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Le syndrome de l’impostrice

(aujourd’hui, c’est jour de pause dans mon NaNo. Ayant dû mettre à plat certaines choses mal foutues de mon texte (jusqu’à remettre en question le dit texte, du moins dans sa forme actuelle), je me force à ne rien écrire aujourd’hui pour prendre un peu de recul. J’en crève d’envie, pourtant, ce qui est plutôt bon signe)

 

En ce moment, j’ai l’impression que l’on parle beaucoup du syndrome de l’imposteur parmi les auteur·ices, et j’avais envie d’y revenir. Je vous le donne en mille : je me sens comme une impostrice depuis toujours (et je revendique haut et fort l’utilisation de ce néologisme puisqu’il n’existe pas de féminin du mot imposteur, ce que je trouve déplorable, nous aussi on a le droit). Je vais vous expliquer pourquoi.

Déjà, c’est quoi, le syndrome de l’imposteur ? Wikipédia le définit ainsi :

Les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur, appelé aussi syndrome de l’autodidacte, expriment une forme de doute maladif qui consiste essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel. Ces personnes rejettent donc plus ou moins systématiquement le mérite lié à leur travail et attribuent le succès de leurs entreprises à des éléments qui leur sont extérieurs (la chance, un travail acharné, leurs relations, des circonstances particulières) (ici)

On peut aussi le définir comme Neil Jomunsi le fait :

ce désagréable sentiment que nous ne trouvons pas à notre place, que nous ne devrions pas nous revendiquer de telle ou telle identité, de telle ou telle profession ()

Ça fait longtemps que je ressens ça, à tous les niveaux d’ailleurs. Par exemple, j’ai cherché toutes les excuses possibles et imaginables pour justifier le fait que je ne me démerdais pas trop mal en dessin (j’ai appris en décalquant/en copiant le style d’autres artistes, j’apprends vite, je n’ai pas de style à moi, j’y passe beaucoup de temps, je n’apprends rien par moi-même… Remarquez comment ces excuses sont idiotes, puisqu’il ne s’agit pas d’excuses : tout le monde en passe par là. L’entraînement est la cause de l’amélioration, pas une excuse pour s’enlever tout le mérite, mais à l’époque, je croyais au talent) (d’ailleurs, je pense que le talent réside surtout dans la volonté de vouloir y passer du temps pour devenir meilleur·e, les capacités innées (si elles existent) ne font que 5 % du travail).

Je fais la même avec l’écriture. Je fais même pire, parce que je n’assume toujours pas le fait de me dire écrivaine. Prenez ma page Facebook, par exemple : ça fait à peine 3 mois que j’en ai enfin changé la catégorie, passant d’artiste à écrivain, alors que je ne suis plus illustratrice depuis deux ans. J’ai refusé des séances de dédicaces parce que ‘personne ne viendra, c’est mieux que tu gardes la place pour quelqu’un d’autre‘ (je l’ai dit texto au libraire qu’il me l’a proposé) (coucou Eric, désolée). Je n’envoie pas de manuscrits aux maisons d’édition parce que je pense (sais ?) qu’ils ne seront pas acceptés, et je préfère ne pas leur faire perdre leur temps.

 

On pourrait donc croire que l’auto-édition est une solution, mais ça ne pallie pas au problème. Déjà, je l’ai dit dans ce billet, l’auto-édition est pour moi un choix par défaut pour des raisons éditoriales : je ne crois pas que je trouverai un éditeur prêt à publier une série en 12 volumes mélangeant les genres, dont les 9 premiers sont indépendants (mais aussi parce que je trouve mon boulot pas assez bon, comme dit plus haut). J’aime publier mes bouquins, j’adore tout faire moi-même, de la mise en page à la couverture (j’aime aussi donner des coups de fouet à mon chéri quand c’est lui qui s’en charge, pour qu’il avance plus vite), j’aime proposer mon livre terminé aux lectrices et aux lecteurs. Mais malgré tout, je crois que j’aurai toujours un problème de légitimité. Pas seulement face au lectorat, mais face aux autres : les libraires, les auteur·ices et les blogueur·ses.

