• Pas de produit dans le panier

Archives

Montez à bord de l’Oniropostale !

De temps à autre me vient une envie subite de bricoler, en général entre deux romans (comme récemment avec Poppet Murray). Quand ça arrive, il vaut mieux dégager le passage parce que ça déménage.

Si vous suivez mon boulot depuis un moment, vous savez combien j’aime travailler le fil métallique (le fil de cuivre surtout, mais aussi d’alu), et jusqu’ici je n’avais réalisé que des bijoux. Pourtant, ça faisait longtemps que je voulais fabriquer des objets avec du fil ! Bref, ça m’est venu un peu comme ça, et j’ai donc sorti mes bobines, mes pinces et mes inspirations, et voilà le travail. Voici l’Oniropostale !

Cette étrange montgolfière au ballon de papier, construite de travers, apparaît parfois dans les rêves ; elle est conduite à travers les nuages et la nuit par un étrange homme vêtu de noir, et coiffé d’un haut-de-forme… Un St. John, sans aucun doute, qui distribue des rêves te des cauchemars (et vous vous doutez bien que je raconterai son histoire un jour ou l’autre).

D’un point de vue technique, la chose est un peu bancale car conçue à l’arrache, le ballon n’est pas équilibré, la nacelle non plus, mais je l’aime bien comme ça. La structure est faite avec du fil de cuivre émaillé, et le ballon avec du papier crépon. Il est décoré avec des rubans de soie et un joli collier offert par ma sœur il y a un bout de temps (j’aime bien recycler mes bijoux, ça leur donne une nouvelle vie).

Il est possible que je fasse d’autres objets de ce genre, comme des personnages, des décors ou des animaux. Si je dois me reconvertir et changer de boulot, il est plus que probable que je propose ce genre de petites choses à la vente… mais on n’y est pas encore :)

J’espère que l’Oniropostale vous plaît !

600 jours d’apocalypse – les premiers textes sont disponibles !

En attendant la publication prochaine de Passeurs et de Clairvoyants (bientôt, bientôt ! Reste encore à terminer deux ou trois trucs et on est bons, rendez-vous fin du mois), je vous propose de découvrir les deux premiers textes du recueil 600 jours d’apocalypse.

Pour rappel : ce recueil réunit des nouvelles qui racontent ce qui se passe pour certains personnages de la série TOWN. Il faut au moins avoir lu Tueurs d’anges et Oracles pour le lire, ainsi qu’Elisabeta (pour le texte concernant Saraï) et Onirophrénie (pour les textes concernant Fañch et Lili) (tout est précisé dans le recueil). Les textes de ce recueil sont tous indépendants et ne se suivent pas ; on peut aussi le lire si on veut et quand on veut, c’est-à-dire soit avant d’aborder Passeurs, soit après avoir terminé la série. Toutes les infos se trouvent dans la fiche ci-dessous :

Voir la fiche du recueil 

 

Pour l’instant, il n’y en a que deux, à mon avis les deux plus importants : L’Apocalypse selon Élias (qui raconte… ce qui se passe pour Élias), ainsi que Les premiers jours de cendres (qui se concentre sur Oxyde). Les autres viendront plus tard car je n’ai pas eu le courage de me replonger tout de suite dans l’apocalypse… Comme dit dans le dernier billet, terminer TOWN a été difficile, alors j’ai préféré ne pas me mettre la pression et prendre mon temps. Possible qu’un ou deux nouveaux textes seront disponibles pour la parution de Passeurs et de Clairvoyants, mais je ne suis pas sûre (et comme ce n’est pas indispensable de les lire, vous pourrez tout à fait commencer Passeurs avant). Bref, je vous tiendrai au courant, ici et sur Twitter !

 

 

Les nouvelles sont disponibles à la lecture sur Wattpad, ainsi qu’en ebook téléchargeable. Les ebooks à télécharger se présentent sous la forme d’un .zip dans lequel se trouve le texte en trois fichiers : .epub, .mobi et .pdf. Le recueil sera mis à jour à chaque nouveau texte. Les ebooks sont gratuits et proposés en libre accès : vous pouvez les télécharger et les diffuser, mais ne pas en revendiquer la paternité ni les commercialiser.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas, et surtout, si vous lisez les nouvelles du recueil, n’oubliez pas de m’en faire part, de laisser un commentaire, ou de partager !

