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Au travail : la correction

Voici la deuxième partie de Martine écrit un roman, avec cette fois comme question ‘comment tu corriges et peaufine tes textes ?‘. Je refais le même disclaimer que la première partie : ceci est ma méthode, ma façon de fonctionner. Je ne donne pas de méthode ou de clef pour se dépatouiller, il s’agit juste de ce qui marche pour moi, après des années d’expérimentations et de tâtonnements.

>> Lire la première partie sur l’écriture

La correction et Seigneur Antidote

Dans l’épisode précédent, j’expliquais qu’une fois le premier jet de mon texte terminé, je fais une première relecture qui ne porte que sur le fond. Alors, oui, ça pique les yeux parce que c’est dégueulasse et plein de fautes, mais ça permet aussi de jauger le travail de correction et de remaniement. Je convertis donc mon texte en epub, je le transfère dans ma liseuse, puis je m’installe dans le canapé avec Lilith (en général, elle vient toujours squatter mes genoux une heure ou deux), ma musique et une feuille à portée de main. J’y note tous les trucs qui ne vont pas sur le fond : les incohérences, les trucs à développer, les trucs à ajouter, les quelques idées qui me viennent entre temps… Ensuite, je laisse reposer un peu, quelques jours ou quelques semaines (je n’attends pas longtemps parce que je déteste avoir un texte pas fini dans mon ordinateur).

Quand je décide de me mettre à la correction, je le relis une nouvelle fois et mets au propre la liste de modifications. Puis je me lance dans la correction en elle-même, chapitre par chapitre. Je reporte sur le texte les remarques, les ajouts et développements sur le fond ; quelquefois, il faut jongler pour que tout s’agence correctement, puisque si on change un détail, tout peut être impacté façon domino. Il arrive que je doive restructurer tout, refaire un plan, corriger ma chronologie dans Aeon Timeline, ce genre de choses. L’avantage, c’est que tout est flexible et rien n’est figé.

Ensuite, je m’occupe de la forme. La plume d’abord, c’est-à-dire ce qui fait le style : les tournures, les formulations, le rythme des phrases (pouvez être sûr.e.s que la moindre virgule est pesée) (enfin, la plupart), la compréhension aussi.

Seigneur Antidote sur la première page de Tueurs d'anges (déjà corrigée)

Seigneur Antidote sur la première page de Tueurs d’anges (déjà corrigée)

Puis je réveille le Seigneur Antidote (un logiciel d’aide à la correction) et passe le texte à la moulinette. Je dégage répétitions, verbes ternes, fautes diverses, adverbements, etc. Je ne vous donne pas ici le détail de ce que j’applique comme corrections : déjà parce qu’on trouve énormément d’articles de ce genre sur le net qui donnent pas mal de pistes, mais ensuite parce que cela ne s’appliquera pas à vous. Ma méthode de correction s’est construite en fonction de ma façon d’écrire, de mes tics de langage et des fautes que je fais le plus souvent. Par exemple, j’ai une liste de mots que j’ai tendance à trop utiliser, et je traque ces mots pour éviter qu’ils soient trop fréquents. Mais je n’éradique pas tous ces mots, tout comme je n’éradique pas toutes les répétitions (vive les anaphores), ni tous les verbes ternes, ni tous les adverbements. Tout le boulot consiste à doser.

 

Les outils

  • Antidote et son dictionnaire de synonymes (sans doute la fonction que j’utilise le plus dans le logiciel)
  • ma liste de mots trop fréquents (écrite sur une fiche en carton)
  • ma liste de remarques établie lors de la relecture
  • des surligneurs (j’adoooore les surligneurs)
  • une liste d’incises
  • mon carnet, la ‘bible’ qui regroupe toutes les idées de développement
Listes de remarques pour Oracles, Tueurs d'anges & Onirophrénie, la liste d'incises et la liste de mots interdits

Listes de remarques pour Oracles, Tueurs d’anges & Onirophrénie, la liste d’incises et la liste de mots interdits

À force de corriger et de peaufiner son texte, on apprend et le résultat s’en ressent dans le premier jet. Un exemple tout bête : Onirophrénie est le septième roman que je termine, j’ai donc passé pas mal d’heures à écrire et à corriger avant de me mettre à celui-ci. La correction m’a pris, en tout et pour tout, une semaine. Une seule semaine pour corriger et peaufiner près de 450 000 signes (ce qui me prenait trois semaines avant), sans forcer, sans faire d’heures sup, sans bosser jusqu’à pas d’heure. Tout simplement, le premier jet n’avait pas besoin de beaucoup de corrections.

