. Je les rédige à la main, puis je les recopie à l’ordinateur pour pouvoir les lire et les manipuler plus facilement.

À ce stade je n'avais toujours pas de titre pour ce roman. Je l'ai trouvé très tard, en cours de rédaction si je me souviens bien.

Le plan

C’est parti pour le plan proprement dit ! Je n’expliquerai pas comment je procède puisque c’est le sujet du billet qui parle de ma méthode pour élaborer des plans de romans (ici). Dans le cas de l’Ombre dans la pluie, le plan a été relativement light et facile à concevoir : je me suis contenté d’un résumé pour chaque chapitre.

Vous pouvez voir que le 1er chapitre sert d’introduction et pourrait facilement être considéré comme un prologue. Mais les prologues sont rarement efficaces et utiles, et sont peu appréciés des éditeurs et des comités de lecture (pas que ça me concerne, mais bon, je me dis que les lecteurs peuvent ne pas apprécier non plus). Du coup, maintenant, je ne m’embête plus : je ne sais pas toujours si mon prologue est utile ou non, mais je ne me pose pas la question et je le transforme en Chapitre 1. Et voilà x)

Le compteur de mots

Il y a toujours ce tableau dans mes cahiers ou dans mes carnets : je tiens le compte des mots & signes écrits chaque jour. C’est une manière de mieux apprécier son avancée, et aussi une récompense quand on arrive à la fin de la journée, quand on ferme son fichier après avoir écrit. J’ajoute également le temps passé à écrire dans la journée (que je mesure grâce à un tracker) (celui que j’utilise c’est Timeular), de façon à avoir des statistiques.

Des listes et des listes

Pendant la rédaction, je note tout ce que je pense être pertinent : des changements à effectuer, des remarques, des doutes, etc. Le but, c’est de ne pas s’interrompre en cours d’écriture, et surtout pas pour modifier quelque chose dans un chapitre déjà écrit (sauf si c’est vraiment un gros changement, du genre truc structurel énorme qui change tout le roman). Je note tout ça sur des pages à part, avec une liste pour le fond et une liste pour la forme.

Celle du fond sera traitée dès que le roman est terminé : je reporte ces éléments avant même de le relire (parfois ce n’est pas possible, donc je reporte avec la première relecture). Celle de la forme sera traitée pendant la correction du roman, l’étape qui sert à corriger et retravailler le style.

Liste du fond
Liste de la forme

Et voilà pour ce petit tour du carnet ! J’espère que cette visite guidée vous aura plu :) 

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