 

Lire sur Wattpad Télécharger l’ebook Voir la fiche du recueil 

Bilan (9) – septembre

Encore une fois, je suis en retard (je sais qu’on n’est que le 5, mais c’est 5 jours trop tard). Ces derniers jours ont été sport en raison du bouclage de Passeurs et de Clairvoyants, mais maintenant que c’est fait, on peut retrouver une vie (à peu près) normale !

Quoi de neuf en septembre, alors ?

En septembre, je devais terminer-boucler-classer Clairvoyants, et lancer la publication de Passeurs & de Clairvoyants, donc. Et c’est chose faite !

Corriger Clairvoyants m’a paru particulièrement difficile, presque insurmontable ; je n’en menais pas large lorsque j’ai commencé. L’idée de passer des jours sur ce texte qui m’a donné beaucoup de fil à retordre m’était quasiment inspportable. Il faut dire que j’ai eu du mal à en venir à bout : ce roman a été recommencé plusieurs fois, j’avais du mal à le sentir, et au bout d’un moment j’ai même pensé abandonner la série Town. Heureusement, je ne suis pas du genre à me décourager au point de tout laisser tomber (pas l’écriture, du moins). Le roman est terminé, corrigé, relu, il est parti chez mes copines relectrices, et Town s’achève enfin. Et pour couronner le tout, je ne suis pas mécontente de ce que j’ai écrit !

La série au complet !

 

Tout ça m’a permis d’apprendre deux ou trois trucs sur l’écriture et sur mon travail. Déjà, je sais que je réécrirai plus de série, et si jamais je devais me lancer de nouveau dans l’aventure, j’écrirai tout avant de les publier. S’engager sur un tel boulot à long terme est beaucoup trop stressant. Ensuite, il ne faut absolument pas se reposer sur ses lauriers. Oui, c’est vrai, c’est valable pour tout dans la vie, rien n’est acquis, mais ici je me suis vraiment trompée : j’ai cru que j’avais gagné des levels et que je n’avais pas besoin de faire des efforts, que tout irait sur des roulettes. Sauf que non, chaque roman est différent, on ne peut pas s’attendre à pouvoir les écrire de la même façon à chaque fois. Juste avant Passeurs/Clairvoyants, j’avais écrit Onirophrénie en 11 jours, une petite prouesse que j’étais sûre de pouvoir réitérer, et je me suis plantée en beauté. Le pire étant que j’ai écrit Les fantômes de Ker ar Bran très vite aussi, juste après Clairvoyants ! En fait, j’ai vraiment appris à aller vite, c’est juste que Clairvoyants m’a posé beaucoup de soucis. Maintenant que la série est terminée, je me sens plus légère.

Toujours en ce qui concerne Town, j’ai aussi commencé le recueil 600 jours d’apocalypse qui doit accompagner la sortie des tomes 3 et 4. Ce recueil (gratuit !) proposera quelques nouvelles en rapport avec des personnages de la série, et racontera ce qui leur arrive pendant l’Apocalypse (tout est expliqué dans ce billet). Le boulot du mois d’octobre consistera donc à finaliser ce recueil.

Et en dehors de ça, j’ai envoyé Les fantômes de Ker ar Bran à qui de droit, et les retours sont pour le moment très positifs (mais ne crions pas victoire).

Et sinon :

  • Miracle, j’ai enfin un téléphone portable ! (je n’en avais plus depuis 6 ou 7 ans je crois)
  • Nous avons réorganisé et installé de nouvelles bibliothèque à la maison, parce que nos livres se multiplient inexplicablement
  • Grâce à Thomas Geha, j’ai eu une super dédicace de Christopher Priest dans Le prestige, dont l’adaptation fait partie de mes films préférés (et je suis hyper contente)
  • J’ai rencontré Mathieu Gaborit et Mélanie Turpyn (et je suis hyper contente aussi)
  • J’ai enfin écrit mon bilan sur l’auto-édition
  • Ma collection du Cirque des rêves grandit encore puisque j’ai reçu trois nouvelles éditions : deux services de presse et une édition Halloween. D’ailleurs, pour l’occasion, j’ai aussi customisé une poupée Monster High pour la transformer en Poppet Morray ! (et c’est bientôt l’heure de ma relecture annuelle du livre, j’ai hâte)

Les livres lus :

  • Les attracteurs de Rose Street – Lucius Shepard
  • Hors Série Une Heure-lumière
  • Le Prestige – Christopher Priest
  • Nous qui n’existons pas – Mélanie Fazi
  • Amour, Jihad & RTT – Marc Dubuisson

Et en octobre ?