Quand on s’adonne à une activité aussi exigeante, compliquée et bouffeuse de temps que l’écriture, on s’attend à être payé·e. En thune, oui (je reviendrai plus tard à l’aspect financier, j’ai un brouillon à ce propos dans mon blog), mais aussi en reconnaissance. C’est normal de vouloir être reconnu·e par ses pairs, de vouloir faire partie d’un cercle. Ça l’est d’autant plus qu’on on écrit, surtout dans un pays comme la France qui élève ses artistes, ses écrivain·es et sa culture à un rang quasi sacré (et qui les précarise en même temps, pour la plupart). Nous avons eu une Ministre de la Culture qui a déclaré que c’était l’éditeur qui fait la littérature, et c’est ce que tout le monde pense, en réalité. Nous sommes beaucoup à y croire, à penser que nous ne pouvons pas nous dire écrivain·es si nous n’avons pas été publié·es, ce qui, pourtant, est en train de changer grâce aux nouveaux outils dont nous disposons pour nous auto-éditer.

Je n’ai rien contre l’édition traditionnelle : si l’auto-édition est pour moi un choix par défaut pour les raisons détaillées ci-dessus, j’ai aussi accepté que c’était le jeu ma pauvre Lucette, et que je n’avais qu’à pas écrire des trucs reliés les uns aux autres. Et somme toute, cette situation aurait pu très bien me convenir s’il n’y avait pas ce problème de légitimité systématique ou presque, couplé à un déficit en confiance en soi.

On aura beau dire ce qu’on veut, les auteur·ices indé restent à part, comme si nous ne pouvions pas entrer dans la cour des grands. Peu d’auteur·ices connaissent et achètent mes livres alors que j’en connais un certain nombre, et je me sens toujours illégitime à parler écriture en leur compagnie (même si je me force on ze web, ces derniers temps). Avoir ses livres en librairie est quasiment mission impossible ; j’ai la chance de proposer mes bouquins à la librairie Critic parce que je les connais depuis un bout de temps (merciiiiii d’ailleurs), mais je ne les propose jamais moi-même, j’attends toujours qu’ils me le demandent. Les blogueuses et les blogueurs sont aussi comme séparé·es en deux castes, avec une frontière très marquée entre celles & ceux qui acceptent les livres auto-édités et les autres. En gros, il n’y a que peu de mélange entre l’édition traditionnelle et l’auto-édition, et les deux ‘camps‘ se jaugent presque comme s’il s’agissait d’une guerre de tranchée (j’exagère à peine, j’ai lu des trucs dernièrement qui donnent l’impression qu’on en guerre).

 

Voilà pourquoi j’ai encore du mal à ‘assumer‘, sans compter le peu de ventes que je fais (j’ai découvert le concept de plafond de verre, qui représente 50 exemplaires vendus pour un titre… je ne l’ai atteint que pour un seul titre, les autres stagnent à 30 exemplaires). Il y a un petit noyau de lecteur·ices qui me suit depuis quelques années, des fidèles qui reviennent toujours et pour ceci, je les en remercie. Mais réussir à étendre son lectorat est sacrément difficile.

Avec tout ceci sur la table, il m’est compliqué de trouver une légitimité à ce que je fais, et à me dire écrivaine. J’ai souvent l’impression que les histoires que j’écris, si elles me transportent par leur écriture (parce que je les vis, parce qu’elles puisent dans ce que je suis), ne valent pas le papier utilisé pour l’impression. Dans le même temps, je sais aussi qu’elles valent mieux que ça, et si c’est paradoxal, je trouve ça assez logique : l’illustration m’a permis de valoriser mon travail. En fait, j’ai confiance en mes capacités d’écriture et je me dis que je fais de la merde à la fois.

 

Pour finir, j’ai lu l’autre jour ce billet du blog La plume du Goupil, qui évoque l’auto-édition à l’américaine. Pour résumer, aux States, on ne trouve pas cette différence entre auteur·ices édité·es et auto-édité·es, il n’y a que des écrivain·es. Avec une telle façon de voir les choses, le syndrome de l’imposteur ne fait pas long feu !