Relecture et relecture (et relecture)

Corrections (floues) au stylo rouge

Corrections (floues) au stylo rouge

À ce stade, une fois la correction terminée, le texte est lisible. Pas parfait, loin de là, mais je ne rougis plus de honte en y pensant. Je l’imprime sur papier et je le relis avec mon stylo rouge en main. Je gribouille allègrement le texte pour le polir un peu plus, reformuler, bouger des virgules, parfois ajouter des passages ou en retirer. D’ailleurs, à ce propos, je coupe très peu quand je corrige, parce chaque scène est pesée en amont. J’ai tendance à virer tout ce qui n’est pas utile en étant assez sévère (je peux avoir le résonnement suivant : telle scène est inutile, d’ailleurs ce chapitre ne sert à rien, mais en fait à quoi ça sert de raconter cette histoire ?), il a fallu apprendre à doser.

Après avoir reporté les corrections sur le fichier (long moment chiant), je l’envoie aux bêta-lecteurs, attends encore un peu (quelques jours, quelques semaines), reçois les premiers avis, note leurs remarques sur une nouvelle feuille, puis je relis encore, de nouveau sur liseuse, un cahier de brouillon (bleu, comme ceux d’Hank Palace) à portée pour les fautes. Il peut y avoir encore des changements sur la syntaxe, des coquilles qui m’auraient échappé… En parallèle, je note sur une feuille ce que je veux changer sur le fond, que je reporte ensuite, et ainsi de suite.

Si un texte est vraiment complexe, s’il me donne du fil à retordre ou si je n’en suis pas satisfaite, je recommence ces étapes plusieurs fois jusqu’à ce que cela me convienne. Généralement, à la fin, je fais une passe rapide avec Antidote une nouvelle fois, et j’envoie le texte que je considère comme achevé à des relecteurs.

 

Les bêta-lecteurs & les relecteurs

Une remarque ici, à propos de ce que j’appelle bêta-lecteurs : il ne s’agit pas d’une vraie bêta-lecture en général, je ne cherche pas à améliorer le fond, la narration, la plume… Je ne cherche qu’un avis objectif sur l’intérêt de l’histoire, sur sa compréhension et sa cohérence, ainsi que les dernières fautes que je n’aurais pas vues. En général, je reçois de la part des bêta-lecteurs une sorte de compte-rendu d’une page ou deux, et rien de plus.

Les relecteurs, eux, s’occupent du texte quand il est terminé, pointent les dernières fautes et les coquilles ainsi que les trucs vraiment invraisemblables ou mal formulés.

 

... et des Stabilo, bien entendu.

… et des Stabilo, bien entendu.

Changement de support

Un des meilleurs conseils que j’ai lus à propos de la correction, c’est qu’il faut multiplier les supports pour les différentes relectures. Cela permet de bousculer l’œil qui ne parvient pas à prendre d’habitudes, et qui repérera plus facilement les fautes. Un autre conseil, c’est celui de corriger en commençant par la fin : ainsi, on se concentre sur la forme et on n’est pas distrait par l’histoire (j’ai testé dernièrement sur Tueurs d’anges et ça marche pas trop mal).

En conséquence, je relis sur liseuse, sur feuilles A4, et pour terminer carrément en format livre. Ça, c’est quand je m’occupe de la publication du texte, mais il est très facile de commander un seul exemplaire d’un livre grâce à l’impression à la demande, et ce même si l’on ne compte pas le vendre. La seule condition, à mon avis, est de maîtriser la mise en page classique d’un livre : il faut avoir l’impression d’avoir un vrai livre du commerce entre les mains, et ce n’est pas toujours simple d’en connaître les codes de mise en page (marges, typographie, etc).

