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Hiraeth

En discutant avec une de mes alpha-lectrices (aka les cobayes), je me suis rendue compte que ça fait déjà la moitié de ma vie que je délire sur ces anges abominables qui se brûlent les ailes dans le simple but de descendre des humains. Il n’était pas encore question de fin du monde à l’époque, mais d’un héros malgré lui, un pauvre type qui n’a rien demandé et qui se retrouve au cœur d’une guerre entre les anges et les démons, au point qu’il en ouvre les portes de l’Enfer pour que ça s’arrête. Oui, c’est cliché à mort. Mais il s’agit des prémices d’Élias (qui ne s’appelait pas comme ça et qui n’avait pas encore rencontré le swag de Denzel Washington dans Le livre d’Eli), et de toute une trilogie derrière. Dire que j’avais dit que je n’en écrirai jamais, des trilogies.

Maintenant que j’ai mis le point final à cette trilogie avec Passeurs (du moins ce truc dégueulasse écrit en 15 jours qui me sert de premier jet), je me rends compte que chacun des tomes comprend un certain nombre de trucs que j’ai amassé, collectionné, vécu, oublié, rencontré. C’est le problème de ces textes qu’on écrit au fil des années : au bout d’un moment, on ouvre les yeux et on réalise qu’on y a foutu ses névroses. Des anges qui doivent apprendre à mourir d’abord pour pouvoir vivre ensuite, des lieux que l’on construit pour mieux les détruire ensuite, des lieux que l’on détruit pour mieux reconstruire sur leurs ruines, des séparations inévitables, des retrouvailles au pied des tombes. La paix qu’on ne trouve jamais, surtout quand on ne la cherche pas.

Avec ma cobaye, donc, nous avons parlé d’Angel Sanctuary. À un moment il a fallu avouer, quand même, que cette série m’a inspirée énormément de choses à l’époque, dont le concept ‘les anges sont des enfoirés’. Les années ont passé depuis, ce qui fait que je m’en suis largement éloignée, mais j’aime toujours autant cette série dont il me manque encore des tomes de la première édition (la liste des n° manquants est toujours dans mon porte-feuille, des fois que je tombe dessus chez les bouquinistes). Ceux qu’il me reste ont tous ou presque leur reliure décollée à cause de la chaleur, comme la plupart des mangas qui ont déménagé avec moi.

Ça fait… 16 ans. 16 ans presque jour pour jour que cette série a atterri dans mes mains.

The sound of your voice
Painted on my memories

J’ai un doudou depuis toutes ces années ou presque, qui a gravement contribué à Tueurs d’anges . Mon album doudou c’est Hybrid Theory. Oui, moquez-vous, je m’en fous, je kiffe Linkin Park. J’ai toujours le CD gravé à l’époque. J’avais 16 ans, j’étais en seconde, et je l’ai trimbalé dans mon discman pendant des mois. Il y a un scratch dans les premières secondes de Papercut à cause d’une rayure. Ça reste d’ailleurs mon titre favori du groupe, parce que c’est le premier que j’ai entendu quand ma meilleure amie au lycée me l’a fait écouter. Un doudou, donc, un truc familier dont je connais les contours par cœur (pourquoi j’ai appelé un de mes personnages Chester, hein ?).

Ça fait… 15 ans. 15 ans presque jour pour jour que j’ai rencontré N., et Linkin Park.

Komorebi : sunlight filters through the trees

Dans mes mythes fondateurs, il y a celui de l’androgyne, la créature décrite par Aristophane dans Le banquet, celle que Zeus coupe en deux pour lui faire payer son orgueil. Je n’ai pas pigé grand-chose au reste du bouquin, pendant mes cours de philo, difficile de rester attentif quand on passe son temps à discuter avec le voisin. Je n’en ai retenu que le mythe de l’androgyne parce qu’il faisait sens avec ces anges à la recherche de mortels à buter, et avec ce surnom de Lilith qu’on me donnait alors (l’être androgyne créé par Dieu et coupé en deux, donnant ainsi Adam et Lilith/Eve, voyez). La lumière passait à travers cet arbre géant dont les branches touchaient presque le bâtiment du lycée. Pas loin, il y avait la Boussole, et la promesse d’un départ.