 

Ailleurs :

 

Photographie par Patrick Fore

19 novembre 2017

10 commentaires

  1. Xian Moriarty

    16 novembre 2017

    Allez courage ! Il faut lutter ! Il me semble que tu as beaucoup de carte en main pour parvenir à casser ce vilain plafond de verre ! Accroche toi !
    Je sais que c’est pas grand chose, juste des mots, mais ca me fait plaisir de te les dire. Parce que c’est jamais facile en écriture (si tu te sens impostrice, alors que suis-je moi avec mes petites nouvelles ?) !
    En jour, ca ira mieux….mais pas demain, y a piscine 😉
    (Tu as remarqué qu’il y a « impot » dans imposteur·trice, coïncidence, je ne crois pas….Ok je sors, blague moisie !)

  2. LABOISSE Alexandra

    16 novembre 2017

    Je pense pour ma part que le fameux « syndrome de l’imposteur » n’est en réalité qu’un nombre de facteurs, qui une fois combinés rendent un mélange détonnant.

    Lorsque je lis, ton article, je remarque surtout un grand manque de confiance en ton travail, et à l’inverse tu possèdes un grand sens du perfectionnisme.
    Evidemment, allier les deux ensemble ressemble à un parcours du combattant. Finalement les perfectionnistes sont constamment insatisfaits par leur travail car ils pensent toujours pouvoir faire mieux.
    Ajoute à ça le fait que tu ne trouves pas ton travail légitime, cela t’empêche de prendre pleinement conscience que tu as choisi un parcours difficile et compliqué en dehors des sentiers battus.
    Ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir le courage de choisir la voie de l’auto-édition, d’autant plus que tu as un univers bien à toi qui pour toi ne plairait peut-être pas, ou qui sait peut-être que oui, à des éditeurs.

    L’auto-édition manque cruellement de publicité et pour moi c’est tout ce dont tu manques ! Le monde littéraire se prive d’une écrivaine de « TALENT », et là je parle d’un vrai don, car certaines personnes auraient beau s’entraîner durant leur vie entière qu’elles ne parviendraient jamais à pondre une phrase correcte ! D’ailleurs, le concept de plafond de verre n’est finalement qu’un concept et dans cet univers, il y a un gros manque de visibilité qui n’aide pas à toucher plus de lecteurs.

    Même si ce que tu écris est aux antipodes des standards littéraires, sache que beaucoup d’entre nous aime tout ce qui n’est pas classique et même si ça doit prendre du temps, je suis persuadée que tu finiras par être REconnue et lue par un lectorat chaque jour plus grand.

    En tous les cas, continue à me faire rêver avec tes histoires, à me motiver à continuer à écrire, en persévérant dans ton parcours d’auto-éditrice !

    Merci pour tous ces partages.

    Alexandra

  3. Rozenn

    16 novembre 2017

    Yeah, merci ! C’est vrai que ça fait plaisir 🙂
    Ahaha, et comme tu dis, pas demain, y a piscine, mais peut-être après-demain. Tout ça, ce n’est qu’une question de travail sur soi, au bout d’un moment il faut dire ‘merde’ aux autres, puis ça va mieux 🙂

    (non, je ne crois pas à la coïncidence XD)

  4. Rozenn

    16 novembre 2017

    Ouah, merci beaucoup pour ton commentaire, ça me fait chaud au cœur !

    C’est vrai qu’au final, il y a tout un tas de choses qui s’entremêlent et qui rendent la situation difficile : le tempérament, le parcours, le milieu littéraire tel qu’il est… J’essaie, de plus, d’être moins perfectionniste, mais ce n’est pas simple tous les jours. C’est un gros travail sur soi à faire 🙂
    En fait, tu pointes un autre souci dont je n’ai pas parlé, mais qui est pertinent : quand on ne rentre pas dans le ‘moule’ classique, c’est tout de suite plus difficile. Prendre des risques aujourd’hui, plus grand monde le fait et il faut donc tenter l’aventure tout seul. Je ne sais pas si ce que je fais est vraiment original, ou vraiment aux antipodes des standards, disons que je n’y ai jamais vraiment pensé, mais il y a toujours une réalité de marché à prendre en compte. C’est ça que je trouve assez compliqué : on nous dit : ‘faites ce qui vous plaît à vous, n’essayez pas de faire comme les autres’, mais finalement, si ça ne rentre pas dans les cases, on n’a aucune chance.