Je m’occupe donc de cette mise en page qui servira pour la future publication, je commande ensuite un exemplaire du livre, et je le relis. Je le gribouille de rouge sans vergogne, encore une fois pour peaufiner les tournures de phrases et supprimer les coquilles (ouip, on en trouve encore à ce stade, et on en trouve encore après). Je profite de ce tirage pour calibrer les couleurs de la couverture qui ressort rarement nickel à la première impression. Dans ma bibliothèque spécial ‘livres à moi‘, il y a plusieurs exemplaires de chacun de mes livres plein de corrections, de post-it, et aux couvertures de couleurs différentes.

Et la sauvegarde

Deux de mes trésors inestimables : mon carnet et ma clef USB

Deux de mes trésors inestimables : mon carnet et ma clef USB

Je ne suis pas une acharnée de la sauvegarde, alors que je le devrais. Tout le monde connait quelqu’un qui a perdu toutes ses données dans un crash de disque dur, ou à cause d’un vol de matériel, mais je crois que tant que ça ne nous arrive pas, on n’est jamais assez prudent. Et je ne fais pas exception, malheureusement. Ce qui fait que je ne sauvegarde pas systématiquement mes fichiers sur des supports à part, je m’en occupe seulement quand j’ai terminé une phase de travail (à la fin du premier jet, ou à la fin de la première correction, etc). Pour le moment, j’ai une copie de chacune de ces phases dans mon ordinateur, et la version finale sur Dropbox et sur une clef USB qui ne sert qu’à ça (je dois d’ailleurs en faire une copie sur une autre clef, au cas où). Une solution consiste aussi à vous envoyer votre texte en pièce jointe dans un email, et à le laisser dans votre boîte.

 

 

Et voilà ! En moyenne, j’écris deux romans par an (trois quand je suis super motivée), et un roman me prend six mois de travail, en comptant le recul à prendre dessus et les relectures. J’ai établi depuis peu un calendrier de publication, ce qui donne plus de structure à mon temps de travail : je sais que tel ou tel roman sera publié à telle date, donc j’essaie d’avoir ce texte terminé au moins trois mois avant. Comme je l’ai dit dans le précédent billet à propos de l’écriture, je déteste avoir des textes non terminés dans mes dossiers : il faut au moins que la première passe correction soit faite. Les relectures suivantes prennent beaucoup moins de temps et peuvent s’improviser s’il le faut. Ensuite, chaque texte entre dans une file d’attente de publication, il suffit de relire une dernière fois avant de lancer l’impression.

 

Un dernier mot concernant l’auto-édition : 

Atelier mise en page de Tueurs d'anges

Atelier mise en page de Tueurs d’anges

Bien entendu, malgré ce travail titanesque, le texte ne sera jamais parfait (si tant est qu’un texte est parfait même quand il est publié par un éditeur). Il ne passera pas par l’étape qui consiste à faire un travail éditorial dessus, c’est-à-dire les allers et retours entre l’auteur et l’éditeur, et ne sera pas corrigé par un correcteur professionnel, ce que je déplore toujours mais ces prestations coûtent très chers et je ne gagne pas assez d’argent avec la vente de mes livres pour investir. J’en ai déjà parlé je ne sais plus où : auto-éditer, c’est une démarche sincère mais ‘brute‘, quelque chose que l’on donne sans filtre à lire. Ce n’est pas facile de se jeter dans l’arène de cette façon, surtout quand on y investit tout, quand on a peu confiance en soi, et qu’on donne à lire ce que l’on a de plus personnel. Il faut aussi en avoir conscience de l’autre côté, quand on est lecteur ; c’est le jeu, que ce soit de mon côté (mes livres auto-édités ne seront jamais parfaits) ou du vôtre (si vous achetez mes livres, vous êtes censé.e.s le savoir, donc vous ne pouvez pas avoir la même exigence qu’en achetant un livre publié dans une maison d’édition). Ça n’empêche pas de passer un bon moment 🙂 EDIT : petit ajout de dernière minute, ce fil de Neil Jomunsi à ce propos (je ne suis pas toujours d’accord avec lui sur d’autres sujets mais ici, il a eu le mérite de me permettre de décomplexer).

 

Voilà un peu l’envers du décor 🙂 Possible que je vous montre, dans un autre billet, ce que j’ai mis dans mon carnet magique. Si toutefois je trouve comment faire de jolies photos en floutant tous les spoilers qu’il y a dedans !

Si vous avez des questions ou des remarques, comme toujours, glissez dans mes commentaires 🙂

10 octobre 2017

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