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Onirography

Voilà un bout de temps que j’ai envie d’écrire un tel billet, mais le manque de temps n’aidant pas, ainsi que la difficulté à mettre mes idées en ordre, je n’ai fait que repousser. C’est maintenant chose faite ! Merci de bien vouloir noter que tout ce que je raconte ici n’est que ma propre opinion. Je ne balance pas de vérité, je parle uniquement de mon expérience et de comment je perçois tout ça.

Chui pas positive

Mon ressenti sur l’expérience de l’auto-édition, que je pratique depuis quelques années maintenant (mon premier livre auto-édité, Le Rêve du Prunellier, est paru en 2013), n’est pas particulièrement positif. J’en viens souvent, même, à me demander si j’ai bien fait de me lancer là-dedans, ou du moins de continuer après le Prunellier : l’orientation de mes histoires et la création du Grand Projet découlent totalement de la décision prise de publier moi-même mon travail. Sans ça, j’aurais sans doute écrit des trucs mais je n’aurais rien relié ensemble, et mes univers auraient été complètement différents. Je ne regrette pas vraiment en ce qui concerne le Grand Projet en lui-même, qui s’assimile à l’œuvre d’une vie et qui me fait voyager avec des personnages que j’aime vraiment ; en revanche, je regrette pour ce qui est de la carrière littéraire dont je rêvais quand j’étais adolescente, puisque je sais à présent que je ne deviendrai jamais une écrivaine reconnue (j’en ai parlé ici, si vous voulez (re) lire).

J’ai réalisé avec le temps qu’il existait beaucoup de carcans autour de la littérature, notamment en France. Le livre est sacralisé au point qu’une œuvre écrite n’a aucune valeur si elle n’a pas été publiée (au sens large), principalement sur papier (le numérique only ne suffit pas), et par une maison d’édition. Le reste peut éventuellement gagner sa validation d’œuvre écrite dans le cas, par exemple, d’un livre auto-édité qui se vendrait à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, qui attirerait l’attention d’un éditeur, ou d’une histoire sur Wattpad qui recevrait plusieurs millions de lectures. Attention, je sais parfaitement faire la différence entre la qualité d’une œuvre et son succès commercial. Ce que je veux dire par ici, c’est que dans le cas d’un livre qui n’a pas été adoubé par un éditeur, la qualité et le succès se mélangent, au point que le second définit souvent le premier. Du moins, le succès donne sa légitimité au livre qui ose exister sans éditeur.

C’est bien là le souci, à mon humble avis. Faisons un parallèle : j’ai fait de l’illustration pendant pas mal d’années, et comme beaucoup d’illustrateur·ices, j’ai montré mes dessins sur un site personnel, sur DeviantART et sur diverses galeries en ligne. Une illustration faite pour le plaisir ne rencontre pas de soucis de légitimité, même si elle n’a pas été commandée par quelqu’un ou publiée ; elle existe en temps qu’illustration, et l’on ne peut retirer sa légitimité à l’artiste qui l’a réalisée (il ou elle est peintre, illustrateur·ice, dessinateur·ice, etc). Par contre, l’écrivain·e qui se contente de partager son texte sur son blog ou sur Wattpad n’est pas véritablement légitime puisqu’il n’y a pas de « vraie » publication derrière. C’est un roman, certes, ou une nouvelle, mais le texte ne revêt pas son statut d’œuvre littéraire, et son auteur·ice n’apparaît pas légitime aux yeux des autres. C’est pour ça que je dis qu’une œuvre écrite se doit d’être au moins publiée, avec un acte marchand derrière car la gratuité ne lui donne pas de légitimité.

Certes, on aura beau dire qu’on s’en fiche de l’avis des autres, que l’on n’a pas à être validé·e par qui que ce soit et que l’on peut parfaitement faire ses bidouilles dans son coin. Mais la société est comme elle est et nous ne pouvons pas la changer aussi vite que nous le voudrions. Et comme je n’avais jamais envisagé d’écrire seulement pour moi, j’ai eu toutes les peines du monde à échapper à cette logique. C’est plus ou moins chose faite maintenant, mais au prix de chialades, de doute, et d’une reprogrammation mentale qui me fait dire que je ne vends plus de livres mais des histoires. Quelque part, je ne me considère plus comme une autrice.

