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Onirography

C’est ça que je veux écrire

(brouillon rédigé le 22 février)

Demain, je commence le premier jet de Passeurs, le tome 3 de TOWN.

Pour tout dire, j’ai très peur. Commencer un nouveau roman, c’est toujours une angoisse : je ne sais plus comment on fait, j’ai peur de ne pas arriver au bout, d’avoir élaboré un plan foireux, de me planter, et surtout, la tâche me paraît insurmontable. J’y arrive toujours, pourtant ; ce roman est le cinquième que j’écris, pas de raison que je ne parvienne pas à le finir. Pour tout dire, il me fait plus peur que les autres car je le recommence pour la troisième ou quatrième fois (et petite difficulté supplémentaire, c’est une fin de série).

Passeurs est une étape délicate à franchir, car j’ai longtemps hésité sur ce qu’il allait raconter, et sur son utilité. Certains passages du roman ont été écrits pour la toute première version d’Oracles, c’est dire que ça a évolué. Surtout, la précédente tentative date de novembre, lors du NaNoWriMo, elle s’est soldée par un semi-échec qui m’a laissé un goût un peu amer, car je me croyais plus ‘performante‘ que ça. L’ironie là-dedans, c’est que ce que j’ai écrit en novembre, abandonné en plein milieu parce que je trouvais ça moyen, n’est finalement pas si mal après relecture, et je vais même le reprendre pour en faire une novella (mais pas tout de suite, hein).

Donc, je commence demain et j’ai les boules. Je ne suis pas du tout dans le mood, pas du tout dans l’esprit de ‘t’attaques un nouveau roman demain, sois au taquet‘, pas du tout prête pour bosser chaque jour ou presque et aligner les mots de mon texte en oubliant mon ménage. Mon syno est pourtant nickel, l’histoire a été validée par mon chéri et Tata Sophie, mes fiches personnages sont OK, ma chronologie est complète. J’ai d’ailleurs un truc tout simple pour me rendre compte que je peux y aller : je traîne des pieds, je passe mon temps à fignoler mes recherches et mes fiches, et surtout je dis chaque jour ‘allez, demain je commence’. Je commence demain depuis ce weekend, donc il est temps. Je commence VRAIMENT demain.

J’ai sorti mon synopsis, ai relu le début, j’ai sorti aussi mon journal d’écriture et ai écrit une page pour y noter tout ce que je suis en train de déblatérer ici. La trouille, l’angoisse, le lent démarrage habituel… Rien d’inhabituel. Pourtant, j’ai voulu pour une fois me montrer positive et me dire que je partais gagnante. C’est vrai, après tout : il n’y a pas de raison que ça se passe mal.

J’ai voulu me donner un nouveau leitmotiv, que je n’avais jamais considéré auparavant : je dois écrire pour moi. Autant vous l’avouer : je n’ai jamais envisagé que je pourrais écrire pour moi, je l’ai toujours fait pour être lue, pour les autres, depuis mes ‘débuts’ à 12 ans. Écrire, c’est trop de travail, trop de stress, trop d’introspection, trop de tête-à-tête avec soi-même pour que ça reste dans mon disque dur, il fallait que je partage. Mon rêve, c’était ça : devenir une écrivaine reconnue. Pas forcément quelqu’un qui écrirait des best-sellers, mais qu’on — autres auteur·ices, lectorat, etc — reconnaisse ma qualité d’écrivaine. Pourtant, j’ai tendance ces derniers temps à me dire que ce rêve ne se réalisera pas, parce que auto-édition et très peu de lectorat (je vous invite à lire ce fil Twitter, qui en parle). Finalement, avoir des attentes de ce style, c’est le meilleur moyen d’être déçue. C’est pour cela qu’il faut que j’accepte d’écrire pour moi-même en premier lieu (et si l’on lit et apprécie mes histoires, c’est encore mieux). J’ai trop avancé dans mon Grand Projet pour abandonner et me décourager, alors autant continuer. Autant continuer pour moi.

