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Pourquoi l’auto-édition

Voilà un moment que je veux répondre à cette question qu’on me pose assez souvent : pourquoi l’auto-édition ? Les raisons, je les connais depuis longtemps mais ce qui me posait problème, c’était d’admettre certaines choses. Je voulais aussi peser cette réponse afin qu’elle ne soit pas trop vindicative, qu’on n’y voit pas une défiance envers l’édition traditionnelle contre laquelle je n’ai rien en particulier. C’est juste que ça ne me convient pas pour mon propre travail… et je sais que ça en fait hurler certain.e.s (désolée !).

Au début

Mes livramoi

Mes livramoi

Le premier livre que j’ai auto-édité, c’était Le Rêve du Prunellier. Je n’avais pas forcément pensé à l’auto-édition pour mes livres, disons que je n’avais pas vraiment l’intention de me remettre à écrire sérieusement à l’époque… Je tenais encore mon ancienne boutique de bijoux, Unseelie, et je faisais de l’illustration. Alors l’écriture… Même si ça a toujours été ‘mon truc’, je ne me voyais pas tout lâcher pour m’y consacrer. À l’époque, j’avais dans mes cartons un projet qui me suivait depuis quelques années, un livre illustré sur le thème de l’hiver. Comme je savais que je n’avais aucune chance de publier ce livre (le marché s’étant effondré, et n’étant pas assez bonne en illustration pour ça), j’ai décidé, un peu la mort dans l’âme, d’écrire une nouvelle, D’hiver et d’ombres. Puis il y en a eu d’autres et c’est là que Le Rêve du Prunellier est né.

J’ai voulu l’auto-éditer simplement parce que je le pouvais : déjà à l’époque (c’était en 2012 ou 2013), les outils étaient disponibles sur le net, comme le livre numérique, les plate-formes de vente ou l’impression à la demande. Je voulais tout simplement voir si j’étais capable de mener ce projet de A à Z, de concevoir mon livre et de le vendre, en sachant de plus que proposer un recueil de nouvelles à une maison d’édition relevait assez du parcours du combattant (comme un roman, vous me direz). Ici, il faut que je vous avoue un truc : avant Le Rêve du Prunellier et Unseelie, je n’avais jamais réussi à terminer quelque chose, à aller jusqu’au bout. Même écrire un roman, je ne l’avais pas fait. Du coup, recevoir le premier exemplaire papier du livre, même s’il était mal foutu, mal imprimé, et ‘jeune‘ dans sa conception, ça a enclenché quelque chose. Surtout, ça m’a vraiment redonné envie d’écrire, puisque le livre a reçu beaucoup d’avis positifs.

Pour autant, je n’avais pas forcément l’idée de recommencer, ni pour des nouvelles ni pour des romans. Des romans, d’ailleurs, je n’avais pas l’intention d’en écrire à part Tueurs d’anges. Mais j’ai continué. Un peu plus tard, j’ai découvert Wattpad et j’y ai vu une chouette occasion de montrer ce que je savais faire. J’ai voulu utiliser Wattpad comme j’ai utilisé DeviantART avec mes illustrations : j’y mets mon boulot personnel comme dans une vitrine, et si quelqu’un est intéressé, il peut me contacter. Du coup, j’ai écrit pas mal de nouvelles que je mettais à chaque fois en libre accès sur Wattpad. Quand j’en ai eu un certain nombre, je me suis dit que ce serait pas mal de publier un nouveau recueil de nouvelles : c’était Fêlures. Et ainsi de suite avec Notre-Dame de la mer (une novella, donc format court, donc toujours pas facile à proposer à un éditeur) et 18.01.16.

Entre temps, j’ai écrit des romans. J’ai écrit beaucoup de romans (en terme de titres, j’en suis à sept. Si je compte les réécritures, ça fait le double), qui s’accumulent dans mon ordinateur comme des piles de manuscrits dans un tiroir. Je ne les ai pas écrit pour moi (parce que dans ce cas-là, je me raconte mes histoires à moi-même et je ne passe pas des heures devant mon écran et mon clavier) mais bien pour les proposer à lire à quelqu’un. J’aurais pu les soumettre à des maisons d’édition (je l’ai fait. Pour un seul, L’Épine Noire), mais j’ai décidé que non. Pas pour l’instant en tout cas.