    En tout cas, merci beaucoup pour tes mots, ça me motive vraiment et c’est super encourageant pour la suite, et c’est d’ailleurs pour ça que je continue malgré le peu de visibilité et de lecteurs. Ça vaut quand même largement le coup !

  5. Yuna Minhaï

    16 novembre 2017

    Je rejoins l’avis d’Alexandra 🙂 C’est ton perfectionnisme qui rend tes textes intéressants (le chipotage, on en parlait, justement ^^) Si ton petit noyau de lecteurs continue à te suivre (moi y compris 🙂 ) c’est bien parce que ta production et ton style sont appréciés, et que le talent, tu l’as ! Sinon, persos, je ne passerais pas mon temps à te réclamer de la lecture :p

    Mais je crois que le problème, aussi, c’est que tu es tombée dans un cercle vicieux : ne pas avoir confiance en son boulot est, à la base, assez sain à mon sens, parce que c’est le doute qui permet de se remettre en question et de s’améliorer, en opposition à une confiance excessive qui fait foncer tête baissée…. dans le mur. Je pense que c’est (un peu) nécessaire, MAIS, ça fait partie des facteurs qui mènent au syndrome de l’impostrice, et qui font que ledit cercle est lancé : tu n' »assumes » pas, du coup tu ne fais pas de « com » (au sens large : salons, dédicaces, proposer de toi même des bouquins aux librairies etc), donc ça limite ta visibilité, donc ton noyau de lecteurs ne grandit pas, donc ton sentiment d’illégitimité grandit, et ta confiance diminue. Et hop, cercle vicieux est reparti pur un tour. Le problème c’est que l’auto édition, c’est certes la liberté de publier ce qu’on veut, comme on le veut, mais c’est AUSSI assumer la casquette d’attaché de presse, de chargé de com et de vendeur. Sans ce facteur là, ça ne peut pas fonctionner, à moins d’un gros coup de chance. Mais je pense que le pourcentage de chance d’être au bon endroit au bon moment pour que ça décolle est tellement mince que c’est dommage de se priver de tout le reste. Alors c’est sûr que ce n’est pas la partie la plus agréable et facile du boulot, surtout que se vendre c’est franchement pas évident quand on est timide (j’en sais quelque chose… Il aura fallu qu’une libraire m’apprenne à me vendre et à décrire mon propre bouquin en séance de dédicaces pour que ça finisse par donner quelque chose), mais c’est l’une des conditions qui font que le processus d’auto édition peut marcher, et grandir peu à peu…

    Je pense aussi que c’est quelque chose qui s’acquiert avec le temps 🙂 Tout ça pour dire que tu PEUX y arriver, que tu as toutes les cartes en main pour ça et que tu as des gens qui te suivent et te poussent en avant <3

  6. Rozenn

    17 novembre 2017

    Nan mais ça je suis d’accord, le chipotage, il n’y a que ça de vrai ! Mais j’ai appris à ne pas en faire trop aussi, ça n’a pas été simple et je ne pense pas vraiment que mon perfectionnisme soit exactement un souci (disons que je me dis toujours après coup que ‘ça aurait pu être mieux’, mais justement, c’est trop tard).

    Après, je comprends pour le cercle vicieux dont tu parles, et c’est vrai que je n’ose pas faire plus de com (j’essaie, pourtant, en tout cas sur le net, mais on l’a vu dernièrement, difficile avec une visibilité qui baisse et une tendance générale à tout transformer en communiqué de presse… Aujourd’hui, dans beaucoup de blogs par exemple, tout est court et concis, je ne sens plus aucune passion nulle part et je n’ai pas envie de me changer en commerciale à mon tour). En tout cas, c’est quelque chose sur lequel je travaille en ce moment.