Attention, encore une fois : ici, je ne fais que partager mon ressenti.

Start-up nation

En quelques années, j’ai pu assister à l’évolution de l’auto-édition, de ses auteur·ices, de ses pratiques et de l’image qu’on en a. Et je n’ai pas envie de me la jouer vieille conne mais clairement, c’était mieux avant. À l’époque où j’ai sorti Le Rêve du Prunellier, l’auto-édition était encore considérée comme une curiosité pas bien méchante et il suffisait d’écrire pas trop mal pour sortir du lot et être lu·e. Autant le dire tout net : la plupart de celles & ceux qui ont lu (et chroniqué) Le Rêve du Prunellier sont aussi celles & ceux qui ont refusé de lire de l’auto-édition un ou deux années plus tard.

Avec le temps, les choses ont évolué, et je ne peux pas m’empêcher d’établir un parallèle avec ce qu’est devenu notre société avec le temps : la start-up nation y a mis son grain de sel. L’idée très illusoire que tout le monde a sa chance (non !), et qu’il faut se vendre pour réussir. Alors, se vendre, je veux bien : nous le faisons toutes & tous depuis très longtemps pour montrer aux autres ce que nous faisons, et ça passe par les réseaux sociaux, les sites personnels, etc. Mais aujourd’hui, nous en sommes arrivé·es à un stade où il faut devenir chef·fe d’entreprise, community manager et expert en marketing pour vendre ses bouquins (et pas seulement ses bouquins, ça marche pour tout). Or, si j’avais voulu faire ça, je serais devenue cheffe d’entreprise, community manager ou experte en marketing. Je ne me serais pas aventurée dans ce monde étrange qu’est l’auto-édition, je n’aurais pas écrit moi-même. Mon boulot, c’est d’écrire, ça n’a jamais été que ça. Vous me direz alors que l’auto-édition n’est pas faite pour moi, et je vous rétorquerai qu’il y a quelques années, la situation n’était pas la même et nous n’en étions pas à ce stade.

Entre nous (c’est le temps qui s’enfuit qui s’en fout)

Paradoxalement, monter des campagnes publicitaires sur les réseaux sociaux, faire du branding et accroître sa communauté en ligne ne sert qu’à toucher les gens qui lisent de l’auto-édition, et pas les autres. Soit une poignée de lectrices & lecteurs qui n’ont pas froid aux yeux, des blogueuses & blogueurs qui ne lisent quasiment que ça… et les autres auteur·ices auto-édité·es. Sorti de ce microcosme, il est difficile de se faire connaître car l’on se heurte à la méfiance (parfois légitime) des autres blogueuses & blogueurs, qui ont pour la plupart bien plus de public, ou les bookstagrameuses et les bootubeuses (vous m’excuserez, je mets tout au féminin à partir de maintenant parce que la majorité de ces personnes sont des femmes). Il est aussi difficile d’atteindre les libraires et les médias (journaux, revues, webzines) qui proposeront des critiques littéraires (déjà que ce n’est pas évident de trouver des critiques de livres SFFF, alors de l’auto-édition…), ainsi que les autres auteur·ices, les « vrai·es » cette fois (l’usage du « vrai » en opposition à « l’auto-édité » est parfaitement assumé et totalement sarcastique. Parce que véridique, quelque part).