Tous mes bébés réunis !

Raison n°1 : parce que mon premier livre a été un fiasco total.

C’était Le Chat qui avait peur des ombres, ma toute première vraie publication, le premier projet réalisé avec mon chéri. Autant dire que quand tu mets un pied dans un merdier pareil, tu n’as pas forcément envie d’y replonger. Je ne vais pas refaire l’histoire (si vous voulez, vous pouvez chercher des infos sur les éditions Mic Mac), mais rien ne s’est fait correctement et il a fallu très longtemps avant de réussir à régler les problèmes. Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec le stock restant de livres que nous vendons comme nous pouvons, ce qui n’est pas plus mal… et ce qui est justement ce qui m’a décidée à poursuivre l’auto-édition : je gère mes livres et les vends comme je veux.

Raison n°2 : parce que je suis une feignasse timide et introvertie.

Qui dit livre publié chez untel dit dédicaces, salons, festivals, interventions (frisson d’horreur), tables rondes (looooong frisson d’horreur), et… non. Juste non. Parler de mon boulot devant des gens, prendre le train pour aller dans une ville que je ne connais pas, vider ma jauge sociale en signant des livres en sachant que l’on me critiquera si je ne souris pas (si si, je l’ai lu, pas à mon propos mais à propos d’une autrice), tout ça en n’étant pas payée (ou presque), c’est non. Je l’ai fait assez souvent (pour Le Chat, pour de l’illu, ou en accompagnant mon chéri) et je ne veux plus le faire. Je suis loin, très loin de certain.e.s auteurices très avenant.e.s et enthousiastes à l’idée de rencontrer leur lectorat et de partager leur expérience. Au contraire, je n’ai jamais rien à dire, je me sens comme une bête de foire et je suis capable de m’évanouir si je dois parler à un groupe de plus de dix personnes. Je préfère rester dans ma maison avec mon chat et mon chéri.

Alors, oui, je sais que rien ne nous oblige à le faire, mais sachez qu’il existe de sacrés relous qui vont insister et c’est difficile de refuser.

Raison n°3 : parce que toutes mes histoires sont reliées entre elles

J’ai failli écrire ici : ‘parce que vous n’êtes pas prêt.e.s‘ mais je ne connais pas le seuil de tolérance au troisième degré parmi les gens qui me lisent.

C’est cette raison qui, la première, m’a poussée à auto-éditer TOWN d’abord, puis Elisabeta : j’écris des trucs qu’on ne publie pas. Prenez TOWN : on m’a clairement dit qu’une série de trois romans (c’est passé à quatre depuis) était quasiment impossible. Parce qu’aujourd’hui, on privilégie les one-shots. Et comme ce que j’écris ne sera jamais exceptionnel pour qu’on le prenne les yeux fermés… Vous comprendrez que je n’ai pas cherché plus loin. Pour Elisabeta, c’était le thème des vampires qui coinçait. Pour Sinteval, la suite d’Elisabeta, on quittera le fantastique vampirique pour le post-apo, donc on changera clairement de genre dans une même série. En fait, il y a toujours un truc qui coince quelque part.

De plus, il y a le fait que mes histoires soient reliées entre elles pour former une sorte de grande timeline où tout se rejoindra à la fin (vous pouvez lire ce billet qui en parle plus en détails). Si les premiers romans sont indépendants et qu’on peut les lire comme on veut sans lire le reste, au bout d’un moment, tout se rejoindra. Pour les droits, j’ai peur que ça coince : si L’Épine Noire est publié chez Truc, Onirophrénie chez Machin, comme je fais quand je devrai publier le roman qui fera suite aux deux (en sachant qu’il faudra absolument lire ces deux romans) ? Chez Truc ? Chez Machin ? Moi-même ? L’un acceptera-t-il de publier la suite d’un roman publié chez l’autre ? Si je dois finalement auto-éditer cette suite, est-ce que ça vaut la peine de proposer mes romans ailleurs, est-ce que je ne devrais pas tout auto-éditer ? (pour le moment, c’est la solution que j’ai choisie).