En allant par là, autant y aller à fond. Si j’écris pour moi, j’écris ce que je veux, en dehors de toute considération éditoriale, en oubliant les mauvaises critiques et les déceptions du lectorat, en avançant dans la direction qui me plaît. J’ai passé trop de temps, ces derniers mois, à osciller entre deux caps, à savoir : suivre les conseils (utiles et légitimes) de quelques personnes sur mes textes, et embrasser une totale indépendance. Un exemple ? L’on m’a plusieurs fois pointé le langage trop familier dans mes derniers textes. Mais après tout, si j’ai voulu l’écrire comme ça, pourquoi je changerais ? J’ai fait le choix d’être indépendante, de prendre tous les risques toute seule et de subir les inconvénients de l’auto-édition, alors pourquoi ne pas aller jusqu’au bout et faire exactement ce que je veux ? J’ai toujours refusé les bêta-lectures, et ce n’est pas pour rien. Bien entendu, je corrige mon texte quand il comporte des fautes et des coquilles, des imprécisions, des incompréhensions, mais quand on s’aventure dans le travail éditorial sur le fond et la forme (alors que je n’ai pas d’éditeur !), pourquoi devrais-je tout accepter si ça ne me convient pas ? Mes mots, mes phrases, mes textes sont réfléchis. Ils ne sont pas parfaits, loin de là, souvent maladroits. Mais ils sont choisis. D’un bout à l’autre.

Bref, tout ça pour conclure ceci : il est temps pour moi de me montrer un peu plus égoïste et possessive envers mes propres histoires afin d’être entièrement en accord avec ce que je veux, quitte à commettre des erreurs (qui seront les miennes). Petite citation de la page d’aujourd’hui dans mon journal d’écriture :

Je vais y arriver. Mon histoire est béton, elle tient la route, et surtout, c’est ça que je veux écrire. Tout ira bien.

Le premier conseil que l’on donne aux écrivain·es en herbe, c’est : ‘écris ce que tu veux’. C’est donc ce que je vais faire.

 

Mise à jour le 23 février : Let’s go, baby !

3 commentaires

  1. Tata Sophie

    24 février 2018

    Ouiiiiii tu vas y arriver, go go go ! <3

  2. Jeanne

    19 avril 2018

    Je n’avais pas lu ce billet. Je suis interpellée par le fait que tu refuses les bêta-lectures, parce que ça me renvoie à ma propre ambivalence à ce sujet. Pour mon premier roman publié, je considère que je n’ai pas eu de « vraies » bêta-lectures, et au final je l’ai complètement assumé, pour les raisons que tu décris. Mais là, bizarrement, j’ai fait volte-face et j’ai même payé quelqu’un pour me bêta-lire en profondeur… Et pourquoi? Je me rends compte, face à ton opinion, que cela est bel et bien lié à ma peur de la réception du lectorat (oui, c’est moi-même qui te disais que j’écrivais désormais pour moi-même… mais comme on rechute, hein!). Mon premier roman, je l’ai publié dans l’anonymat. Maintenant que j’assume être officiellement liée à ce que j’écris, j’ai très, très peur qu’on puisse me le renvoyer à la figure, et je crois que je cherche inconsciemment une sorte de soutien ou de consensualité dans le filtre du regard de l’autre.

    En tout cas, ce que tu écirs m’inspire. Peut-être que je vais laisser tomber la bêta à l’avenir; c’est juste un truc de débutante en mal de réassurance. 😉

  3. Rozenn

    19 avril 2018

    Il m’a fallu longtemps avant d’assumer de refuser les bêta-lectures. Comme on lit partout que c’est ‘indispensable’, ‘obligatoire’ ou que sais-je, ce n’est pas facile de le dire publiquement (ça pourrait être pris pour de l’orgueil). Personnellement, le principe même de la bêta-lecture m’a toujours gênée. Pour l’aspect participatif, déjà (‘tu me bêta-lis et je te bêta-lis en retour’, euh, non, je ne sais pas faire ça, et je n’ai pas que ça à faire non plus), mais aussi parce que ça ressemble à une intrusion de quelqu’un d’autre dans MON histoire. Et là, c’est le meilleur moyen pour me faire perdre confiance en mon travail. Du coup, j’ai préféré éliminer toutes les sources de contrariété 🙂

    Mais je comprends tout à fait quand tu parles de ‘filtre’ ; c’est flippant, un peu, de proposer à lire son travail quand on est seul·e à bord (j’aurais du mal à publier mes bouquins sans l’aide des quelques personnes qui relisent le texte pour éliminer les dernières coquilles). On est toutes & tous différent·es, j’ai pas mal de copines qui ne pourraient pas se passer de bêta-lecture par exemple. Ce n’est pas simple d’assumer pleinement ce que l’on donne à lire, c’était d’ailleurs la raison d’être de ce billet : je fais ma popote et c’est moi qui décide, et si ça ne vous plaît pas, c’est le même prix. Peut-être que toi, tu as besoin, justement, de ce soutien ? Je ne pense pas que la bêta-lecture soit un truc de débutant·e en mal de réassurance 😉

    (ah, et quant à la rechute du ‘j’écris pour moi’, je change d’avis tous les trois jours à ce sujet. Ça ressemble un peu au funambulisme, l’écriture, en fin de compte !)

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