Pourtant, c’est le soutien des « vrai·es » qui est primordial là-dedans. J’ai envoyé des dizaines de SP un peu partout, dont beaucoup de papier pour certains titres, ce qui m’a coûté cher. Et les chroniques qui en sont sorties n’ont donné aucune vente supplémentaire (bon, allez, peut-être deux ou trois) ; de même, la promo gratuite d’Onirophrénie sur Amazon n’a strictement rien donné puisque le livre a été téléchargé je ne sais combien de fois, et non seulement je n’ai eu aucune vente supplémentaire après, mais il n’y a eu aucun retour (pas de chronique, pas d’avis, même pas un « j’ai lu ton livre » ou un avis sur Amazon). L’argent et le temps dépensés là-dedans ne servent à rien puisque le seul moyen de gagner un peu de visibilité, c’est quand un·e libraire, un·e vrai·e auteur·ice ou une blogueuse qui ne fait pas d’auto-édition parlent des livres en question. De ma propre expérience, le livre qui a eu le plus de succès chez moi, c’est Notre-Dame de la mer, et ce pour une bonne raison : il a été mis en avant par un libraire (coucou Xavier !). Juste un seul, et ça a suffi pour que le livre s’écoule à pas loin d’une centaine d’exemplaires (j’avoue que je n’ai pas tenu les comptes). Aucun de mes autres livres n’a eu la même mise en avant, et les ventes vont d’une quinzaine d’exemplaires papier pour Onirophrénie, et peut-être trente ou quarante pour Elisabeta. Honnêtement, vu le travail et le temps passé, ça ne vaut absolument pas le coup. Ce n’est pas viable si on aborde le truc comme une entreprise, et je ne vois pas pourquoi je devrais continuer, même par amour de l’art et de la littérature. Ne déconnons pas.

C’est pour moi le cœur du problème : la légitimité. Les auto-édité·es restent entre elleux, peut-être par volonté de rester à part, mais aussi parce qu’il existe des murs de verre en plus du fameux plafond. Je suppose que les mauvais comportements de certain·es auto-édité·es n’aident pas, tout comme la qualité relative d’un certain nombre de livres. Mais je suis persuadée que ça ne fait pas tout, parce que peu de gens envisagent qu’un livre puisse exister sans passer par le prisme de l’éditeur. L’on s’est moqué d’Aurélie Filippetti lorsqu’elle a dit « Tous les livres ne sont pas des livres, c’est l’éditeur qui fait la littérature« , mais s’il vous plaît, soyez honnêtes : vous êtes d’accord avec elle. Les livres auto-édités ne sont pas de « vrais » livres. Point barre.

Vous voulez que je vous dise pourquoi je ne fais plus de dédicaces (entre autres raisons) ? Parce que j’ai déjà vu des gens regarder mes bouquins et les reposer ensuite avec un air presque dédaigneux lorsqu’ils réalisent qu’il n’y a pas de maison d’édition derrière. Ils ne cherchent même pas à savoir ce que ça raconte. On ne peut pas plaire à tout le monde, certes, mais je ne supporte plus le mépris.

C’est personnel

Alors après tout ça, vous allez me dire : ouais, mais ce que tu racontes, c’est parce que ça n’a pas marché pour toi. Hey, no shit Sherlock, c’est un bilan perso ! C’est tant mieux si l’expérience est plus satisfaisante chez les autres, je suis heureuse pour elleux. Tout ce qui permet de donner ses lettres de noblesse à la littérature indépendante me plaît (et c’est d’ailleurs pour cette raison que je continue de poster mes histoires sur Wattpad, parce que c’est bien beau de taper sur le site en disant qu’il contient de la merde, mais il restera tel qu’il est si on n’y poste pas des trucs plus qualitatifs, voyez). Après, ça n’a pas marché pour moi, et sans doute pour plusieurs raisons :

  • je n’écris pas des trucs à la mode (ni romance ni érotique, c’est ce qui fonctionne)
  • je préfère consacrer mon temps à écrire qu’à faire du marketing et du branding (dingue, hein)
  • je n’ai jamais eu une grande communauté
  • j’écris sans doute de la merde et je ne mérite pas plus

Tous les métiers ne nous correspondent pas. Par exemple, je n’ai ni patience ni pédagogie et je suis mal à l’aise face à des enfants, alors je ne vais pas décider de devenir prof. Ici, si être écrivain·e consiste à devoir faire du marketing et de la promotion, alors je ne suis pas faite pour ce métier non plus (j’ai toujours pensé qu’être écrivain·e consistait à écrire, c’était peut-être naïf de ma part).