    Pour ce qui est des salons et des dédicaces, là c’est un autre problème (c’est con, dans le brouillon de mon article il y avait un passage à ce sujet, mais je l’ai enlevé parce que je croyais que c’était hors de propos XD). Je n’ai pas la possibilité matérielle de le faire, car je n’ai ni permis ni voiture ni argent ni temps pour ça, en fait. Et je dois avouer que je n’en ai pas l’envie non plus ! Je sais que ça me retire une potentielle source de nouveau lectorat mais c’est un choix. Je déteste me confronter aux gens, j’ai une grosse tendance à être antisociale et du coup, les salons et les dédicaces me sont très pénibles. J’ai choisi l’auto-édition pour ne pas avoir à faire ça, justement 🙂 Ce n’est plus de la liberté de faire ce que je veux si je dois m’imposer quelque chose que je n’aime pas du tout (et j’avoue que si je n’ai plus le choix… je ne publierai plus mes livres, ni plus ni moins 🙂 ). Et puis, il y a certes le fait d’avoir peu de lectrices & de lecteurs qui entrent en ligne de compte dans cette histoire de légitimité, mais je ne crois pas que faire des salons me fera sentir plus légitime face aux libraires, auteur·ices et blogueur·ses comme je le disais dans l’article.

    Mais bref, en fait je me rends compte que j’ai l’air de me plaindre dans mon billet alors que pas du tout : c’est comme ça, je ne peux changer ni la situation actuelle des auteur·ices indé ni mon ressenti, je sais depuis longtemps que ce n’est pas le talent (et là je ne parle pas de moi, parce que je le cherche encore, mais de tous les artistes en général) qui compte vraiment (ça se saurait), et j’ai accepté d’écrire ma grande fresque pour une poignée de fidèles, c’est tout 🙂

  7. Yuna Minhaï

    22 novembre 2017

    Ca peut toujours être mieux, de toute façon. On grandit, on évolue, et nos textes sont un instantané d’une époque donnée. J’te dis pas, quand je relis Pandora, j’ai envie d’aller me cacher, mais bon, il faut lâcher prise.

    Je ne pense pas que la passion ait disparu du web, je pense juste que c’est la façon de communiquer qui a changé. Tout ce que j’ai pu apprendre en marketing il y a 10 ans est joliment obsolète, maintenant, par exemple. Et c’est pas évident de s’adapter aux nouvelles méthodes, mais bon, tout change… Mais oui, ça m’énerve aussi, cette tendance à tout raccourcir, tout doit aller vite, ne pas prendre de temps parce que les gens courent déjà trop souvent après. Bientôt, les romans feront 10 pages, et encore, faudra écrire gros, sinon ça fera mal aux yeux, hein. *troll*

    C’est sûr que faire des salons ou autre représente un sacré investissement, financier, matériel et physique. Après, je comprends parfaitement tes arguments (noooon, ce serait dommage de ne plus publier T_T). En tout cas, ça ne te rendra certainement pas plus légitime face aux libraires, lecteurs et blogueurs, non, mais le fait de devoir parler de tes projets, de sortir de ta « carapace » (pas qu’avec des salons, là je parle de toute la com’ en général) te rendra peut être plus légitime face à… toi même, petit à petit 🙂

    Mais je ne suis pas d’accord avec toi concernant le talent. Certes, ça ne fait pas tout, mais ça y contribue quand même beaucoup 🙂

  8. MissHD

    30 novembre 2017

    Hello,
    Les artistes sont souvent d’éternels insatisfaits qui ne comprennent pas toujours pourquoi les gens autour les admirent et apprécient tant leur travail. Qui se trouvent mauvais, alors que non. Qui veulent souvent tout arrêter et finalement repartent plus motivés que jamais !
    Au moins, tu n’auras jamais la grosse tête à penser ainsi. 😉
    Courage !
    Nous on aime ce que tu fais !
    Belle journée,