Tout le mois d’octobre sera consacré à la publication de Passeurs et de Clairvoyants. Les exemplaires-tests ont été commandés chez Lulu afin de contrôler les couleurs des couvertures, et il ne reste plus à finaliser les mises en page en ajoutant les dernières corrections dedans, d’entrer les fiches des livres sur mon site (et écrire un pitch pour Passeurs, au secours), écrire et finaliser trois textes pour 600 jours d’Apocalypse, publier ce dernier en ebook et sur Wattpad, et enfin lancer l’impression des livres. Je ne ferai pas de précommandes cette fois ; il y aura 20 exemplaires de chaque pour commencer. La sortie est prévue pour le 1er novembre !

Ma version de l’Inktober

Comme je n’écrirai pas beaucoup, je pourrai m’occuper de trucs en attente depuis longtemps : mon ménage, déjà, ainsi qu’un tri dans les billets du blog (et peut-être un changement de couleurs du site (edit : du coup c’est fait), et pourquoi pas simplifier encore toutes les pages qui expliquent le Grand Projet). J’aimerais aussi commencer à réfléchir au prochain texte que je veux écrire : en 2019, l’objectif sera de publier Sinteval et la version longue d’Érèbe, et je ne sais pas du tout par lequel je vais commencer. J’avais très envie d’entamer Érèbe en décembre… mais un autre projet s’est ajouté à tout ça, un truc un peu bizarre qui aura une forme un peu barrée, et donc je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdue. Du coup, je vais me concentrer à prendre des notes sur tout ça et on verra ensuite (de toute façon, je n’aurai pas la possibilité de me remettre à écrire  avant décembre).

En dehors de ça, je me suis amusée à faire des gribouillages au stylo sur moi à l’occasion de l’Inktober (il y a déjà quelques photos sur mon Twitter et mon profil Facebook), mais je vais arrêter parce que je n’ai pas le temps.

 

Pour terminer, la photo du Chat

À bientôt !

La Cité dans le sable

En savoir plus : Les bijoux de l’Onirographe

 

Atlacoaya est une cité que l’on entend. Mais on ne l’écoute pas, et à ce titre, elle ne parle plus, elle garde le silence depuis des siècles.

Perdue non loin de la frontière du désert, entourée de sable et de terre desséchée, elle brûle comme une pierre oubliée au soleil. C’est une cité-État immense établie il y a de cela un millénaire sur le plus grand carrefour marchand entre la zone du Froid et celle de la Nuit, au cœur de la région que l’on appelle l’Ancien Nord. À présent, les caravanes commerçantes ont disparu, parce qu’il n’existe plus aucune contrée accueillante nulle part  ; un mal mystérieux ronge la planète, transforme ses terres et ses mers en champs de pierre noire stérile sur lesquels rien ne peut pousser. Et Atlacoaya, joyau fatigué et assoiffé planté au cœur du désert, demeure le dernier refuge qui existe.

La Cité-sans-roi n’en ressemble pas moins à un enfer, certains jours. Ses marchés géants, ouverts en permanence, attirent toujours plus de négociants et de visiteurs venus des quelques villes et villages résistants à la chaleur près du désert  ; une joyeuse cohue, mélange de cris, de chants, d’interpellations en tout genre, de couleurs, de parfums divers, qui ne prend fin qu’au moment où le soleil se couche.

Dans les quartiers voisins, les maisons s’empilent les unes sur les autres, construites en dépit du manque de place et du bon sens. Ce sont des habitations en pierre rudimentaires, avec de simples ouvertures en guise de portes et quelques meubles bricolés avec les moyens du bord – bois, osier, carton fabriqué à la main, argile… Des familles entières s’entassent dans ces maisons minuscules. Ce qui n’entame en rien leur bonne humeur et leur volonté de faire tourner la ville comme si cette dernière était une mécanique ancienne menaçant de tomber en panne à tout moment  : les rouages vieillis grincent, les pièces cassées ne pourront jamais être réparées, mais la machine poursuit son œuvre avec vaillance.