Certes, je suis déçue, je l’ai déjà écrit pas mal de fois sur mon blog. J’ai tenté l’aventure, qui démarrait pas trop mal, mais ça a empiré avec le temps. Je reste avec une sensation d’échec assez cuisante que j’ai encore du mal à faire partir, et ça a conditionné un certain nombre de choses sur mon rapport à l’écriture : j’ai décidé de devenir égoïste, de ne plus me prendre la tête sur mon travail, de ne plus prendre en compte les avis des lecteur·ices non plus. Possible même qu’un jour, je décide de ne plus publier les histoires du Grand Projet.

C’est pour toutes ces raisons que je ne me considère plus vraiment comme une autrice. Parce que je ne fais partie de rien, parce que l’on ne me considère pas comme telle. Je ne peux pas me considérer comme écrivaine si l’on ne lit pas mes livres. J’ai donc décidé, par un biais mental, une sorte de hack, de ne plus accorder autant d’importance à ça, d’aborder mes histoires et mes livres comme je le fais pour mes bijoux, comme des objets artisanaux fabriqués avec le cœur. Je considère que je n’ai plus rien à prouver avec mes histoires (enfin, celles que j’auto-édite, parce que les autres, c’est une autre crèmerie) et je ne cherche plus l’approbation de qui que ce soit. Je n’ai jamais cherché l’approbation et la validation des autres quand j’ai fabriqué et vendu mes bijoux, alors pourquoi je devrais le faire avec mes livres ? Je vais donc continuer de faire mes trucs dans mon coin sans penser à tout ça (et ça marche, puisque depuis que je l’ai décidé, les périodes de doute se font plus rares), et partager mes histoires avec celles & ceux qui les aiment. C’est-à-dire en les publiant sur papier mais sans prise de tête (pas de précommande, pas de lancement officiel, pas de SP à envoyer, pas de chroniques à aller chercher) et en les proposant sur Wattpad. Quelque part, il n’y a que là-bas que j’ai l’impression qu’on les apprécie pour ce qu’elles sont. Il y a toujours ces quelques projets que je destine à l’édition classique mais rien qui ne soit sûr à 100 %, parce que rien n’est sûr à 100 % là-dedans (c’est un autre sujet, et j’en parlerai peut-être plus tard).

Pour finir, je laisse de côté volontairement tout ce qui est en rapport avec la qualité des textes, ce qui reste subjectif. Vous savez, si vous me lisez, que je mets beaucoup de soin à la fabrication de mes livres (couvertures, impression, mise en page), ainsi qu’à la correction. Pour le reste, la qualité de mes histoires ou de ma plume, ça ne me regarde plus. Le manque de ventes, de visibilité et de considération a fini par me faire croire que j’étais mauvaise (je le suis peut-être pour de vrai !) et je ne veux plus me prendre la tête avec ça. En fin de compte, le talent (ou son absence) n’a plus aucune importance aujourd’hui.

 

Bref, voilà pour le bilan ! Un peu amer, certes, mais le livre est un milieu très paradoxal et pas facile à appréhender. On sacralise la littérature, mais on refuse de l’envisager en dehors du prisme de l’édition tout en portant aux nues l’art, la diversité et l’imagination ; on réclame de la culture pour toutes & tous mais on reste sélectif à mort. Moi, ça fait longtemps que j’ai oublié l’idée de comprendre comment ça marchait :)

N’hésitez pas si vous avez des remarques ou des questions. La discussion reste ouverte :) *

(jusqu’à un certain point. À la moindre prise de bec, je ferme les commentaires)

9 septembre 2018

7 commentaires

  1. Lise Syven

    10 septembre 2018

    Hello,
    Je suis bien triste de lire un si mauvais bilan. Je pensais au vu de la qualité de tes ouvrages, le soin apporté à leur présentation, que cela se passait mieux pour toi.
    Tu as raison de te détacher des ventes, surtout si elles te font du mal. Et tu as raison: le monde de l’édition est à l’image de notre monde. Il faut savoir tout faire et c’est épuisant.
    J’espère que tu continues de puiser de la satisfaction dans l’acte de la création.
    Tu écris et écriras sans doute toujours. Or, être écrivaine, c’est écrire.
    Amitiés,
    Syven