  9. Solenn

    3 janvier 2018

    Eh bien ! Cela fait quelque temps que je te suis de loin, que prendre un moment pour lire tes livres me trotte dans la tête, et que je me demande comment t’aborder pour discuter avec toi de tout ce que tu fais. =) J’ai toujours aimé écrire : j’ai quelques manuscrits en réserve sur mon ordi, j’ai eu des réponses négatives d’éditeurs (il y a longtemps), j’ai beaucoup douté et j’ai malheureusement mis ça de côté… Mais aujourd’hui, je repense fortement à ce que je pourrais faire si je reprenais la plume. Bref, ce petit blabla pour te dire que ce n’est pas vraiment sur l’écriture que ton post m’a interpelé. Je suis artiste plasticienne avant tout (et prof de dessin), et, bon sang ! je me retrouve tellement dans ce que tu dis ! Ecriture, peinture, musique, je crois qu’on passe tous par là : on s’inspire de nos « idoles », de nos préférences, mais on a toujours l’impression que la réappropriation que l’on en fait n’est pas légitime. Lorsque je dessine ou peins, j’ai pris la mauvaise habitude de me dire : « attends, est-ce que cette image de référence, je peux m’en inspirer sans soucis ? est-ce que les gens ne vont pas se dire que ça ressemble à tel ou tel autre tableau ? et si je peins comme si, comme ça, est-ce que ça va plaire au gens ? comment faire pour que je sois « reconnue » ? mais si je dessine dans tel style, je vais devoir continuer et ne faire que ça ? …etc. Je suis tellement peu sûre de moi, que je me torture les méninges à chaque nouvelle production. Alors que finalement : l’art n’est-il pas un fruit de la liberté ? En tout cas, ça serait mieux : on ne devrait pas avoir à se priver d’inspiration, de liberté pour faire ce que l’on aime et proposer des choses qui nous tiennent à coeur. Bon, je ne vais pas raconter toute ma vie (haha ! je suis bavarde), mais j’ai beau me remettre en question à chaque fois (même par rapport à mes élèves), j’ai encore beaucoup de mal à me dire que j’ai les compétences pour faire ce que je fais, et qu’il est légitime que je vive de mon art. Après tout, si c’est un métier-passion, c’est avant tout un métier… non ? Merci de ton courage et de ta persévérance, je pense que ça aide beaucoup de gens à tenir bon et à poursuivre leurs rêves. En tout cas, moi ça me booste ! =)

  10. Rozenn

    4 janvier 2018

    Bienvenue par ici 🙂 Je suis toujours très contente de parler d’écriture ou d’autre chose, donc welcome !
    C’est assez incroyable de constater que toutes celles & ceux qui ont une discipline artistique comme passion et/ou travail se retrouvent paralysé·es par cette limite que l’on se met soi-même, en fin de compte. Cette impression de ne pas être à sa place, de ne pas être légitime, c’est comme une épidémie (ou alors, c’est parce qu’on ose en parler publiquement). Toutes les questions que tu te poses dans ton commentaire, je les connais par cœur moi aussi (et vu que j’ai fait de l’illustration, c’était pareil), et ça n’aide pas vraiment à avancer. Se poser des questions est normal (il faut bien se remettre en question !), mais autant, tout le temps, et avec autant de force… c’est difficile. Mais tu as raison, l’art est un fruit de la liberté, c’est tellement dommage de s’arrêter à cette histoire de légitimité !
    Quelqu’un avait fait une remarque judicieuse à ce propos sur FB : au lieu de décortiquer les effets de ce syndrome de l’imposteur, on devrait plutôt se demander pourquoi nous sommes autant d’artistes, d’auteur·ices et autres à en souffrir. Quelque part, c’est la société qui nous donne cette impression d’illégitimité, surtout avec l’aura quasi sacrée qui entoure les artistes et les écrivain·es (ce truc assez franco-français qui parle de don, de talent inné, et de carrière passée à dormir dans le caniveau et à crever de faim parce qu’un bon artiste est un artiste mort, en somme). Aujourd’hui, nous sommes très nombreux à vouloir revendiquer le droit d’être artiste ou auteur·ice et à vouloir en vivre, mais il y a encore pas mal de bâtons mis dans nos roues pour nous empêcher de le faire sereinement, ce qui provoque tous ces questionnements. Comme tu dis, si c’est un métier-passion, c’est avant tout un métier, et il n’y a pas de raison, on a parfaitement le droit de l’exercer, et surtout de l’exercer comme on veut ! Sans doute que notre éducation nous pousse à ressentir ça, et il est grand temps de nous déconstruire sur ce sujet (en plus des autres sujets).

    En tout cas, je suis heureuse de savoir que ma râlerie encourage au moins une personne 😀 (comme j’ai souvent l’impression de passer pour une chouineuse…). Merci beaucoup à toi pour tes mots, qui me boostent à mon tour, et puis bon courage si tu reprends effectivement la plume !

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