À chaque heure du jour ou de la nuit retentissent cloches et chants, dont le son monte jusqu’au ciel éternellement sans nuages comme pour interpeller des dieux qui ne répondront jamais. Il y a des centaines d’églises à Atlacoaya, des centaines de clochers, de minarets, de coupoles, et c’est pour cette raison qu’on l’appelle la cité aux mille temples.

Et la cité aux mille noms, aussi. Mille noms selon les langues, selon les régions, selon qu’on aime ou qu’on déteste cette ville erratique qui ne s’endort jamais vraiment, qui illumine le désert et tout le pays – ou du moins ce qu’il en reste – par son aura vibrante de vie et de magie.

Mais personne ne l’écoute. Alors elle se tait.

 

(merci à Alexa !)

Auto-édition : le bilan

Edit du 8 octobre : j’ai ajouté à la fin de ce billet un tableau qui comptabilise le nombre de ventes de mes bouquins, pour vous faire une idée.

 

Voilà un bout de temps que j’ai envie d’écrire un tel billet, mais le manque de temps n’aidant pas, ainsi que la difficulté à mettre mes idées en ordre, je n’ai fait que repousser. C’est maintenant chose faite ! Merci de bien vouloir noter que tout ce que je raconte ici n’est que ma propre opinion. Je ne balance pas de vérité, je parle uniquement de mon expérience et de comment je perçois tout ça.

Chui pas positive

Mon ressenti sur l’expérience de l’auto-édition, que je pratique depuis quelques années maintenant (mon premier livre auto-édité, Le Rêve du Prunellier, est paru en 2013), n’est pas particulièrement positif. J’en viens souvent, même, à me demander si j’ai bien fait de me lancer là-dedans, ou du moins de continuer après le Prunellier : l’orientation de mes histoires et la création du Grand Projet découlent totalement de la décision prise de publier moi-même mon travail. Sans ça, j’aurais sans doute écrit des trucs mais je n’aurais rien relié ensemble, et mes univers auraient été complètement différents. Je ne regrette pas vraiment en ce qui concerne le Grand Projet en lui-même, qui s’assimile à l’œuvre d’une vie et qui me fait voyager avec des personnages que j’aime vraiment ; en revanche, je regrette pour ce qui est de la carrière littéraire dont je rêvais quand j’étais adolescente, puisque je sais à présent que je ne deviendrai jamais une écrivaine reconnue (j’en ai parlé ici, si vous voulez (re) lire).

J’ai réalisé avec le temps qu’il existait beaucoup de carcans autour de la littérature, notamment en France. Le livre est sacralisé au point qu’une œuvre écrite n’a aucune valeur si elle n’a pas été publiée (au sens large), principalement sur papier (le numérique only ne suffit pas), et par une maison d’édition. Le reste peut éventuellement gagner sa validation d’œuvre écrite dans le cas, par exemple, d’un livre auto-édité qui se vendrait à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, qui attirerait l’attention d’un éditeur, ou d’une histoire sur Wattpad qui recevrait plusieurs millions de lectures. Attention, je sais parfaitement faire la différence entre la qualité d’une œuvre et son succès commercial. Ce que je veux dire par ici, c’est que dans le cas d’un livre qui n’a pas été adoubé par un éditeur, la qualité et le succès se mélangent, au point que le second définit souvent le premier. Du moins, le succès donne sa légitimité au livre qui ose exister sans éditeur.