  2. Rozenn

    11 septembre 2018

    @Lise Syven : malheureusement, non, ça ne marche pas vraiment 🙂 L’auto-édition est vraiment un milieu compliqué, et il faut en faire 100 fois plus pour réussir à avoir un résultat minime. C’est vraiment beaucoup d’énergie. Ce qui ne me console pas trop, c’est qu’au final, l’édition classique n’est pas forcément mieux puisqu’il faut quand même se battre, même si c’est d’une autre façon. Il faut être fou, en fait, pour écrire des livres 🙂 Mais sinon, oui, je continuerai d’écrire parce que c’est impossible de faire sans (je suppose que tu connais ce sentiment 🙂 ), et ce même si je garde ces histoires pour moi.

    Merci beaucoup pour ton passage par ici 🙂

  3. MissHD

    12 septembre 2018

    Hello,
    Ça vaut ce que ça vaut : pour moi, tu es une artiste, bijoutière et surtout écrivaine. C’est ce dernier point que je préfère chez toi. À chaque nouvelle activité, je trouve que tu deviens plus grande, meilleure, plus intéressante… Bref, j’aime ton travail. Et c’est sincère.
    Je sais qu’un avis n’est pas « suffisant ». :(Si ça peut aider, on est beaucoup dans ma tête ! 😉
    Et dire que c’est à cause de ton monsieur (dont je suis une fan inconditionnelle) que je suis tombée sur toi. Dis-lui merci de ma part stp.
    Je suis fille de libraire, j’ai grandi dans les livres et franchement, l’éditions, j’ai vite appris à ne pas lui faire confiance. On trouve tellement de touts et beaucoup du nawak. On parle de tous ces livres emplis de fautes d’orthographe ? Ces traductions automatiques même pas réalisées par un humain ? De l’absence totale de correction/relecture ? Combien de fois n’ai-je pas entendu mon père grogner contre ces maisons d’éditions qui se foutent des gens ? Qui sont prêtes à tout pour se faire du pognon sur le dos du pauvre auteur ?
    L’auto-édition a au moins ce mérite d’encore se casser le cul, de mettre en avant la qualité. Et à défaut (comme l’édition traditionnelle d’ailleurs) d’avoir une jolie reliure sans colle et qui vivra toujours, au moins la mise en page et le texte sont soignés. Et en prime, on a souvent une belle couverture d’habitude réservée aux livres anglais. 😀
    Belle soirée,

  4. Rozenn

    13 septembre 2018

    @MissHD : Je ne sais pas si je deviens meilleure mais ce qui est sûr, c’est que l’écriture a toujours été à la base de tout, en fait, depuis très longtemps (et puis un avis peut suffire à rebooster, donc merci beaucoup !).
    Je n’aime pas forcément dire du mal de tel ou tel secteur, ni voir tout en noir et blanc, mais c’est vrai que de ce que je vois, l’édition n’est pas reluisante. C’est pour ça que j’ai énormément de réticence à y mettre un pied, parce que je sais ce que je quitte (l’auto-édition), mais je ne sais pas du tout où je vais. Quand je vois comment ça se passe aux USA ou en Angleterre, ça me donne l’impression de ne pas être née dans le bon pays !
    Merci beaucoup pour ton passage par ici 🙂

  5. Laura

    14 septembre 2018

    Juste un petit mot pour un grand merci ! Car si tu dresses un bilan quelque peu négatif de ton expérience dans l’auto-édition, te lire et continuer de découvrir tes romans est une formidable aventure pour moi. J’en suis à retarder certaines de mes lectures (il ne me reste que 3 de tes romans à lire et je ne vais pas sur wattpad) par peur de me retrouver en rade c’est dire 🙂 J’avoue avoir eu longtemps des aprioris sur l’auto-édition comme si une maison d’édition tel un label (rouge) était une garantie de « qualité ». Bref, du vrai formatage consumériste que ma lecture de tes romans a définitivement explosé ! Je ne sais pas ce qu’est un « écrivain », à partir de quand on peut se revendiquer comme tel, etc. Mais, est-ce vraiment important ? Peut-être qu’il faut arrêter de se mettre dans des cases et des notions qui nous enferment et se donner le droit de faire ce qu’on aime tout simplement ! Bref, petit mot deviendra grand… J’espère en tout cas que tu continueras à prendre autant de plaisir à écrire que moi à te lire ! Un très bonne soirée !
    ps : pour ma part, c’est ton travail qui m’a fait découvrir celui de ta moitié 😉