Quand j’arriverai à la fin de ma timeline et que j’écrirai Le Dernier Roman, celui qui fait le lien entre tout, qui boucle toutes mes intrigues mises en place, qui éclaircit les liens entre mes mondes, qui réunit (presque) tous mes personnages, avec les autres romans semés aux quatre vents, je ferai comment ?

Raison n°4 : parce que moi, je ne suis pas prête

Et c’est la raison qui est la plus difficile à admettre. Parce que je crève de trouille à l’idée que des gens dont c’est le métier lisent mes romans. Je ne veux pas qu’on me lise, je ne veux pas qu’on juge mon travail. C’est assez paradoxal, d’ailleurs : je ne considère pas mon boulot assez bon pour être publié, je suis toujours insatisfaite, mais je serai terriblement vexée si un éditeur me le disait. D’ailleurs, j’ai été très vexée de recevoir mes lettres de refus quand j’ai soumis L’Épine Noire. Bon, OK, avec du recul le texte n’était pas bon, sa réécriture fait d’ailleurs partie de mes objectifs de l’année prochaine. Mais quand même, ça m’a vexée. Je n’y peux rien, ça fait partie de mon caractère, j’ai beaucoup de mal à bien le prendre. L’autre jour, Amélie Antoine a montré sur Facebook sa collection de lettres de refus (papier seulement, elle en a reçu autant par email), et j’ai eu un vieux rire nerveux. Le but de sa publication était de montrer qu’il ne fallait pas baisser les bras et que le travail finit par payer (elle s’est auto-éditée et a vendu beaucoup de livres, au point qu’un éditeur a pris le relais), ce qui, dans l’absolu, est vrai. Mais je sais qu’à sa place, j’aurais même arrêté d’écrire tout court.

Je ne veux pas me confronter au regard d’un éditeur, d’un comité de lecture, ça me fait peur. Je ne veux pas faire la démarche alors qu’on me pousse dans tous les sens pour le faire. Parce que si c’est un non, c’est mon amour-propre qui est entamé, et si c’est un oui… je ne veux pas me confronter au regard des lecteurs. Oui, ça aussi. C’est vrai que je râle souvent parce que je fais peu de ventes à chaque livre que j’auto-édite. Mais d’une certaine manière, c’est confortable : une petite vingtaine, peut-être un peu plus pour Elisabeta, des fidèles surtout, ça ne fait pas trop peur. Savoir que des inconnus me liront… ça, ça me fait flipper. Je suis une trouillarde.

 

 

J’ai toujours voulu être écrivaine. D’une certaine manière, c’était le seul truc que je me sentais capable de faire pour de vrai. Avoir un éditeur, publier des livres, tout ça, ça a toujours fait partie de mes buts et de mes rêves, et si j’ai laissé tomber l’illustration et mes boutiques pour écrire, c’est dans cette optique-là. Je n’ai jamais été fermée à rien, si des occasions se présentent… Car auto-éditer est une très chouette expérience mais on est tout seul quand on fait ça. Et tous les jours, je me demande si j’ai fait le bon choix, si j’ai eu raison de me lancer dans cette voie-là. Tous les jours, j’ai peur de me rendre compte que je me suis gourée, surtout quand on me répète à longueur de temps que je devrais proposer mon boulot aux maisons d’éditions (ce n’est pas parce que vous aimez ce que j’écris que ça intéressera quelqu’un, n’oubliez pas, ça n’est pas si simple).

Bref, voilà les raisons. Ce n’est pas très joyeux et optimiste (ça se saurait, non, si j’étais joyeuse et optimiste ?), et il n’y a pas si longtemps, ça me pesait vraiment au point que je ne savais plus trop ce que je devais faire. Aujourd’hui, je me suis remise en mode bulldozer en essayant d’occulter les doutes. Et dans le pire des cas, rien n’est perdu : mes histoires existent, et quelques un.e.s d’entre vous les lisent 🙂

 

Photo : Quinten de Graaf

1 septembre 2017
21 septembre 2017

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