C’est bien là le souci, à mon humble avis. Faisons un parallèle : j’ai fait de l’illustration pendant pas mal d’années, et comme beaucoup d’illustrateur·ices, j’ai montré mes dessins sur un site personnel, sur DeviantART et sur diverses galeries en ligne. Une illustration faite pour le plaisir ne rencontre pas de soucis de légitimité, même si elle n’a pas été commandée par quelqu’un ou publiée ; elle existe en temps qu’illustration, et l’on ne peut retirer sa légitimité à l’artiste qui l’a réalisée (il ou elle est peintre, illustrateur·ice, dessinateur·ice, etc). Par contre, l’écrivain·e qui se contente de partager son texte sur son blog ou sur Wattpad n’est pas véritablement légitime puisqu’il n’y a pas de « vraie » publication derrière. C’est un roman, certes, ou une nouvelle, mais le texte ne revêt pas son statut d’œuvre littéraire, et son auteur·ice n’apparaît pas légitime aux yeux des autres. C’est pour ça que je dis qu’une œuvre écrite se doit d’être au moins publiée, avec un acte marchand derrière car la gratuité ne lui donne pas de légitimité.

Certes, on aura beau dire qu’on s’en fiche de l’avis des autres, que l’on n’a pas à être validé·e par qui que ce soit et que l’on peut parfaitement faire ses bidouilles dans son coin. Mais la société est comme elle est et nous ne pouvons pas la changer aussi vite que nous le voudrions. Et comme je n’avais jamais envisagé d’écrire seulement pour moi, j’ai eu toutes les peines du monde à échapper à cette logique. C’est plus ou moins chose faite maintenant, mais au prix de chialades, de doute, et d’une reprogrammation mentale qui me fait dire que je ne vends plus de livres mais des histoires. Quelque part, je ne me considère plus comme une autrice.

Attention, encore une fois : ici, je ne fais que partager mon ressenti.

Start-up nation

En quelques années, j’ai pu assister à l’évolution de l’auto-édition, de ses auteur·ices, de ses pratiques et de l’image qu’on en a. Et je n’ai pas envie de me la jouer vieille conne mais clairement, c’était mieux avant. À l’époque où j’ai sorti Le Rêve du Prunellier, l’auto-édition était encore considérée comme une curiosité pas bien méchante et il suffisait d’écrire pas trop mal pour sortir du lot et être lu·e. Autant le dire tout net : la plupart de celles & ceux qui ont lu (et chroniqué) Le Rêve du Prunellier sont aussi celles & ceux qui ont refusé de lire de l’auto-édition un ou deux années plus tard.

Avec le temps, les choses ont évolué, et je ne peux pas m’empêcher d’établir un parallèle avec ce qu’est devenu notre société avec le temps : la start-up nation y a mis son grain de sel. L’idée très illusoire que tout le monde a sa chance (non !), et qu’il faut se vendre pour réussir. Alors, se vendre, je veux bien : nous le faisons toutes & tous depuis très longtemps pour montrer aux autres ce que nous faisons, et ça passe par les réseaux sociaux, les sites personnels, etc. Mais aujourd’hui, nous en sommes arrivé·es à un stade où il faut devenir chef·fe d’entreprise, community manager et expert en marketing pour vendre ses bouquins (et pas seulement ses bouquins, ça marche pour tout). Or, si j’avais voulu faire ça, je serais devenue cheffe d’entreprise, community manager ou experte en marketing. Je ne me serais pas aventurée dans ce monde étrange qu’est l’auto-édition, je n’aurais pas écrit moi-même. Mon boulot, c’est d’écrire, ça n’a jamais été que ça. Vous me direz alors que l’auto-édition n’est pas faite pour moi, et je vous rétorquerai qu’il y a quelques années, la situation n’était pas la même et nous n’en étions pas à ce stade.

Entre nous (c’est le temps qui s’enfuit qui s’en fout)

Paradoxalement, monter des campagnes publicitaires sur les réseaux sociaux, faire du branding et accroître sa communauté en ligne ne sert qu’à toucher les gens qui lisent de l’auto-édition, et pas les autres. Soit une poignée de lectrices & lecteurs qui n’ont pas froid aux yeux, des blogueuses & blogueurs qui ne lisent quasiment que ça… et les autres auteur·ices auto-édité·es. Sorti de ce microcosme, il est difficile de se faire connaître car l’on se heurte à la méfiance (parfois légitime) des autres blogueuses & blogueurs, qui ont pour la plupart bien plus de public, ou les bookstagrameuses et les bootubeuses (vous m’excuserez, je mets tout au féminin à partir de maintenant parce que la majorité de ces personnes sont des femmes). Il est aussi difficile d’atteindre les libraires et les médias (journaux, revues, webzines) qui proposeront des critiques littéraires (déjà que ce n’est pas évident de trouver des critiques de livres SFFF, alors de l’auto-édition…), ainsi que les autres auteur·ices, les « vrai·es » cette fois (l’usage du « vrai » en opposition à « l’auto-édité » est parfaitement assumé et totalement sarcastique. Parce que véridique, quelque part).