  6. Rozenn

    15 septembre 2018

    @Laura : c’est vrai que le bilan n’est pas très positif mais pour l’essentiel, ce n’est pas vraiment de mon fait donc ça rassure XD (je me faisais la réflexion l’autre jour mais c’est vrai que l’édition à l’américaine, un peu plus mercantile et moins ‘la littérature c’est sacré’, me conviendrait mieux. Je ne suis pas née dans le bon pays !). Bref, je suis très heureuse que mes histoires te plaisent, vraiment. Un tel enthousiasme fait vraiment plaisir, c’est tellement rare ! J’espère que la suite te plaira aussi, du coup.
    Pour ce qui est de l’auto-édition, les réticences peuvent se comprendre et il est logique que l’on considère l’éditeur comme une sorte de label, mais ce n’est pas non une vérité à 100 % : il y a des choses très mauvaises et peu dignes d’intérêt dans l’édition traditionnelle, et des perles dans l’auto-édition (sans m’inclure dedans !). C’est vrai qu’il est mieux de ne pas se mettre de mettre dans des cases, mais quelque part, les cases permettent de savoir où l’on va, ce que l’on est, et d’être mieux considéré·e. C’est ça qui m’ennuie avec l’auto-édition : le fait de ne pas être considérée comme étant vraiment une autrice, par mes pairs surtout. Enfin, après, les choses peuvent encore changer, et puis je n’ai pas l’intention d’arrêter 🙂
    Merci à toi d’être venue par ici !

  7. Hélène Néra

    17 septembre 2018

    Après avoir lu votre texte, je voulais partager quelques idées personnelles, issues de mes expériences professionnelles et d’un vieux mémoire de fac.

    Rien n’est fait en France pour permettre l’existence d’un secteur culturel indépendant.
    D’un côté, la culture est devenue une « industrie ». Le livre connait toutes les dérives de l’économie actuelle : surproduction, gâchis, apparition de grands groupes transnationaux en situation de monopole ou de quasi-monopole (l’exemple type, c’est Hachette).

    De l’autre, nous avons une longue (très longue) tradition de contrôle de la vie culturelle par l’État (cf l’histoire de la « politique culturelle » en France) qui a abouti à la création de tout un maillage d’institutions et de structures plus ou moins directement financées par l’État ou les collectivités territoriales. Essayez de faire un film en France sans obtenir l’aval du CNC par exemple ! L’expérience d’Amandine Gay et de son documentaire « Ouvrir la voix » est à ce titre exemplaire. Cette tradition de validation des artistes par l’État via la subvention ou la diffusion a enraciné dans les esprits l’idée qu’une œuvre doit être validée par une instance supérieure.

    Je partage votre réflexion sur ce refus étrange de considérer un livre auto-édité comme un « vrai livre ». Mais en réalité, le problème existe aussi pour les autres arts. Bien sûr, vous pouvez publier votre illustration sur DeviantART, mais serez-vous pour autant reconnue comme une véritable artiste ? Ne faudrait-il pas aussi que votre illustration soit exposée dans un festival prestigieux subventionné par une grande ville ? Que votre pièce de théâtre soit jouée dans un théâtre national ? Que votre scénario reçoive une bourse du CNC ?

    Tout ça pour essayer de vous remonter le moral et de souligner que ce que vous prenez en partie pour un échec personnel est à remettre dans un contexte plus général. Il est extrêmement compliqué en France de faire exister un projet culturel hors des sentiers battus.

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