Ça fait… 14 ans. 14 ans presque jour pour jour que j’ai rencontré Y., et découvert cette salle de philo du jeudi après-midi.

I wanna find something I’ve wanted all along
Somewhere I belong

Et puis, plus tard, on se dit qu’il faut bien laisser ses racines prendre quelque part. Ça a mis du temps, mais ça a donné Passeurs  : il était temps de rentrer à la maison. Déglinguée, la maison, avec des murs fêlés. Mais ma maison. C’est pour ça que je n’ai pas le wanderlust, voyez. Tout le temps que j’ai passé à reconstruire, tout en élaborant l’histoire de mes anges tueurs, je l’ai fait accrochée à Rennes comme une bernique à son rocher. Déménagements, déracinements, éloignements, jusqu’à celui de trop. Maintenant, je rentre à ma maison, j’y suis et j’y reste malgré les restes d’hiraeth qui viennent de temps à autre.

Hiraeth : a homesickness for a home you cannot return to, or that never was

Bon, maintenant, j’aimerais bien que vous puissiez lire ces textes un jour.

4 mai 2016

3 commentaires

  1. Yuna Minhaï

    10 mai 2016

    C’est sympa de pouvoir se plonger dans l’envers du décor et la genèse de tes mots, ça leur donne une nouvelle dimension. Et en fait, nos univers sont bercés d’influences assez similaires, Linkin Park a forgé une sacré grosse partie du bordel qu’il y a dans ma tête (Cure for the Itch, Somewhere I belong et Krwlng notamment…) et ils continuent encore (gaaah, Wisdom, Justice & Love *frissonne*). Quant à Angel Sanctuary, n’en parlons pas, c’est grâce à (à cause de ?) Kaori Yuki que j’ai commencé à dessiner >.<

    Il y a des choses qui nous marquent à vie, qui sont gravées en nous comme un tatouage sur la peau, et qui font que, quoi qu'on fasse, on écrit toujours avec nos tripes. Parfois, c'est dur, chiant, douloureux, mais souvent, c'est assez cool.

    Hâte de pouvoir lire tout ça, en tout cas 🙂

  2. Rozenn

    10 mai 2016

    Oui, c’est vrai que je me suis rendue compte que nos influences se rapprochent pas mal, en effet 🙂 C’est drôle de constater à quel point Linkin Park a pu influencer/inspirer/parler à une bonne partie de notre génération, ‘savent toucher au but, ces cons (parce que j’aimerais bien m’en débarrasser un peu, ça me ferait dire que je suis passée à autre chose, mais je n’y arrive pas !). Je suis bien d’accord avec toi pour Wisdom, Justice & Love, en fait pour tout l’album que j’ai écouté en boucle pendant la rédaction d’Oracles (l’enchaînement The requiem & The radiance a même inspiré un personnage principal et une grande partie du roman). Et Kaori Yuki, bon, voilà, c’est ze grande prêtresse, quoi !

    J’aimerais bien, quelquefois, pouvoir écrire des histoires ‘gratuites’, qui ne s’inspirent pas (de près ou de loin) de trucs vécus parce que c’est fatiguant. Mais bon, c’est comme ça qu’on écrit les meilleures histoires 🙂

    (ah, et il faut que je réponde à ton email aussi *à la bourre powa*)

  3. Yuna Minhaï

    10 mai 2016

    Ouaip, ils appuient là où ça chatouille, et ça, ça reste 🙂 Il y a deux trois trucs/groupes/images/personnes, comme ça, qui me font me demander ce que je serais devenue si je ne les avais pas connus. C’est une espèce de patchwork, difficile de s’en défaire, en effet (perso, impossible de passer à autre chose, j’ai même pas pris la peine d’essayer, c’est peine perdue XD)

    C’est vrai que l’ensemble de l’album est plutôt sympa (pour le coup c’est Wretches and Kings et When they come for me qui m’a inspiré l’un de mes persos (chouchouuuuuu *groupie*))

    Bon, du coup j’ai d’autant plus envie de découvrir tes autres écrits compte tenu de la résonance que ton univers peut avoir pour moi, allez viiiiteuh, publie-les <3

    (et t'inquiète pour le mail, c'est pas moi qui vais pouvoir t'apprendre à ne pas être à la bourre XDDD)

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