Pourtant, c’est le soutien des « vrai·es » qui est primordial là-dedans. J’ai envoyé des dizaines de SP un peu partout, dont beaucoup de papier pour certains titres, ce qui m’a coûté cher. Et les chroniques qui en sont sorties n’ont donné aucune vente supplémentaire (bon, allez, peut-être deux ou trois) ; de même, la promo gratuite d’Onirophrénie sur Amazon n’a strictement rien donné puisque le livre a été téléchargé je ne sais combien de fois, et non seulement je n’ai eu aucune vente supplémentaire après, mais il n’y a eu aucun retour (pas de chronique, pas d’avis, même pas un « j’ai lu ton livre » ou un avis sur Amazon). L’argent et le temps dépensés là-dedans ne servent à rien puisque le seul moyen de gagner un peu de visibilité, c’est quand un·e libraire, un·e vrai·e auteur·ice ou une blogueuse qui ne fait pas d’auto-édition parlent des livres en question. De ma propre expérience, le livre qui a eu le plus de succès chez moi, c’est Notre-Dame de la mer, et ce pour une bonne raison : il a été mis en avant par un libraire (coucou Xavier !). Juste un seul, et ça a suffi pour que le livre s’écoule à pas loin d’une centaine d’exemplaires (j’avoue que je n’ai pas tenu les comptes). Aucun de mes autres livres n’a eu la même mise en avant, et les ventes vont d’une quinzaine d’exemplaires papier pour Onirophrénie, et peut-être trente ou quarante pour Elisabeta. Honnêtement, vu le travail et le temps passé, ça ne vaut absolument pas le coup. Ce n’est pas viable si on aborde le truc comme une entreprise, et je ne vois pas pourquoi je devrais continuer, même par amour de l’art et de la littérature. Ne déconnons pas.

C’est pour moi le cœur du problème : la légitimité. Les auto-édité·es restent entre elleux, peut-être par volonté de rester à part, mais aussi parce qu’il existe des murs de verre en plus du fameux plafond. Je suppose que les mauvais comportements de certain·es auto-édité·es n’aident pas, tout comme la qualité relative d’un certain nombre de livres. Mais je suis persuadée que ça ne fait pas tout, parce que peu de gens envisagent qu’un livre puisse exister sans passer par le prisme de l’éditeur. L’on s’est moqué d’Aurélie Filippetti lorsqu’elle a dit « Tous les livres ne sont pas des livres, c’est l’éditeur qui fait la littérature« , mais s’il vous plaît, soyez honnêtes : vous êtes d’accord avec elle. Les livres auto-édités ne sont pas de « vrais » livres. Point barre.

Vous voulez que je vous dise pourquoi je ne fais plus de dédicaces (entre autres raisons) ? Parce que j’ai déjà vu des gens regarder mes bouquins et les reposer ensuite avec un air presque dédaigneux lorsqu’ils réalisent qu’il n’y a pas de maison d’édition derrière. Ils ne cherchent même pas à savoir ce que ça raconte. On ne peut pas plaire à tout le monde, certes, mais je ne supporte plus le mépris.

C’est personnel

Alors après tout ça, vous allez me dire : ouais, mais ce que tu racontes, c’est parce que ça n’a pas marché pour toi. Hey, no shit Sherlock, c’est un bilan perso ! C’est tant mieux si l’expérience est plus satisfaisante chez les autres, je suis heureuse pour elleux. Tout ce qui permet de donner ses lettres de noblesse à la littérature indépendante me plaît (et c’est d’ailleurs pour cette raison que je continue de poster mes histoires sur Wattpad, parce que c’est bien beau de taper sur le site en disant qu’il contient de la merde, mais il restera tel qu’il est si on n’y poste pas des trucs plus qualitatifs, voyez). Après, ça n’a pas marché pour moi, et sans doute pour plusieurs raisons :

  • je n’écris pas des trucs à la mode (ni romance ni érotique, c’est ce qui fonctionne)
  • je préfère consacrer mon temps à écrire qu’à faire du marketing et du branding (dingue, hein)
  • je n’ai jamais eu une grande communauté
  • j’écris sans doute de la merde et je ne mérite pas plus

Tous les métiers ne nous correspondent pas. Par exemple, je n’ai ni patience ni pédagogie et je suis mal à l’aise face à des enfants, alors je ne vais pas décider de devenir prof. Ici, si être écrivain·e consiste à devoir faire du marketing et de la promotion, alors je ne suis pas faite pour ce métier non plus (j’ai toujours pensé qu’être écrivain·e consistait à écrire, c’était peut-être naïf de ma part).

Certes, je suis déçue, je l’ai déjà écrit pas mal de fois sur mon blog. J’ai tenté l’aventure, qui démarrait pas trop mal, mais ça a empiré avec le temps. Je reste avec une sensation d’échec assez cuisante que j’ai encore du mal à faire partir, et ça a conditionné un certain nombre de choses sur mon rapport à l’écriture : j’ai décidé de devenir égoïste, de ne plus me prendre la tête sur mon travail, de ne plus prendre en compte les avis des lecteur·ices non plus. Possible même qu’un jour, je décide de ne plus publier les histoires du Grand Projet.

C’est pour toutes ces raisons que je ne me considère plus vraiment comme une autrice. Parce que je ne fais partie de rien, parce que l’on ne me considère pas comme telle. Je ne peux pas me considérer comme écrivaine si l’on ne lit pas mes livres. J’ai donc décidé, par un biais mental, une sorte de hack, de ne plus accorder autant d’importance à ça, d’aborder mes histoires et mes livres comme je le fais pour mes bijoux, comme des objets artisanaux fabriqués avec le cœur. Je considère que je n’ai plus rien à prouver avec mes histoires (enfin, celles que j’auto-édite, parce que les autres, c’est une autre crèmerie) et je ne cherche plus l’approbation de qui que ce soit. Je n’ai jamais cherché l’approbation et la validation des autres quand j’ai fabriqué et vendu mes bijoux, alors pourquoi je devrais le faire avec mes livres ? Je vais donc continuer de faire mes trucs dans mon coin sans penser à tout ça (et ça marche, puisque depuis que je l’ai décidé, les périodes de doute se font plus rares), et partager mes histoires avec celles & ceux qui les aiment. C’est-à-dire en les publiant sur papier mais sans prise de tête (pas de précommande, pas de lancement officiel, pas de SP à envoyer, pas de chroniques à aller chercher) et en les proposant sur Wattpad. Quelque part, il n’y a que là-bas que j’ai l’impression qu’on les apprécie pour ce qu’elles sont. Il y a toujours ces quelques projets que je destine à l’édition classique mais rien qui ne soit sûr à 100 %, parce que rien n’est sûr à 100 % là-dedans (c’est un autre sujet, et j’en parlerai peut-être plus tard).

Pour finir, je laisse de côté volontairement tout ce qui est en rapport avec la qualité des textes, ce qui reste subjectif. Vous savez, si vous me lisez, que je mets beaucoup de soin à la fabrication de mes livres (couvertures, impression, mise en page), ainsi qu’à la correction. Pour le reste, la qualité de mes histoires ou de ma plume, ça ne me regarde plus. Le manque de ventes, de visibilité et de considération a fini par me faire croire que j’étais mauvaise (je le suis peut-être pour de vrai !) et je ne veux plus me prendre la tête avec ça. En fin de compte, le talent (ou son absence) n’a plus aucune importance aujourd’hui.

 

Bref, voilà pour le bilan ! Un peu amer, certes, mais le livre est un milieu très paradoxal et pas facile à appréhender. On sacralise la littérature, mais on refuse de l’envisager en dehors du prisme de l’édition tout en portant aux nues l’art, la diversité et l’imagination ; on réclame de la culture pour toutes & tous mais on reste sélectif à mort. Moi, ça fait longtemps que j’ai oublié l’idée de comprendre comment ça marchait :)

N’hésitez pas si vous avez des remarques ou des questions. La discussion reste ouverte :)